Cardinal Rodriguez during his speech in Vienna. Photos by Ryan Worms/Caritas

Par Ryan Worms

« La faim dans le monde n’est pas une fatalité, c’est une tragédie qui pourrait être évitée. » Par ces mots, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, président de Caritas Internationalis, a mis de l’avant le constat qui mobilise les participants du Congrès sur la faim dans le monde et la sécurité alimentaire durable, organisé par Caritas Autriche, Caritas Internationalis et Caritas Europe et qui s’est ouvert aujourd’hui à Vienne.

Trente-cinq experts de plus de 20 pays sont venus mettre en commun leur expertise sur les causes structurelles de la faim dans le monde et débattre avec 700 délégués en provenance de différentes Caritas, d’organisations de la société civile, de gouvernements et d’institutions internationales. L’objectif de Caritas est de définir les actions à mettre en œuvre pour construire un futur libéré de la faim et dans lequel le droit à l’alimentation soit pleinement respecté.

Dans son message de bienvenue, l’archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, a rappelé que « la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde est un impératif moral ». Il a déploré que dans le contexte de crise économique mondiale, les gouvernements réduisent en premier les fonds attribués à l’aide au développement et qu’ils ne respectent pas leurs engagements internationaux en matière de lutte contra la faim et la pauvreté. Reprenant la proposition du Cardinal de mobiliser les responsables politiques pour inverser cette tendance, Heinz Fischer, président fédéral d’Autriche, a accepté de participer à cette mobilisation, félicitant les organisateurs du congrès d’avoir « obtenu un premier accord en moins d’une demi-heure ».

Le cardinal Rodriguez a rappelé qu’un avenir libéré de la faim est possible, mais « il faut pour cela avoir faim de partage, de solidarité et de justice ». Le Cardinal a déploré que les investissements dans l’agriculture aient considérablement diminué lors des dernières années alors que ces investissements représentent un levier important, non seulement pour lutter contre la faim, mais aussi pour le développement.

Investir dans l’agriculture, dans l’appui aux petits paysans, cela doit être une priorité selon Kirstalina Georgieva, commissaire européenne chargée de la coopération internationale et de l’aide humanitaire. « J’ai trop souvent vu de mes propres yeux, au Kenya, en Somalie, au Niger, au Tchad ou en Afghanistan, les effets terribles de la malnutrition, particulièrement chez les enfants », a-t-elle dit. Avant d’ajouter qu’en puisant dans ces expériences elle était « plus motivée que jamais à trouver une solution permanente pour en finir avec l’insécurité alimentaire. » La commissaire européenne a également affirmé « qu’un futur libéré de la faim ne pourra être une réalité qu’à travers le dialogue et la coopération. Les pays qui apportent de l’aide et les pays en développement doivent faire face à ce défi ensemble ».

« La prochaine réunion internationale à Rio sera un rendez-vous important pour affirmer les positions définies et promouvoir les actions retenues lors de ce congrès », a dit Thomas Stelzer, secrétaire général adjoint des Nations Unies. « Caritas est une organisation importante dont la voix doit être entendue à Rio », a-t-il ajouté.

Mohan Munasinghe, ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et prix Nobel de la Paix en 2007, croit lui aussi au rôle que doit jouer Caritas dans les futurs débats qui se tiendront à Rio. « Il y a beaucoup de conférences ces temps-ci pour préparer celle de Rio. Pour moi, il était important d’être présent à ce congrès, car je crois à la force de Caritas et aux principes qui inspirent son action. » Pour monsieur Munasinghe, la faim et la pauvreté sont les deux problèmes majeurs auxquels nous devons faire face dans le monde. « Les changements climatiques vont aggraver ces problèmes, et la plus grande injustice est que les pauvres sont les moins responsables de ces changements, mais seront les plus affectés », ajoute-t-il avant de conclure que « face à des crises multiples et interdépendantes, il faut des solutions intégrées et mises en œuvre par une société qui soit elle aussi intégrée ».

Le congrès se poursuit cet après-midi et demain avec des ateliers abordant les principaux enjeux contemporains de la lutte contre la faim dans le monde et pour une sécurité alimentaire durable.

Lisez ici l’article ” 1/7 personne sous-alimentée: la science, les multinationales et leurs fondations à la rescousse ” de Gauthier de Locht