Compte Rendu offert par Secours Catholique sur l’assemblée de convergence sur les questions liées aux migrations pendant le Forum Social Mondial a Tunis.

Par Geneviève Colas, Secours Catholique – Caritas France

Dans un processus participatif, les divers ateliers touchant aux questions de migrations se sont réunis vendredi après-midi. Des représentants de l’atelier Migration et Développement organisé par Caritas Internationalis et ses membres y ont participé.

Un premier temps a permis de rappeler l’intérêt d’un travail en réseaux afin que la société civile ait un impact sur les choix politiques concernant les migrants. Identifier collectivement les causes permet d’interpeller les institutions pour protéger les migrants, de faire respecter les droits des personnes. Créer des lieux d’échange, se rencontrer pour discuter, construire des revendications, des actions, des plaidoyers est un gage d’efficacité pour défendre la cause des migrants.

Un réseau donne corps à la solidarité si la voix des personnes concernées est respectée. Produire un argumentaire collectif, porté de façon consensuelle, et travailler ensemble au niveau international, permettent un discours unifié dans différents pays. C’est ainsi que se renforcent des interlocuteurs reconnus des institutions nationales et internationales, capables de les interpeller. Le Forum Social Mondial fait ainsi le choix de partir des préoccupations et de la parole des migrants.

Quelques points d’interpellation à approfondir ont été relevés.

Face au constat du recul des droits fondamentaux des migrants, nous affirmons que les droits des personnes sont les mêmes pour tous, migrants ou non. La question de la libre circulation des personnes se pose. Le principe de non refoulement selon la Convention de Genève doit être appliqué. Les migrants doivent, là où ils sont, avoir accès à la justice alors que par exemple aujourd’hui 11% des victimes de la traite n’y ont pas accès. La Convention des droits des travailleurs migrants doit être ratifiée et appliquée.

La criminalisation des migrants est inacceptable. Le recours à l’enfermement des étrangers doit cesser. Certaines actions de l’agence frontex (agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne) sont incompatibles avec le droit des migrants. Les droits fondamentaux doivent être respectés.

Les migrations forcées, qu’elles soient le résultat d’une situation humaine ou dues au changement climatique,  doivent être stoppées.

Les demandeurs d’asile doivent être accueillis.

La liberté de circulation et d’installation pour tous n’est pas une utopie. La participation de tous les migrants, y compris sans papier, est à promouvoir. Des campagnes doivent être menées pour une citoyenneté universelle. Un plaidoyer doit être mené sur les Etats responsables des disparitions de migrants.

Les politiques sécuritaires ont une incidence négative sur le vivre ensemble. Racisme et discrimination doivent être combattus.  Un appel est lancé aux gouvernements, associations, politiques, pour intégrer la non-discrimination dans leurs programmes.

Les médias libres doivent être soutenus. Des campagnes doivent être créées pour aider les journalistes défenseurs des droits de l’homme.

Dans la société, l’image du migrant doit être plus positive. On ne doit pas accepter qu’il soit présenté comme un profiteur et un chômeur. La crise économique a des effets néfastes sur les migrants : la perte de potentiel de travail, la dégradation des conditions de vie. Des réseaux de résistance sont à construire ou renforcer. Des liens doivent être établis entre syndicats et migrants et entre migrants. Les migrants qui sont embauchés sans contrat doivent pouvoir faire grève. En effet, les migrants ne sont pas seulement une force de travail, parfois victimes de traite des êtres humains, ils ont les mêmes droits que tous les hommes.

Pas de lutte efficace concernant les migrations sans les migrants et sans promouvoir l’égalité homme – femme. Les femmes migrantes sont force de proposition. Dans la migration, la situation des femmes évolue au cours du temps. Dans les années 1970 elles suivaient essentiellement leur mari, puis elles sont revenues dans le cadre de regroupement familial puis elles ont décidé de fuir la crise pour se réaliser. La situation des femmes bouge ; elles construisent un réseau de solidarité avec des professionnels, des chercheurs, des élus pour faire respecter les conventions internationales. Les femmes ne veulent pas servir d’alibi et être l’alibi ni utilisées comme victimes.
Des migrants acteurs sociaux et politiques. Refuser la criminalisation autour de l’engagement des ou avec les migrants ; promouvoir les expériences d’autopromotion. Favoriser la participation des personnes « sans papier » au Forum Social Mondial doit être recherché. Les activités et campagnes organisées autour des questions de migrations sont à promouvoir.
Une attention particulière doit être portée à ceux qui migrent pour des causes médicales : droit au séjour et au travail dans des conditions satisfaisantes. Des traitements lourds demandent du temps et un accueil adapté.
La situation des personnes disparues en migrant ainsi que de leurs proches est préoccupante. Les Etats devraient être plus respectueux des Droits de l’Homme.
Le lien entre ce Forum Social Mondial 2013 de TUNIS et le Forum Social Migration  (qui aura lieu fin 2014, à Johannesburg) est important. Il faut articuler l’agenda des migrations dans le Forum Social Mondial des migrations pour permettre de donner la parole aux migrants par rapport aux politiques qui les concernent et pour que leurs droits soient ceux de tous.
Alors que « Migration et Développement » devraient aller de pair, les objectifs actuels du millénaire pour le développement doivent faire référence à la mobilité.  Dans la visée du Dialogue de Haut Niveau sur « Migration et Développement » à New York, en octobre 2013,  des propositions dans ce domaine sont à préciser.