Tension has been high before during and after last weeks elections in Congo. Caritas is on emergency footing. Credit: Ryan Worms/Caritas

Available in French

By Ryan Worms in Kinshasa and Caritas staff

The Catholic Church in the Democratic Republic of Congo says the country is on a collision course with disaster unless it pulls back from the brink of violence following last week’s contested elections.

“The country is a high speed train heading straight for a brick wall,” said the President of Congo’s Bishops Conference Bishop Nicolas Djomo. “Politicians must apply the brakes of this train before we hit the wall.”

Foreign nationals have been urged to leave the country, international flights will be cancelled and cell phone coverage cut ahead of the announcement of results.

Caritas Congo is on emergency footing preparing tents and food should violence break out and force people from their homes. Caritas is preparing to feed 6000 street children tomorrow to ensure they receive a meal as instability continues.



L’Église catholique de la République démocratique du Congo lance un appel pour éviter le pire    >

Déclaration de Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

«Nous sommes inquiets. Effectivement, les évêques sont inquiets. Vous savez que les évêques vivent sur le terrain, à travers toute la république, avec la population. Les évêques connaissent bien l’histoire de ce pays. Ils ont vu ce qui c’est passé depuis les années soixante. À chaque fois qu’il y a eu des violences, des pillages, des destructions, ça tombe sur les plus petits. La violence, c’est l’autodestruction. La situation actuelle dans le pays, c’est l’image d’un train qui va tout droit à grande vitesse contre le mur et nous avons l’impression qu’il n’y a personne pour le freiner. Nous, nous sommes des pasteurs, nous n’avons pas de moyens, mais nous avons les armes de l’Évangile. C’est pour cela que nous demandons à tous les acteurs, à tous les leaders, d’activer les freins de ce train.

Oui, nous sommes inquiets et quand vous regardez le visage des Congolais aujourd’hui, vous voyez qu’ils sont inquiets. Pourquoi? Parce que le malheur pourrait tomber sur cette terre. Nous sommes là aujourd’hui pour éviter cela et nous avons beaucoup de potentialités. La classe politique est dotée de gros moyens. L’Afrique est dotée de gros moyens. De grâce, ne laissons pas ce train arriver jusqu’au mur.»

Le message lancé par Mgr Djomo est grave, tout comme la situation en RDC. Lors d’une conférence de presse tenue ce dimanche 4 décembre par la Conférence épiscopale nationale du Congo, son président a également remis à la presse l’appel de la Conférence face à la situation du pays. (Voir texte ci-dessous)

Depuis hier, les ressortissants étrangers sont invités par les ambassades à quitter le pays. Les vols internationaux seront annulés à compter de demain, lundi 5 décembre, veille de la proclamation des résultats.

Les réseaux de téléphonie cellulaire ont été obligés par les autorités de couper le service de messagerie texte, SMS. 

De nombreux Congolais qui le peuvent mettent leur famille à l’abri dans les pays voisins. Les habitants de la périphérie de Kinshasa, tout comme les enfants de la rue, se dirigent vers le centre de la ville où ils espèrent être mieux protégés.

La direction de Caritas Congo est également inquiète face à la tournure des événements. Son directeur annonce que l’UNICEF a demandé à la Caritas de commencer dès demain la distribution de vivre pour 6 000 enfants des rues. Des tentes sont stockées dans le centre de Caritas à Kinshasa afin de déployer le plus rapidement des abris d’urgence.

Le Programme alimentaire mondial a également demandé à Caritas de se tenir prêt à intervenir dans les prochaines heures pour assurer des distributions alimentaires d’urgence.

Demain, une réunion extraordinaire se tiendra entre Caritas Congo et les autres organisations catholiques. Cette rencontre a pour objectifs de faire une mise en commun des informations et d’évaluer la situation sur le terrain afin de préparer un appel d’urgence.

Appel  du Comité Permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) face à la situation actuelle du pays

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1.  Dans le but de consolider la démocratie dans notre cher pays, la République Démocratique du Congo, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) s’est résolument engagée dans l’accompagnement du processus électoral. Dans les limites de ses moyens, elle s’est investie dans l’éducation civique de la population. Et, en vue d’assurer tant soit peu la transparence et la vérité des élections dans un climat apaisé, elle a déployé 30.000 observateurs électoraux sur une bonne partie de l’étendue du territoire congolais. Puisqu’il était établi que ces observateurs soient déployés deux à deux dans chaque bureau, ils n’ont pu couvrir que 23,9% de l’ensemble des bureaux prévus. Jusqu’à ce jour, sur 6000 observateurs équipés de moyens modernes de communication, la CENCO a enregistré 46% des réponses sur base desquelles, dans le cadre de sa mission d’accompagner la population congolaise dans l’affermissement de la démocratie, elle fait les considérations suivantes.

2.  A l’issue de son observation électorale, la CENCO félicite les Congolaises et les Congolais pour leur implication remarquable dans le déroulement du scrutin présidentiel et législatif du 28 novembre 2011. En effet, le peuple Congolais y a participé très nombreux, d’une manière active et vigilante. Cette participation responsable est une preuve incontestable que le Souverain primaire a mûri sa conscience et sa responsabilité civiques et qu’il a compris le bien fondé du vote dans la démocratie.

3.  Tout en reconnaissant l’effort déployé par la Commission Electorale Indépendante (CENI) pour la tenue des élections à la date prévue dans des conditions très difficiles, la CENCO note cependant que des irrégularités, des tentatives de fraude et des scènes de violence ont été observées et signalées par ses observateurs. L’on a malheureusement enregistré des pertes en vies humaines. La CENCO présente ses condoléances à toutes les familles des victimes et leur assure de ses prières. Ces faits déplorables doivent interpeler notre Gouvernement, la CENI, les acteurs politiques et la population congolaise tout entière. Les quelques limites ici soulignées constituent des défis à relever dans l’avenir au niveau de l’organisation, du respect scrupuleux des procédures, de la sécurisation et de l’éducation civique des électeurs par les partis politiques et par la CENI.

4.  La CENCO invite instamment le peuple congolais, les acteurs politiques et la CENI à s’en tenir impérativement à la vérité des urnes telle qu’exprimée et affichée au niveau des bureaux de vote. Pour garantir la sérénité et la crédibilité des résultats, comme le stipule la loi électorale à son article 63, la publication partielle devrait mentionner le nombre d’enrôlés, de votants, de bulletins nuls et de voix obtenues par chaque candidat. La CENCO demande que les cas des fraudes avérés soient sévèrement punis et qu’une réparation équitable soit exigée des auteurs.

5.  La CENCO invite celui qui aura effectivement remporté le scrutin selon la vérité des urnes à éviter tout triomphalisme. Dans une démarche inclusive, privilégiant les vertus du dialogue au service du bien commun et de l’intérêt supérieur de toute la nation congolaise, qu’il gouverne la RD Congo de manière à consolider la démocratie et à permettre à notre pays de s’atteler à l’amélioration des conditions de vie et de travail de tous ses habitants.

6.  Au perdant des élections du 28 novembre 2011, la CENCO demande de tirer les leçons de son échec. Accepter le verdict des urnes est un signe éloquent du patriotisme. En cas de contestation, qu’il emprunte la voix légale pour régler le contentieux électoral. En menant une opposition constructive conformément à notre Constitution, il servira d’aiguillon à ceux qui vont nous gouverner.

7La CENCO invite encore une fois le peuple Congolais au calme, à la paix. Qu’il évite tout recours à la violence. Le choix politique ne doit absolument pas constituer un motif d’inimitié et d’antagonisme. Il postule par contre le respect des uns et des autres en vue d’une coexistence pacifique. A cet effet, il nous importe d’exhorter la population congolaise à se rappeler combien notre pays a régressé à cause de manque de retenue qui a, dans le passé, occasionné des violences, des pillages et la destruction des infrastructures dont nous subissons des conséquences jusqu’à ce jour. Qu’il respecte et protège jalousement son patrimoine acquis au prix des grands sacrifices.

8.  La CENCO rappelle notre Armée et  notre Police nationale qu’elles doivent garder leur caractère apolitique et républicain. En faisant preuve de neutralité et de patriotisme, qu’elles évitent absolument toute forme de violence et tout abus dans le recours à la force. Votre mission de protéger la population et ses biens exige de la patience, du professionnalisme et vous enjoint de respecter la dignité transcendante de toute personne humaine.

9.  Que le Seigneur bénisse la RD Congo et tous ses habitants.