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People waiting to be registered for relocation at Pétionville Club, Port-au-Prince. Over 5000 people will leave the camp for alternative site La Corail. Credits: Caritas/MathildeMagnier

People waiting to be registered for relocation at Pétionville Club, Port-au-Prince. Over 5000 people will leave the camp for alternative site La Corail.
Credits: Caritas/MathildeMagnier

Un million trois cent mille Haïtiens sont sans abris depuis le 12 janvier. Disséminés dans les 300 camps de fortune de la ville, la plupart survivent dans des conditions d’extrême précarité. Alors que la saison des pluies débute, il est urgent de relocaliser les sinistrés vivant dans les lieux les plus exposés.

« Elles sont spacieuses ces tentes! Au moins cette nuit, nous allons enfin pouvoir dormir au sec. Mais qu’est ce qu’on est loin de la ville ! » murmure Franz Altidor.

Avec sa mère, son frère et sa sœur, l’adolescent fait partie du convoi de déplacés venus tenter leur chance sur les plaines venteuses de La Corail, site alternatif destiné à accueillir les sinistrés des camps de Port-au-Prince jugés à risque. Son sac de voyage toujours dans les mains, l’adolescent observe d’un œil dubitatif le balai de tracteurs de l’ONU qui s’agitent pour remettre le terrain en forme, le va-et-vient d’hélicoptères qui survole les quelques tentes déjà installées, les rangées de latrines perdues au milieu du désert de roche et de sable de terre. Dans les jours à venir, plus de 7500 personnes viendront s’installer à La Corail.

Levée depuis l’aube, la famille Altidor vient de quitter Pétionville Club, premier sur la liste des camps dont une partie des habitants doit être relocalisée avant la saison des pluies. L’initiative rentre dans un plan de réinstallation global, dont l’objectif est de décongestionner et sécuriser les zones les plus sensibles de Port-au-Prince, où vivent plus de 600 000 sinistrés du séisme. A l’heure actuelle, près de 40 000 personnes vivent entassées sur les pentes de l’ancien club de golf, dont près de 5000 sont attendues à La Corail.

Pour préparer la transhumance des sinistrés, Pétionville Club s’est transformé en ruche. Toute la journée, les familles en partance croisent celles qui s’enregistrent, les différentes agences humanitaires présentent sur le terrain courent d’un bout à l’autre du camp sous les yeux ahuris de ceux qui restent. Campagnes de sensibilisation, enregistrement des premiers volontaires, organisation des convois pour transporter les candidats au départ …. Caritas, qui gère partiellement le camp, est sur les dents.

« Depuis qu’il pleut tous les soirs, la vie est devenue insupportable ici. L’eau s’infiltre dans les abris et inonde tout ! Il faut rester debout pendant toute la nuit ! Impossible de dormir ! Je ne sais pas si les choses seront beaucoup plus simples dans le nouveau camp mais il faut essayer, alors je veux partir », explique Carmelle Lodan. Exaspérée par la situation, la jeune femme est pressée d’obtenir le petit papier, sésame qui leur permettra, à elle et à sa famille, de quitter les artères boueuses du camp.

En dépit des autres alternatives proposées aux candidats au départ, l’option de La Corail semble rester celle retenue par la majorité. Pour désengorger les camps, on encourage notamment ceux dont les logements ont été expertisés et déclarés habitables à retourner y vivre. « Pas question que je rentre chez moi ! On me dit que ma maison est saine mais moi je sais où sont les fissures ! » explique Jeannette Simeon, coupon de relocalisation en main. « Toute la journée, j’ai peur pour mes enfants. Là-bas, on nous dit qu’il y aura des services, des écoles, plus de sécurité. Pour dire la vérité, je ne sais pas bien à quoi m’attendre, mais la situation est tellement mauvaise ici que je préfère m’en aller », continue la mère de famille, bien déterminée à partir au plus vite. Et puis, il n’est pas impossible que la perspective des distributions de kits d’hygiène, de rations de nourriture et d’argent –l’équivalent de 2 semaines de Cash for Work, soit une cinquantaine de dollars – pèse dans la décision de Jeannette et des autres.

S’il est essentiel de désengorger le camp, il l’est tout autant d’assainir et sécuriser le terrain pour les populations restantes. Comme dans bon nombre d’autres sites de Port-au-Prince, les équipes de Cash for Work Caritas se relaient pour creuser des tranchées, des écoulements d’eau, créer de nouvelles routes sur les pentes de Pétionville Club. Une dynamique mise en œuvre par la communauté internationale dans la plupart des sites de la capitale.

Dans les semaines à venir, un second site alternatif devrait accueillir plus de 1500 personnes en provenance d’autres camp jugés à risques.