Deplhine vit avec ses quatre enfants dans une école de Mugunga. Crédit Taylor Kakala

Fin d’après-midi pluvieuse sur Goma. Dans la cour d’une école de Mugunga (à la périphérie ouest de la ville), Delphine, une déplacée de guerre, somnole depuis quelques minutes. « Je ne suis pas vraiment habituée à ne rien faire toute la journée, déclare-t-elle. Vous savez ce que je n’aime pas dans un camp de déplacés, demande-t-elle. La vie y est exempte de toute intimité. C’est un stress de revivre les mêmes conditions sanitaires et hygiéniques déplorables comme nous les avons vécues pendant la guerre. »

Originaire de Mushaki (40 km de Goma), Delphine connaît bien la condition de personne déplacée. Elle l’a vécue durant les années de guerre qui ont déchiré l’est de la RDC jusqu’en 2009. Depuis 10 jours, avec ses quatre enfants, elle doit de nouveau faire face à la précarité extrême des centres d’accueil improvisés.

Comme la famille de Delphine, des milliers d’autres ont marché des dizaines de kilomètres sous les tirs des armes automatiques, obligées de fuir les roquettes et les obus de mortier qui tombaient sur leurs villages. Ces familles du Nord-Kivu revivent les drames passés, la peur et la fuite devant la violence qui embrase de nouveau cette province de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Les habitants de plusieurs localités du territoire de Masisi (à l’ouest de Goma), hagards, harassés et désespérés, sont venus trouver refuge dans la localité de Sake ou la ville Goma, explique Taylor Kakala, responsable de la communication à Caritas Goma. Ces hommes, ces femmes et leurs enfants ont fui dans la précipitation et n’ont rien pu apporter avec eux. »

Les populations civiles sont victimes de la recrudescence des combats entre les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les groupes rebelles qui cherchent à contrôler une partie de la province, très riche en ressources naturelles. Les deux principaux groupes rebelles sont les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et les miliciens Maï-Maï.

De plus, les FARD font face actuellement à une série de défections au sein de ses rangs dans la province du Kivu. Ces militaires, d’anciens éléments rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), sont restés fidèles au général Bosco Ntaganda, ancien chef du CNDP, intégré aux FARDC dans le cadre de l’accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés de l’est en 2009 et recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre. Cette série de désertions remet un peu plus en cause la capacité des FARDC de contenir la violence dans la province du Nord-Kivu et d’assurer la protection des populations civiles.

Les populations civiles prises entre deux feux

« Les hostilités ont été brusques, explique Jérôme, le président des déplacés de Mugunga. Certains parents étaient au champ pendant que les enfants étaient, les uns à l’école, les autres à la maison. Deux enfants ont été frappés par un véhicule au niveau de Mubambiro [après Sake, NDLR] alors qu’ils fuyaient avec leurs parents vers Mugunga. Ils sont morts sur place, précise-t-il. » Le président des déplacés ajoute qu’en route « trois accouchements ont été signalés entre Sake et Mugunga. Une femme a eu deux jumeaux, mais dans ces conditions l’un est mort-né. »

Mais, ce qui a le plus effrayé Delphine avant de fuir, c’est le cas de deux blessés par balle perdue à Mushaki. Elle raconte : « Les insurgés étaient vers Matanda et tiraient sur les positions de l’armée à Sake. Cette dernière répliquait avec des armes automatiques et des armes lourdes. Nous étions pris entre les deux feux. En fuyant, nous étions obligés de nous terrer. Ces tirs créaient la désolation sur notre route jusqu’à réussir à traverser les positions de l’armée et rejoindre Sake. »

Aujourd’hui, Delphine fait partie de ce que le jargon humanitaire appelle la ʺnouvelle vagueʺ, des ménages déplacés. Ces familles n’accèdent pas encore aux vivres, ni aux biens non alimentaires et n’ont pas de sources de revenus. Depuis le déclenchement des hostilités les 28 et 29 avril derniers entre l’armée congolaise et les insurgés, le nombre de personnes déplacées ne cesse d’augmenter. Ils sont 4865 ménages (soit 24325 personnes) enregistrés dans la partie sud de la province du Nord-Kivu. Pour l’intérieur de la province, 2 000 ménages sont localisés dans des familles d’accueil entre Sake et Masisi-centre, 600 autres dans des familles d’accueil à Busumba, 500 ménages occupent l’enceinte de l’Institut supérieur de développement rural de Kitshanga (à 85 km au nord-ouest de la capitale provinciale du Nord- Kivu) et 350 ménages dans des camps de déplacés de Masisi-centre. Quant aux ménages enregistrés dans les environs de Goma, 1915 sont dans des camps de déplacés, des écoles ou des églises et 1 000 à Nkamira au Rwanda, de l’autre côté de la frontière avec la ville.

Caritas Goma au cœur de l’aide humanitaire aux personnes réfugiées

Le nombre de déplacés internes a franchi la barre des 2 millions au 1er trimestre 2012 en RDC selon le bureau conjoint des Nations unies pour l’action humanitaire. La plus grande majorité de ces déplacés sont enregistrés au Nord et au Sud-Kivu. Les nouvelles personnes déplacées au Nord viennent accentuer la pression sur les localités qui les accueillent et qui ne disposent pas des infrastructures et des ressources pour le faire.

Partenaire principale du Programme alimentaire mondiale (PAM), Caritas Goma doit assurer une grande partie de la distribution alimentaire à ces nouveaux réfugiés. Caritas Goma veut faire appelle à la solidarité des membres la confédération et des bailleurs de fonds afin d’assurer aussi l’assistance humanitaire en biens non alimentaires de ces personnes déplacées.

Eddy Yamweziyo, responsable des urgences à la Caritas Goma, veut prévenir les besoins des nouveaux déplacés et de ceux à venir. « Nous voulons constituer un stock de contingence pour pouvoir apporter une aide immédiate à plus de 2 000 familles. Nous craignons que le nombre des personnes forcées de quitter leurs villages ne cesse d’augmenter devant la poursuite des combats entre les différents groupes armés rebelles, les insurgés et les Forces armées régulières de la République démocratique du Congo. Ces personnes n’ont plus rien, elles sont épuisées, traumatisées et comptent sur Caritas pour trouver l’aide dont elles ont désespérément besoin. »

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Source : Cellule de communications de Caritas Goma, Radio Okapi