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Caritas sets up a mobile basic health clinic in Leogane, one of the areas hit hardest by the earthquake. Credits: Katie Orlinsky/ Caritas 2010

Caritas sets up a mobile basic health clinic in Leogane, one of the areas hit hardest by the earthquake.
Credits: Katie Orlinsky/ Caritas 2010

A l’heure où beaucoup d’organisations humanitaires commencent à retirer leurs unités médicales temporaires de la ville de Léogàne, située à une cinquantaine de kilomètres de Port-au-Prince et détruite à 90% par le séisme, la présence des centres de santé Caritas est plus importante que jamais. Si ces centres ont permis de palier à l’urgence médicale des premières semaines, ils garantissent aujourd’hui l’accès aux soins de base, souvent inaccessibles et inabordables pour la population avant le tremblement de terre.

La journée se termine beaucoup plus doucement qu’elle n’a commencé dans le petit dispensaire de çaira, quartier situé à proximité du centre ville de Léogàne. Les derniers patients font leurs aurevoirs, l’infirmière, le médecin de garde et le personnel se préparent à fermer les portes du centre en faisant le point sur la semaine écoulée. « Beaucoup plus mouvementée que les précédentes », observe Valérie Chadic, à la tête du petit établissement, soutenu par Caritas depuis janvier dernier. « Voilà quelques jours que les malades défilent, et ça ne semble pas parti pour changer. Beaucoup d’organisations humanitaires venues pour travailler sur l’urgence médicale après le séisme commencent à quitter Léogàne. Alors les gens se tournent vers ceux qui restent, comme nous. Et certains viennent de plus en plus loin pour consulter », explique encore la jeune femme. « Le rythme n’est évidemment pas le même que dans les premiers temps, où pas moins de 200 personnes étaient reçues quotidiennement mais le besoin reste là. » Aujourd’hui, plus de blessures profondes mais de nombreux cas de diarrhées, d’infections respiratoires et cutanées dues aux mauvaises conditions de vie et d’hygiène dans lesquelles la population vit depuis le séisme.

Manière de dire que si l’urgence sanitaire des premiers mois est passée, il n’en reste pas moins essentiel de pérenniser la présence de structures médicales à Léogàne, si durement touchée par le tremblement de terre. Et ce d’autant que le secteur de la santé y était « très pauvrement couvert » avant le 12 janvier. « Même le grand hôpital a fermé l’année dernière, c’est vous dire », soupire le père Marat Guirand, en charge de la paroisse de Sainte Rose de Lima à Léogàne. Car aussi paradoxal que cela puisse sembler, « jamais la population n’a eu autant accès aux soins que depuis le séisme. En ce sens, la présence de tous les hôpitaux temporaires installés ici après le séisme a eu un impact très bénéfique, et ce bien au-delà du traitement des blessures et autres maladies provoquées par la catastrophe », continue encore le père Marat.

Car ce qui fait se déplacer la population, et souvent de très loin, c’est bien entendu la disponibilité du personnel médical mais aussi la gratuité des soins. Et ainsi la possibilité de pouvoir se faire soigner pour des pathologies parfois antécédentes au séisme. Pour la première fois, Max Napoléon a pu se faire traiter pour des problèmes de dos qui l’empêchaient « souvent de marcher ». « Jamais je n’aurais pu payer la facture ! Et encore moins aujourd’hui, où l’argent est si rare. Il y a d’autres priorités », lâche le jeune homme, âgé de 21 ans. Schmidt Cunor en revanche n’avait « jamais été malade avant cette année ». Avec le séisme, Schmidt a tout perdu. Sa maison, ses biens, jusqu’à ses outils de ferrailleur, son travail avant le tremblement de terre. Depuis, il vit dans une petite tente « trop exigüe » avec sa mère, ses deux sœurs et son fils de quatre ans. « C’est le séisme qui m’a rendu très malade du ventre, et sans le centre de santé, c’est le séisme qui m’aurait empêché de me faire soigner. », dit-il simplement. « Pas de travail, pas d’argent, pas de médicaments », conclut-il, résigné.

« Pour ces gens qui n’avaient droit à rien avant, nos centres offrent l’opportunité d’obtenir des soins de base, et c’est ce qui fait toute la différence », explique Valérie Chadic. Sans parler des campagnes de vaccination, contre la diphtérie, le tétanos, la rougeole ou la rubéole, lancées avec l’aide de Caritas en mars et avril dernier. En l’espace de deux mois, quelque 4000 personnes ont pu se faire immuniser pour la première fois contre ces maladies malheureusement récurrentes en Haïti. « Une vraie amélioration ! », s’exclame la jeune médecin.

Pour le Dr. Jean Bosco Mbom, responsable du programme pour Caritas, il est « indispensable de rester, de continuer à travailler dans les deux centres mis en place par Caritas à Léogàne ». Dans les semaines à venir, continue-t-il, « nous allons transformer le dispensaire de çaira en polyclinique, y ajouter des lits, une salle d’accouchement, un laboratoire etc… car il est essentiel que certaines structures restent et se développent dans la zone.» Quatre mois après le séisme, les gens vivent toujours dans une grande précarité dans la région, ce qui a un réel impact sur leurs conditions de santé. « Après cela « , souligne encore Jean Bosco Mbom,  » il est compréhensible qu’une partie de l’aide humanitaire déployée pour répondre à l’urgence des premières semaines commence à se retirer et se recentre ailleurs. Beaucoup d’organisations sont venues à Léogàne dans les premiers temps. Petit à petit, la situation doit se normaliser. Tous ne peuvent pas rester. »

A l’heure actuelle, Caritas a donné des soins médicaux à plus de 60 000 personnes en Haïti.