Florence et d Veronique avec leur blé recolté.Par Alistair Dutton/Caritas 2012

Par Ryan Worms

Au Burkina Faso, l’OCADES (Caritas Burkina) et ses partenaires internationaux poursuivent la mise en œuvre du projet d’aide aux populations victimes de la crise alimentaire dans 10 des 13 régions du pays. L’intervention menée ces derniers mois offre une assistance vitale à des milliers de familles parmi les plus vulnérables face à la faim et aux conséquences de la mauvaise saison agricole passée.

Ecossa Kama a 80 ans, elle est veuve et doit s’occuper de ses petits enfants. Dans le diocèse de Kouduogou sa famille a connu la faim : « Mes petits enfants partaient chercher les feuilles en brousse pour qu’on puisse mélanger avec le peu de grains que nous avions, mais c’était très difficile, explique-t-elle. On ne trouvait même plus les feuilles comestibles, on a souffert, nous n’arrivions même plus à bien manger une fois par jour, on se contentait parfois de mangues et des dons des voisins. »
Ecossa et sa famille ont reçu des distributions gratuites de vivres. « Je ne sais comment remercier Dieu pour cette aide inattendue, dit-elle. Maintenant, nous arrivons à manger à notre faim et nous avons retrouvé notre dignité. »

Plus de 3 500 familles ont aussi bénéficié du programme de distribution gratuite de vivres afin de survivre durant la soudure. Cette période est la plus critique pour les populations qui ont épuisé leurs dernières réserves et attendent la récolte de la production agricole en cours.

L’année dernière, la récolte avait été mauvaise. Rapidement les réserves se sont épuisées provoquant des pénuries importantes dans certaines zones et l’envolée des prix des denrées de base dans tout le pays.
« J’ai 15 personnes dans mon ménage, dit une autre bénéficiaire dans le diocèse de Fada N’gourma. Je suis handicapée physique et malade, je ne peux pas travailler, j’ai un champ, mais les membres de ma famille n’ont rien récolté la saison passée. C’était une grande souffrance pour moi de ne pas pouvoir nourrir ma famille ; cette aide est la 1ère que je reçois et vraiment la quantité me surprend. Avec ça, ma famille sera à l’abri de la faim. »

Dans son rapport intermédiaire couvrant la période du mois d’aout à la fin du mois de septembre, l’OCADES détaille les autres activités réalisées dans le cadre de l’intervention d’urgence. L’attention à la malnutrition aiguë sévère infantile est une priorité. Plus de 3000 enfants de 0 à 5 ans ont été soignés dans les centres de récupération nutritionnelle et des causeries éducatives précédées de démonstrations culinaires ont été organisées dans 215 villages.

L’OCADES, appuyée par les membres de la confédération Caritas, a également mis l’emphase sur le renforcement de la production agricole par un appui soutenu aux paysans les plus vulnérables. L’organisation des foires humanitaires a permis à 1 760 ménages d’acquérir des semences améliorées, des engrais, des charrettes, des charrues, des brouettes et d’autres petits outils agricoles.

Ce travail se fait en partenariat avec les techniciens du ministère de l’Agriculture. L’un d’entre eux, Issiaka Ouedraogo explique la portée de ces actions : « La production des villages va considérablement augmenter cette année avec l’appui de l’OCADES Caritas Burkina et de ses partenaires. Les articles acquis lors des foires humanitaires ont servi aux bénéficiaires ciblés par le projet, mais aussi à d’autres ménages qui ont pu emprunter les outils pour augmenter leur propre production. »

Les éleveurs ont également reçu un soutien pour reconstituer leur cheptel et en assurer l’alimentation. Kafando Assami est l’un d’entre eux, il témoigne : « Les difficultés de la saison agricole n’ont pas seulement été au niveau des récoltes des champs ; sur tous les plans, nous avons eu des difficultés. À un certain moment, on n’avait plus rien à manger. La seule solution était de vendre les animaux pour acheter à manger. Après la vente de mes 5 chèvres, je n’avais plus aucune tête de bétail chez moi. Les 3 moutons et le foin que l’OCADES vient de nous donner sont un appui très important pour nous. Ça nous permet de nous ressaisir ».

Rester vigilant, penser au long terme

De retour du Burkina Faso, Alistair Dutton, directeur des secours d’urgence à Caritas Internationalis confirme les bienfaits de l’intervention et la retour à la stabilité dans le pays : « Après une période très difficile pour le peuple burkinabé, ce fût un plaisir d’avoir été à leur côté pour voir les récoltes à venir. Les réservoirs sont pleins d’eau, les champs sont verts et partout sur les routes vous voyez des motos transportant différents légumes vers les marchés. »

Toutefois, Alistaire Dutton explique que si la saison agricole est prometteuse cette année, beaucoup reste à faire pour assurer la durabilité du développement au Burkina Faso et permettre aux populations d’être moins vulnérables aux aléas du climat.

« La majeure partie de l’agriculture au Burkina Faso et dans la région du Sahel est directement dépendante de la pluie pour irriguer les cultures. Il existe de nombreuses techniques simples pour capter l’eau de pluie et la conserver afin de la rendre disponible pour les cultures. Ces méthodes permettent d’allonger la période agricole. De même, beaucoup peut être fait pour améliorer la fertilité des sols et la sélection de semences adaptées aux conditions climatiques locales. Enfin, permettre aux villages de mieux conserver les récoltes dans des greniers de stockage pourrait permettre aux populations d’être moins dépendantes des fluctuations des cours des denrées alimentaires. » (L’analyse complète en anglais d’Alistair Dutton est disponible ici)

Au plus fort de la crise alimentaire cette année, les membres de la confédération Caritas étaient aux côtés de l’OCADES-Caritas Burkina pour venir en aide aux populations les plus touchées. Aujourd’hui et demain, ils resteront mobilisés pour assurer à ces populations de meilleures conditions de vie et faire durablement reculer la pauvreté dans le pays.