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Children in Cité Soleil, one of the largest slum of Port-au-Prince where over 350 000 people are living. Like most children in Little Haïti, they attend the salesian schools supported by Caritas in Cité Soleil. Credits: CARITAS/ MathildeMagnier

Children in Cité Soleil, one of the largest slum of Port-au-Prince where over 350 000 people are living. Like most children in Little Haïti, they attend the salesian schools supported by Caritas in Cité Soleil.
Credits: CARITAS/ MathildeMagnier

Par Mathilde Magnier

Près de 4 mois après le séisme, la vie s’installe tant bien que mal dans les camps où plus de 600 000 personnes sont réfugiées depuis le 12 janvier. Pour beaucoup de sinistrés, s’impliquer dans le quotidien de la communauté, recréer des lieux de vie au cœur de ces installations temporaires devient aussi fondamental que la présence de services de première nécessité. Une dynamique qui s’amorce autour des Espaces des Zamis Timouns (les amis des enfants), les centres dédiés aux enfants.

« Les rires des enfants, ça vous transforme une atmosphère, c’est la chose la plus thérapeutique au monde ! Depuis que les activités avec les petits ont commencé, les choses ont vraiment changé ici », lance David Valeus, ballon dans une main et pinceaux dans l’autre. En charge du programme pour enfants du camp de Bureau des Mines depuis son ouverture, en mars dernier, David passe maintenant le plus clair de ses journées à courir derrière ses jeunes pensionnaires quotidiens. Si l’œil est un brin fatigué, le sourire est franc et la satisfaction visible. « Avec plus de 450 enfants tous les jours, croyez moi, les journées passent vite », reprend le jeune homme, forçant un peu la voix pour se faire entendre au milieu du brouhaha qui règne aux alentours. Car à Bureau des Mines, où vivent près de 5000 personnes, l’Espace pour les Zamis Timouns fait office de place du village. Autour des petites tentes du centre, de la table sur laquelle pichets et verres d’eau sont disposés pour que les petits puissent se rafraichir, les gens vont et viennent, échangent et se retrouvent. Les plus âgés observent, sourire en coin ; les plus jeunes s’agitent, curieux de suivre les activités en cours.

Dessin, travaux manuels, chants, jeux éducatifs ou pratiques sportives… voilà près de deux mois que, sous l’œil intéressé des parents et des habitants de Bureau des Mines, les 20 animateurs du projet s’affairent pour remettre un petit peu d’ordre dans la vie des plus jeunes. « Ces enfants sont passés par des choses inimaginables, par le biais de ces activités psychosociales, nous essayons autant que possible de soulager tout cela. Et puis, travailler, faire les choses ensemble nous donne un sentiment de cohésion, d’appartenance et de communauté vraiment nécessaires ici » continue David.

Comme la plupart des animateurs des Zamis Timouns, David vit dans le camp, son camp, sa seule maison aujourd’hui. Également à la tête du comité des habitants de Bureau des Mines, il se sent d’autant plus concerné par l’initiative qu’il est très sollicité par la population du camp, au premier rang desquels les parents des enfants du programme. « Les parents s’investissent de plus en plus ! Beaucoup de petits n’ont pas la possibilité d’aller à l’école, alors les mamans nous demandent de mettre en place des programmes éducatifs plus académiques, » explique Marleine Léger, coordonnatrice du centre. « Travailler au profit, avec et pour la communauté, c’est ce qui importe. La grande force du projet, c’est justement la présence de tous ces animateurs qui vivent sur place et qui connaissent les familles ! Dès que l’un des enfants est absent, nous savons immédiatement où est le problème », continue l’énergique jeune femme.

« Et puis les petits ont fait beaucoup de progrès depuis que nous avons commencé ! Ces activités leur font tellement de bien ! » A regarder les animateurs courir et danser d’un bout à l’autre des tentes, chanter à tue-tête en tapant sur leurs instruments, le visage rigolard et le front brillant, on se demande qui des enfants ou de leurs aînés profite le plus de ces moments hors temps. La chose n’est pas toujours simple, car le quotidien reste rude pour ces animateurs réfugiés. « Trouver l’énergie, la force de porter ces enfants est un travail de tous les jours. Pour que les petits aillent bien, il faut que les animateurs aillent encore mieux. Alors toutes les semaines, on remotive les troupes, ensemble, pour que le travail puisse continuer ».

Et le mieux, c’est que cela semble porter ses fruits. « Les enfants timides, en retrait, renfermés et visiblement traumatisés que nous avons rencontré deviennent de plus en plus gais et extravertis ! » explique Jourjina, le menton pointé vers la douzaine d’enfants surexcités qui sortent de sa classe. « Même ceux qui semblaient avoir le plus de difficultés au départ sont en réelle amélioration. Ceux qui dessinaient des cercueils ou des maisons et des personnages crochus dans les premiers temps nous font aujourd’hui des soleils ! », continue la jeune fille en prenant dans ses bras la toute petite fille, Nathalie, qui tire frénétiquement sur sa jupe. « Regardez la ! Elle a déjà 6 ans mais quand elle est arrivée, elle parlait à peine et avait peur de tout. Maintenant, elle se fait comprendre de mieux en mieux et se mêle volontiers aux autres ! »

Pour Maurice McQuillan, responsable des urgences Caritas, qui soutient le projet dans les camps de Pétionville Club, Solino et Bureau des Mines, permettant ainsi à près de 2000 enfants de bénéficier de ces programmes, « le contraste est saisissant. En l’espace de quelques mois, tout a changé dans les camps où les centres pour enfants ont été installés. Les enfants rencontrés aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux vus au lendemain du séisme. Grâce à ces espaces, ils disposent enfin du cadre et de l’attention dont ils ont besoin pour retrouver un semblant de normalité, poursuivre leur vie d’enfant, et ce en dépit du traumatisme subi. Et puis, c’est toute la communauté des camps qui se développe et se créée autour de ces centres et bénéficie de l’énergie positive qu’ils dégagent. En l’état, c’est indispensable pour les sinistrés.»