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Little boy drawing in a Caritas child-friendly space, at Bureau des Mines camp, where 450 children have joined the programme. Credits: Caritas/MathildeMagnier

Little boy drawing in a Caritas child-friendly space, at Bureau des Mines camp, where 450 children have joined the programme.
Credits: Caritas/MathildeMagnier

Par Mathilde Magnier

Depuis le séisme du 12 janvier, l’aide humanitaire se concentre autour de Port-au-Prince, souvent au détriment des zones rurales proches de la capitale, pourtant très durement affectées par la catastrophe. A l’heure où la question de la reconstruction occupe les esprits, le problème de l’urgence doit continuer d’être affronté.

Les bras chargés de vaisselle, une jeune femme s’avance. Tant bien que mal, elle tente de se frayer un chemin entre les gravas et les tiges de fer qui jonchent le sol. Le pas chancelant, elle dépose son fardeau sur un tas de pierres déjà brûlant du sol du matin, étagère de fortune au milieu des décombres de la maison. Non loin de là, une vieille casserole trône en équilibre entre deux morceaux de parpaing et quelques couverts, derniers reliquats de la cuisine détruite. Entre linge et vêtements, la vie d’une famille s’entasse pêle-mêle, à même le sol terreux, sous un bout de toile tendue en guise d’abri. Autour, rien. Bienvenue dans le quotidien des habitants de Sou Fo.

Petite localité rurale de la commune de Gressier, à une trentaine de kilomètres de Port-au-Prince, Sou Fo souffre depuis 3 mois. Détruit à plus de 80%, tout comme le reste de la région, le village a été particulièrement affecté par le tremblement de terre du 12 janvier, laissant la population dans la précarité la plus totale. Et pourtant, en dépit de l’ampleur des dommages, l’aide peine à venir sur les pentes escarpées de Sou Fo. Plus de trois mois après « l’évènement », à l’heure où la question de la transition de la phase d’urgence vers la phase de reconstruction occupe les esprits, ses habitants font partie des oubliés de l’aide. Un phénomène fréquent qu’il convient d’affronter dans les zones rurales de l’île, déjà particulièrement fragiles avant le séisme. Pour soutenir la population, Caritas effectue des distributions de kits de cuisine et d’abris d’urgence aux habitants de la région. D’ici à la fin du mois d’avril, plus de 8 000 personnes auront bénéficié de l’assistance de Caritas.

« Depuis les premiers jours, l’aide humanitaire se concentre autour de Port-au-Prince, souvent au détriment des zones rurales. A Gressier, les dégâts sont gigantesques, il faut intervenir au plus vite pour redonner les moyens à cette commune de se remettre sur pieds et de redémarrer ses activités» explique Peter Amhof, coordinateur du projet pour Caritas.

Bien loin de l’atmosphère surpeuplée de Port-au-Prince, peu de camps spontanés ou d’installations temporaires ont été établis autour de Gressier. Ici, les sinistrés ont décidé de rester chez eux, coûte que coûte. Une dynamique qu’il est déterminant d’encourager alors que nombre de victimes du séisme continuent d’affluer vers la capitale, fragilisant par là même les premiers efforts de reconstruction engagés.

« Partir ? Mais pour aller où ? Et avec qui ? C’est ici chez moi ! Avec le séisme, tout ce que j’avais a disparu, mais c’est ici que j’ai toujours vécu, alors j’y reste », explique Matthieu Mirlande, qui vit dans les décombres de sa maison avec ses quatre enfants, sa femme et des membres de la famille ayant fui la capitale. Un gros sac de toile de jute sous le bras, il se dirige vers chez lui, où il installera les deux bâches ainsi que les matelas et couvertures flambant neufs qu’il vient de recevoir des équipes Caritas. L’ancien maçon, sans emploi depuis le 12 janvier, est « soulagé de pouvoir enfin consolider l’abri » dans lequel la famille élargie vit depuis le séisme, « recouvrir les draps » qui leur servent de toit. Un scénario récurrent à Sou Fo, où tout manque, à commencer par l’indispensable. A tel point qu’en dépit du danger, il est de moins en moins rare de voir les gens tenter de reconstruire les ruines de leur maison, truelle et sceau de ciment en main. « Personne ne le fera pour nous », explique Matthieu Mirlande.

Dans la région de Gressier, la survie de la population repose en grande partie sur la solidarité de voisinage. « On se débrouille. Quand il n’y a plus rien, des amis ou la famille nous prêtent ce qu’il manque. Mais c’est compliqué », avoue Esmée Sémilienne, « surtout pour l’eau ». Comme souvent, les plus durement affectés sont les femmes et les enfants. Grâce aux couverts, assiettes, gobelets et autre casseroles remises par Caritas, la mère de famille pourra maintenant faire manger ses sept enfants « normalement », et non plus à même le pot dans lequel elle cuisinait jusqu’alors, unique trésor domestique rescapé du séisme. Pour autant, la situation n’est pas réglée. Sans travail, et surtout, sans mari, elle tente de faire vivre sa famille en « faisant commerce » sur la petite route de terre qui traverse Sou Fo.

Comme elle, Ermite Vertilia Romulus vit seule avec ses petits. Juste après le tremblement de terre, son « homme » est parti vers le sud. Il n’en est jamais revenu. « Je n’ai pas de nouvelles depuis », dit elle simplement. Sans toit et sans travail, Ermite fait de son mieux pour s’occuper de ses trois enfants de 2, 5 et 7 ans. Lourde tâche, surtout maintenant que la plupart des écoles de la région n’existent plus. « Si l’aide ne vient pas pour moi, qu’elle vienne au moins pour eux », souffle la jeune femme, le regard posé sur les petits.