17h le secrétaire du bureau 10047F inscrit enregistre les dernières électrices. Ryan Worms/Caritas

À Kinshasa, nous avons pu observer hier, lundi 28 novembre, le déroulement de la double élection présidentielle et législative dans différents bureaux de vote.

Ce processus électoral est contrasté. D’un côté, dans les bureaux de vote où nous étions présents, nous avons vu une forte mobilisation de la population et un dépouillement transparent et sans incident à signaler. Mais, d’un autre côté, d’importants problèmes logistiques ont compliqué le déroulement du scrutin et créé des tensions au sein de la population.

Des bureaux de vote n’ont pas reçu le matériel à temps et ont été obligés de retarder leur ouverture provoquant l’impatience des personnes arrivées tôt le matin pour remplir leur devoir de citoyen.

Également, de nombreux électeurs n’ont pas trouvé pas leur nom sur les listes des bureaux où ils devaient aller voter. Pourtant, la veille, le directeur de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avait assuré que toute personne ayant sa carte d’électeur allait pouvoir voter même si elle ne trouvait pas le bureau où était son nom. À cet effet, des listes d’électeurs bénéficiant de cette dérogation devaient être élaborées par le personnel de la CENI dans les bureaux de vote.
La Sœur Marie-Bernard Alima, secrétaire générale de la Commission Justice et Paix et responsable de l’organisation de l’observation de l’église catholique du processus électoral a fait le même constat. « Les problèmes d’absence de noms sur les listes électorales des bureaux de vote ont donné lieu à beaucoup d’impatience des électeurs. Nous avons demandé dans la matinée à la CENI de faire circuler la directive émise la veille permettant aux électeurs sur présentation de leur carte d’aller voter. »

Nous-mêmes, dans le bureau de vote 10047F de l’institut de la Gombe où nous allions assister au dépouillement du vote, nous avons été témoins de l’ignorance de membres du personnel de la CENI des directives émises la veille. À 16 h 55, à 5 minutes de la clôture du bureau de vote, Jeannette, infirmière à Kinshasa, se présente en catastrophe pour voter. Elle termine sa journée de travail et ne peut rejoindre son bureau de vote. Les portes du bureau de vote où nous nous trouvons sont fermées derrière elle. Mais lorsqu’elle présente sa carte à l’agent de l’accueil du bureau, celui-ci lui dit qu’elle doit se rendre à un autre bureau de vote où sera inscrit son nom. Sachant qu’elle n’aura pas le temps de voter si elle sort du bureau, nous demandons au président du bureau une explication en mentionnant la directive émise par la CENI. Le président doit alors rappeler la règle aux autres membres de son propre bureau de vote afin que Janette soit finalement autorisée à voter. Elle sera la dernière.

Enfin, la présence de témoins des différents partis politiques dans les bureaux de vote été parfois difficile. Comme nous l’avons mentionné dans un article précédent, certains témoins n’ont pas pu assister au déroulement du scrutin, mais cela dépendait encore une fois de l’organisation de chaque bureau de vote. Alors que dans certains d’entre eux nous avons observé jusqu’à 20 témoins présents, dans d’autres, seulement 6 témoins étaient acceptés. Ils devaient alors mettre en place un système de rotation difficile à gérer.

Voici ce qui concerne l’observation directe que nous avons réalisée à Kinshasa. Dans d’autres articles, nous reviendrons sur le dépouillement du scrutin présidentiel dans le bureau de vote 1047F de l’institut de la Gombe, sur la mobilisation des jeunes congolais dans le processus électoral ainsi que sur le travail d’observation de l’équipe de la Commission épiscopale Justice et Paix.