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Caritas member and cash for work aid workers at a Cité Soleil school Caritas is rebuilding. Credits: Caritas/Mathilde Magnier

Caritas member and cash for work aid workers at a Cité Soleil school Caritas is rebuilding.
Credits: Caritas/Mathilde Magnier

A Port-au-Prince, près de 90% des établissements scolaires ont été détruits par le séisme. Un bilan catastrophique dans un pays dont 60% de la population est analphabète et seul un enfant sur deux est scolarisé. Reportage au cœur de Cité Soleil, dans les écoles des prêtres salésiens au côté desquelles Caritas s’engage.

« Il faut rouvrir les écoles, il est indispensable que les enfants reprennent leur cursus scolaire au plus vite. Déjà plus de six semaines que rien ne se passe, la situation ne doit pas s’éterniser », lance père Zucchi. Directeur de quatre écoles dans Cité Soleil, bidonville tristement célèbre de Port-au-Prince, le prêtre Salésien est déterminé à reprendre la situation en main . « Chez nous, rentrée des classes prévue dès le début du mois d’avril, après les fêtes de Pâques », souligne père Zucchi.

Comme près de 90% des établissements scolaires de la région de Port-au-Prince, soit 5000 écoles, les bâtiments des Salésiens ont été sévèrement endommagés par le séisme du 12 janvier. « Si le gouvernement haïtien a demandé la réouverture quasi immédiate des écoles dans les zones non touchées, à savoir au Nord Est, Nord Ouest et au Sud de l’île, la situation est encore floue dans la capitale. Mais pas question d’attendre la réponse de l’Etat, il faut aller de l’avant», lâche encore le prêtre. Une réponse à l’impact relativement limitée dans un pays où près de 95% des écoles sont privées, donc indépendantes. Les établissements des Salésiens de Cité Soleil en font partie.

Main de fer dans un gant de velours, Zucchi, comme il se fait appeler, a déjà planifié la reconstruction de ses établissements. Dégagement des débris, évaluation des bâtiments encore sur pieds, acquisition de matériel et fournitures scolaires, construction de salles de classe temporaires dans les cours des différentes écoles… la liste est longue, et l’aide de Caritas, qui soutient et finance le projet, est essentielle. Car il faut aller vite. Si la situation est déjà complexe en Haïti, avec seulement un enfant sur deux inscrit à l’école avant la catastrophe, elle est encore plus critique à Cité Soleil. « Nous sommes dans un des quartiers les plus démunis et les plus déscolarisés du pays ! Moins de 40% des enfants vont à l’école ici », explique encore Zucchi, le front soucieux. « Mais les choses ont commencé à changer ces dernières années. Petit à petit, les parents ont pris conscience de l’importance de l’école pour le futur de leurs petits, trouver un travail … ». Une dynamique qu’il est essentiel de maintenir dans un pays où le réflexe parental est encore bien souvent de garder les enfants chez eux, pour aider à faire tourner la maison.

A Cité Soleil, on suit avec attention l’avancée des travaux des écoles de Zucchi. Dans ce quartier réputé pour sa pauvreté et sa violence extrême, la population a été particulièrement meurtrie par le séisme. Ici, l’ampleur des dégâts ajoute à la misère du quotidien. Sollicitée par Caritas et les Salésiens pour participer à la reconstruction des écoles via des programmes de Cash for Work, la foules s’agite, visiblement soulagée de pouvoir toucher un peu d’argent. « A Cité Soleil, les gens n’avaient déjà pas grand-chose avant le tremblement de terre. Maintenant ils n’ont plus rien. Le Cash for Work, c’est vraiment important ici», glisse un professeur. Venu prêter main forte à Zucchi, il commence à rassembler ses anciens élèves, les sensibilise au fait que la classe va bientôt reprendre.

D’autant que pour bon nombre d’entre eux, le temps semble long depuis que l’école s’est arrêtée. “ On s’ennuie un peu depuis un mois ! », lance Wikly, 10 ans. Assis sur ce qu’il reste du mur d’enceinte de Soleil 4, une des écoles des prêtres salésiens, le jeune garçon se repose, fatigué du match de foot qu’il vient terminer avec ses copains. Le foot, Wilky adore, il y joue toute la journée, c’est sa « passion ». Même s’il a tout de même très envie que la classe recommence. « Sans l’école, on n’est rien », souffle-t-il en contemplant la boîte de conserve fatiguée qui lui sert de ballon.