Dans le 13è arrondissement, à Paris, un camp de Roms de 5 familles à été évacué, sur ordre de la Mairie de Paris. Credit: Secours Catholique

Dans le 13è arrondissement, à Paris, un camp de Roms de 5 familles à été évacué, sur ordre de la Mairie de Paris. Credit: Secours Catholique

Adriana est en France depuis cinq mois, peut-être six elle ne sait plus. Lorsque je la rencontre à la sortie de l’église où elle mendie, elle est fatiguée, épuisée, à bout. Elle garde pourtant une certaine allure avec ses longs cheveux et ses yeux perçants. Elle accepte de me raconter ses jours, par touches, comme si elle avait honte de ce qu’est sa vie.

Elle est venue en France pour rejoindre son mari avec deux de ses enfants. Derrière elle, en Roumanie, elle a laissé son dernier âgé de 2 ans, à sa belle-mère, ainsi que sa fille aînée de 15 ans qui aide la vieille femme dans les tâches quotidiennes.

Adriana pense souvent à son petit dernier. Il lui manque, c’est sa joie de vivre. Pour sa fille aînée c’est différent, elle avait envie d’indépendance mais Adriana ressent son absence le soir : elle n’a plus personne avec qui parler de choses futiles.

Elle a rejoint son mari sur un bidonville en banlieue où ce dernier vivait depuis déjà 2 ans dans une baraque fabriquée de planches et de tôles sans eau, sans électricité et sans confort. Il ne l’avait pas prévenu des conditions de vie mais elle se doutait qu’il vivait chichement. “Ce n’est pas si important”, précise-t-elle “l’essentiel c’est que nous soyons ensemble” et “la vie sous le même toit de ma belle-mère devenait insupportable “.

Dès son arrivée, elle a bataillé pour inscrire ses enfants à l’école. La plus proche est loin, à 30 minutes à pied. Tant pis, elle les dépose à pied tous les matins avant de rejoindre la capitale pour mendier et son mari les récupère le soir. Elle rêve que ses enfants s’instruisent et découvrent une autre vie que celle de misère qu’elle et son mari peuvent leur offrir. Sur le bidonville, nombreux voisins ne comprennent pas qu’elle impose à ses enfants de se lever aux aurores pour aller à l’école des Français mais elle persiste, convaincue que c’est l’unique solution pour sortir de la boue.

Son mari travaille la soirée, parfois même la nuit. Avec son cousin, ils sillonnent les environs en camion pour récupérer dans les ordures et les poubelles des câbles, du cuivre, des métaux à revendre ou des merveilles à proposer aux brocanteurs ou aux fripiers de la région. Ils arrivent à gagner de quoi nourrir la famille. Adriana mendie pour s’occuper l’esprit, pour quitter le terrain, mais aussi pour permettre à la famille quelques folies : une paire de chaussures neuves, des cigarettes, du shamppoing ou une machine à la laverie automatique.

Depuis 2008, la Délégation de Paris du Secours Catholique est amené à intervenir auprès de familles roms, principalement d’origine roumaine, vivant en grande précarité sur le territoire parisien sur des bidonvilles ou dans des squats.

Le groupe Roms de la Délégation de Paris à trois missions principales: Présence et médiation sur les lieux de vie, Accompagnement global et aide à l’insertion, Action institutionnelle par la défense des droits et sensibilisation/formation.

Adriana porte sa vie, à bout de bras, à la fois résignée et révoltée. Elle accepte sa condition de femme rom migrante avec un fatalisme parfois effrayant mais elle voit aussi le rejet et la crainte dans les visages qu’elle croise. Pour rien au monde elle ne retournerait en Roumanie mais si elle sait que personne ne veut d’elle en France. Elle ne croit pas pouvoir échapper à son destin mais elle pense à ses enfants… convaincue que, pour eux, les choses ne sont pas figées. Alors elle pense à eux et se lève tous les matins avec l’espoir qu’un jour elle et sa famille auront une place au soleil.

Par Evangeline Masson-Diez, Secours Catholique.