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Haiti's health system was already a shambles before the earthquake with less than 30 percent of the population having access to health care services - and even worse, only 17 percent had access to sanitation. Credits: Orlinsky/Caritas

Haiti’s health system was already a shambles before the earthquake with less than 30 percent of the population having access to health care services – and even worse, only 17 percent had access to sanitation.
Credits: Orlinsky/Caritas

Caritas Allemagne, Dr Joost Butenop — conseiller en santé

Dès les premières heures suivant le tremblement de terre en Haïti, Caritas était auprès des personnes les plus touchées et nous avons réussi à sauver des vies et à atténuer les souffrances dans la mesure de nos moyens. Nos centres médico-sociaux ont toujours fait bien plus que simplement distribuer des médicaments. Les gens venaient chercher réconfort et soutien. Tenir une main ou étreindre un patient était tout aussi important sur le plan de la survie que d’administrer des antibiotiques aux enfants atteints de pneumonie. La plupart de nos consultations dans les premiers mois étaient à caractère « psychosocial », plutôt que médical du fait nous avons aidé la population à composer avec les répercussions affectives du tremblement de terre.

Même avant que le tremblement de terre ait frappé, le système de santé dans les secteurs touchés par le séisme était en plus mauvais état que dans la plupart des pays où j’ai travaillé. Le système de santé d’Haïti était déjà en ruine avant le tremblement de terre – moins de 30 pour cent de la population avait accès à des soins de santé – et pire encore, seulement 17 pour cent avaient accès à des services d’assainissement. Je ne m’attendais pas à une situation si difficile. Le tremblement de terre a détruit la plus grande partie des rares infrastructures, jetant de nombreuses personnes à la rue et les laissant extrêmement vulnérables.

Un des plus grands défis que j’ai vécu à Haïti dans la foulée du tremblement de terre a été de voir les besoins et le désespoir infinis et de me rendre compte que la souffrance ne semblait pas avoir de fin. Même avec 10 ans d’expérience comme médecin dans le domaine des secours d’urgence, j’avais beaucoup de mal à identifier les personnes qui avaient les plus grands besoins dans les premières semaines. Comme travailleurs humanitaires, nous avions le devoir d’identifier les personnes dont les besoins étaient les plus urgents, mais en Haïti les besoins étaient si immenses et tellement de personnes avaient des besoins considérables. Il était très difficile de choisir de s’installer dans un secteur précis pour y travailler, en sachant que tant d’autres resteraient sans aide.

Le travail de Caritas nous a amenés à nous occuper d’autres aspects de la catastrophe, au-delà du simple aspect médical. Les membres de l’équipe de recherche et de secourisme de Caritas Mexique sont pour moi des héros. Plonger dans trois ou quatre mètres de décombres et risquer sa propre vie pour sauver des gens relève tout simplement de l’exploit. C’était de l’humanitarisme à l’état pur et je me sens privilégié d’avoir pu les côtoyer.

Je suis allé à Haïti quatre fois en 2010. Il reste tant à faire et se concentrer sur des aspects apparemment sans importance reste un défi pour tout humanitaire. Nous devons rester concentrés sur le travail en cours et prêter main-forte à notre partenaire local, Caritas Haïti. Tout le travail appuyé par les ONG internationales devra éventuellement être remis entre les mains de nos partenaires haïtiens. Renforcer leurs capacités est une tâche considérable et une très grande responsabilité, et permettre aux partenaires de prendre le relais dans un avenir proche nous oblige à avoir des attentes réalistes pour ce qui est des capacités et de la durabilité. Les organisations internationales de Caritas maintiendront une présence dans les années à venir pour soutenir et renforcer nos partenaires locaux dans cette tâche herculéenne. Ce que j’ai appris est que l’expérience et le professionnalisme sont des éléments aussi importants du travail humanitaire que l’idéalisme, l’humanité, la souplesse et la capacité de composer avec le chaos.

Le tremblement de terre d’Haïti continuera de m’habiter longtemps encore. Les scènes de destruction totale, l’odeur et la vue des corps en décomposition, l’odeur du ciment omniprésente, les répliques sismiques quotidiennes et l’expression de choc total sur les visages de tous me hantent encore, même aujourd’hui. Je crois bien qu’il me faudra des années pour surmonter cela, mais le fait d’être retourné en Haïti à plusieurs reprises dans l’année qui a suivi le tremblement de terre, poursuivre mon appui et de constater que les choses s’améliorent, lentement mais sûrement, m’aide.