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In order to encourage refugees and internally displaced persons to return to their home, damaged houses such as this one should be rehabilitated. Credits: Xavier Schwebel / Secours Catholique

In order to encourage refugees and internally displaced persons to return to their home, damaged houses such as this one should be rehabilitated.
Credits: Xavier Schwebel / Secours Catholique

« Les soldats de Gbagbo sont venus. C’était la nuit, ils ont tiré et tué des gens. Je me suis enfuie avec mes deux enfants. Mon mari a disparu » C’est ainsi que Patricia, jeune maman de 23 ans de la région de Man à l’ouest de la Côte d’Ivoire, raconte l’horreur de ce qu’elle a vécu aux membres de la mission de Caritas en juin dernier. Patricia, alors enceinte de cinq mois, a marchés dans la forêt une semaine durant avant d’être recueillie chez une femme. Mais de nouveau les soldats ont attaqué le village et c’est vers le Liberia qu’elle s’est dirigée. Mais là-bas rien n’était prévu pour les accueillir, elle et la dizaine d’autres villageois. Finalement les déplacés de ce village sont rentrés et partagent aujourd’hui le peu de ressources qui s’épuisent rapidement.

« J’ai peur de rentrer chez moi », avoue Jacques, qui a fui son village de Benouin au mois d’avril. Selon lui, ce sont les miliciens pro-Ouattara qui, cette fois, sont en cause dans la dévastation de son village. Jacques en est convaincu.

Des témoignages similaires, les membres de la mission de Caritas Internationalis dirigée de Caritas Côte d’Ivoire en ont écouté beaucoup. Le 3 octobre dernier, la Cour pénale internationale (CPI) a autorisé son procureur à enquêter sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui auraient été commis en Côte d’Ivoire par les forces de l’ex-président Laurent Gbagbo et celle du président Alassane Ouattara.

Cette nouvelle va dans le bon sens selon Jean Djoman, coordonnateur national des opérations humanitaires de Caritas Côte d’Ivoire. Il tient à préciser :

« C’est le Gouvernement ivoirien qui a saisi officiellement la CPI pour qu’elle enquête sur les événements tragiques survenus en Côte d’Ivoire pendant la crise post-électorale. Et à la suite de plusieurs missions préliminaires, la CPI a fini par donner une suite favorable, mais entend remonter les enquêtes jusqu’en septembre 2002, date du déclenchement du coup d’État qui s’était mué en rébellion.

Mais en plus de la CPI, le Gouvernement ivoirien a mis aussi en place au plan national une Commission d’enquête sur les événements post-électoraux. Cette instance enquêtera et instruira les cas de violation grave des droits de l’homme relevant de la compétence des juridictions ivoiriennes. Elle a donc un mandat judiciaire.

Et il y a enfin la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) mise aussi en place par décret présidentiel. Selon son mandat, la CDVR devra entendre aussi bien des victimes, des bourreaux que des témoins, mais ne dispose pas de pouvoir judiciaire. Elle ne rend pas de jugement, ne prononce pas de condamnation, mais travaille pour la manifestation de la vérité et le retour et la consolidation de la cohésion sociale et de la paix. »

Caritas Côte d’Ivoire active pour la paix

Caritas Côte d’Ivoire va suivre et appuyer ce processus de réconciliation, de consolidation de la cohésion sociale et de la paix. « Il s’agit de rapprocher les différentes communautés avec un programme de couverture nationale car la crise a affecté l’ensemble du territoire », explique Jean Djoman. « Les agents pastoraux seront formés dans les démarches de réconciliation et de construction de la paix en se servant des outils développés par Caritas Internationalis et en partenariat avec la Commission Justice et Paix. »

Il ajoute que Caritas appuiera aussi des initiatives déjà en marche et initiées par les églises ou par les communautés locales. Par exemple, à l’ouest du pays, à la frontière avec le Liberia, l’Association des chefs de villages mène des actions de sensibilisation et de rapprochement des communautés. Caritas pourrait les appuyer en facilitant les transports des chefs de village ou en donnant des formations en résolution de conflit.

Un processus conditionné

Si ce processus est prioritaire pour Caritas Côte d’Ivoire, Jean Djoman indique qu’il ne peut se faire seul. « Pour que ce processus de réconciliation et de promotion de la cohésion sociale soit un succès, il faut aider le retour des réfugiés et des personnes déplacées internes. Ce retour est conditionné par la pacification de toutes les zones du pays et par la réhabilitation des habitations qui ont subi un niveau de destruction extrêmement important. Il faut aussi relancer rapidement la production agricole, surtout vivrière pour assurer la sécurité alimentaire des familles. Enfin, il ne faut pas oublier la remise en état des écoles dont certaines avaient été transformées en camps militaires. À ces conditions, le processus de réconciliation pourra devenir le ciment d’une nouvelle Côte d’Ivoire. »

Le 11 décembre prochain, le peuple ivoirien sera de nouveau appelé à aller voter pour les élections législatives. Est-ce que le pays sera suffisamment avancé sur le chemin de la réconciliation et de la paix pour le faire sans retomber dans la violence ? C’est une question que tous les acteurs doivent aujourd’hui se poser.

Sources de cet article :
Textes de Catherine Rebuffel publiés dans la revue Messages du Secours Catholique
Entrevue avec Monsieur Jean Djoman, propos recueillis par Ryan Worms