Face à la tension la police doit intervenir. Photo: Ryan Worms/Caritas

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de Ryan Worms, Kinshasa

Le vote a débuté ce matin à Kinshasa en République démocratique du Congo.

Dans la capitale, à l’école St Robert dans le quartier de Barumbu, il y a déjà une grande affluence.

Dès notre arrivée sur le site, nous sommes interpellés par des électeurs qui se plaignent de ne pas trouver leur nom sur les listes électorales. Marie témoigne : « Je me suis inscrite ici, mais maintenant les officiels me disent que je ne peux pas voter, car mon nom n’est pas sur la liste. Je suis allée dans un autre centre de vote, mais là non plus, ils n’ont pas trouvé mon nom. Depuis 06h00 du matin je cherche où voter. Mes enfants sont seuls à la maison, je ne sais pas ce que je vais faire. Maintenant on nous dit qu’il faut attendre la fin de la journée et que nous pourrons voter quand tous les gens sur les listes seront passés. Ce n’est pas normal ! »

Comme cette électrice de 64 ans, ils sont nombreux à se plaindre de ne pas avoir leur nom sur les listes du centre de vote. Ils montrent leur carte d’électeur aux responsables de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui leur demandent de patienter. Malgré les appels au calme, les esprits s’échauffent et la police doit intervenir pour rétablir l’ordre.

À l’intérieur des classes de l’école qui servent de bureaux de vote, il fait sombre. Certaines personnes âgées n’arrivent pas à lire l’imposant bulletin de plusieurs dizaines de pages. Elles sont obligées de sortir des isoloirs pour trouver la case où cocher leurs choix. C’est le cas d’Alidore Kabea qui nous fait part de son inquiétude « Je ne peux pas voter correctement. Vous avez vu, j’ai été obligé de sortir pour voir le bulletin, car à dans l’isoloir c’était trop sombre. En plus, avec tous ces gens qui ne trouvent pas où aller voter cela ne me prédit rein de bon pour la suite du processus. »

Kanku est une jeune étudiante. Elle vient voter pour la première fois. « Moi je veux voter pour que le pays change. J’espère que les étudiants recevront des bourses pour aller à l’université. Aujourd’hui, c’est moi qui dois payer et c’est très difficile. En plus, il y a tellement de jeunes sans-travail. » Elle nous explique qu’elle est aussi une observatrice, témoin pour un parti politique, mais que l’on ne la laisse pas entrer dans le bureau de vote.

Une autre observatrice, Mwanwa, est furieuse, « Regardez, j’ai mon accréditation comme observatrice pour ce centre de vote avec la mention du bureau A. Mais ici il n’y a pas de bureau A. Comment est-ce que je vais pouvoir témoigner de la légitimité et de la transparence des élections ? C’est scandaleux, moi je viens participer au processus démocratique, mais on ne me laisse pas le faire. Je n’ai pas peur, je vais rester ici toute la journée s’il le faut, mais d’autres n’osent pas parler. »

Le directeur du bureau de vote nous explique « il y a un maximum autorisé de 6 observateurs par bureau. Les observateurs doivent entrer en tour de rôle, car il n’y a pas suffisamment de place. » Pourtant, rien que pour l’élection présidentielle, 11 candidats sont en course. Pour les législatives, ils sont plusieurs centaines à Kinshasa.

Il est 09h30, nous quittons le centre de vote de cette zone populaire pour nous rendre à celui du collège St Joseph, à St Anne dans le quartier de Gombe. Ici l’ambiance est plus calme. Le président du bureau de vote nous fait le résumé de ce début d’élection. « Nous avons débuté en retard ce matin car tout le matériel n’était pas encore arrivé. Maintenant tout ce passe dans l’ordre, nous avons déjà accueilli plus de 150 électeurs. » Dans ce bureau les observateurs confirment qu’ils peuvent faire leur travail sans inconvénient, nous sommes juste en face des bureaux de la CENI et il est vrai que l’ambiance contraste avec celle du premier bureau de vote visité ce matin.

À l’extérieur pourtant, des électeurs nous signalent qu’eux aussi ne peuvent pas trouver leurs noms sur les listes, mais ils sont peu nombreux ici.

Mireille est une jeune mère. Elle est venue voter pour la première fois avec toute sa famille. « Je viens pour mon pays. Regardez-nous, nous sommes pauvres, mais nous croyons que le changement est possible. Il nous faut des dirigeants qui prennent en compte la population et pas seulement leur intérêt personnel. Moi et toute ma famille nous avons rempli notre devoir de citoyen.» Elle et toute sa famille attendent la fin de l’averse qui vient d’éclater sur la ville. La pluie tombe abondamment. Malgré cela les électeurs et électrices restent mobilisés.

Ce début de journée électorale montre des signes de tension, mais celles-ci sont le fruit de la très grande motivation de la population de Kinshasa et de la RDC à participer au processus électoral et cela est positif.



Tensions high as Congo elections begin

By Ryan Worms from Kinshasa

Voting began this morning in Kinshasa, the capital of the Democratic Republic of Congo. At St. Robert’s school in the district of Barumbu, voters complain that they cannot find their names on the electoral roll. Marie says: “I signed here, but now officials tell me I cannot vote because my name is not on the list. I went to another polling station, but again, they did not find my name. My children are home alone, I do not know what I will do. Now we are told that we can vote when all the people on the lists are finished, at the end of the day. This is not normal!”

Many others are complaining about not having their name on the lists at polling stations. They show their voter registration card to those responsible for Independent National Electoral Commission (INEC), which asks them to wait. Despite calls for calm, tempers are flaring and the police must intervene to restore order.

Inside the classrooms that serve as polling stations, it is dark and some seniors cannot read the dozens of pages required as part of the process. Alidor Kabea said, “I cannot vote correctly. I had to leave the room to see the ballot, because the booth was too dark.”

Kanku is a young student. She just voted for the first time. “I want to vote for the country to change. I hope that students will receive scholarships to attend university. Right now, it is I who have to pay and it is very difficult. In addition, there are so many young people who are unemployed.”

Another observer, Mwanwa, is furious. “Look, I have my certification as an observer for the polling station and it mentions office A. But here there is no office A. How can I testify to the legitimacy and transparency of the elections? This is outrageous. I want to participate in the democratic process, but they will not let me do it. I am not afraid, I’ll stay here all day if necessary, but others do not dare speak.”

The director of the polling station tells us, Tthere is an authorized maximum of six observers per polling station. Observers must enter by turns because there is not enough space.” Just for the presidential election, 11 candidates are running.

It’s 9:30 and we leave the polling station to get to the St. Joseph’s College in the district of Gombe. Here the atmosphere is calmer. The president of the polling station describes the day: “We started late this morning because all the material had not yet arrived. Now everything is happening in order and we have already welcomed more than 150 voters.” In this office, observers confirm they can do their work. We are right in front of the offices of INEC and the atmosphere contrasts with the first polling station visited this morning. Outside, however, a few voters tell us they too cannot find their names on the lists.

Mireille is a young mother who has come with her family to vote for the first time. “I have come for my country. Look at us, we are poor, but we believe that change is possible. We need leaders who think of the people and not just their own self-interest. All my family and I have fulfilled our duty as citizens.”

The start of election day showed signs of strain, but these are the result of the overwhelming motivation of the population of Kinshasa and the DRC to participate in the electoral process—and this is positive.