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Elections in the Democratic Republic of Congo, November 2011 Credits: Worms/Caritas

Elections in the Democratic Republic of Congo, November 2011
Credits: Worms/Caritas

Différents cas de violences ont été rapportés en marge du double scrutin présidentiel et législatif du 28 novembre dernier en RDC. La population congolaise retient son souffle en attendant la proclamation des résultats de l’élection présidentielle qui devraient être annoncés mardi 6 décembre par la Commission électorale nationale indépendante (CÉNI).

La délégation de Caritas Internationalis, présente à Kinshasa, a été informée qu’un jeune homme de 20 ans, Léandre, avait été tué par balle alors qu’il observait l’affichage des premiers résultats dans un bureau de vote proche de chez lui. Les faits se sont déroulés dans le quartier Banunu, commune de Matete, lundi soir à 21 h 30. La délégation a vu le corps du jeune homme et a rencontré sa famille. Son père nous a demandé de rapporter son témoignage. (Voir le témoignage du père de jeune homme ci-dessous)

« Si les violences venaient à prendre de l’ampleur à l’annonce des résultats, nous serons prêts à répondre aux besoins des populations civiles », déclare la direction de Caritas Congo.

Caritas Congo a élaboré un plan de contingence postélectoral afin que le réseau Caritas soit immédiatement opérationnel en cas d’urgence.

Ce plan a été préparé en collaboration avec les responsables des Caritas diocésaines du pays lors d’une réunion qui s’est tenue à Goma début novembre. Il vise à répondre aux besoins de 4 000 ménages déplacés. Les domaines d’intervention retenus concernent la mise à disposition d’abris temporaires, de biens alimentaires, l’organisation de foires de biens non alimentaires ainsi que la protection des populations.

Dans les zones visées par l’intervention, le plan de contingence prévoit également assurer l’approvisionnement de 8 hôpitaux généraux et de 15 centres de santé en médicaments, en matériels médicaux, en réactifs pour laboratoires et en suppléments nutritionnels pour 16.000 enfants.

Pour la ville de Kinshasa, le PAM (Programme alimentaire mondial) a fait de Caritas Congo son principal partenaire local pour la distribution d’aide alimentaire en cas de crise postélectorale. Reconnaissant l’expérience et la connaissance du terrain de Caritas Congo, le PAM compte sur l’institution pour assurer, si nécessaire, la distribution de 750 tonnes métriques de denrées alimentaires en faveur de 68 000 personnes.

Caritas Internationalis espère que la suite du processus électoral se déroulera dans un climat apaisé et respectueux de la sécurité des populations civiles. Toutefois, si cela devait se passer autrement, Caritas Internationalis rappelle aux membres de la confédération que son membre national en République démocratique du Congo est prêt à intervenir.

Le père de Léandre nous demande de livrer son témoignage.

Propos recueillis le 29 novembre 2011

« Je suis rentré à la maison à 19 h. Ma femme était déjà couchée. J’ai vérifié que les enfants étaient rentrés, mais je n’ai pas vu Léandre. J’ai alors demandé où il était. Ses frères et sœurs m’ont dit qu’il était allé dehors avec des amis.

À 21 h, ma femme m’a téléphoné, elle ne savait pas que j’étais déjà dans la maison. Je lui ai demandé où était Léandre. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas, que lorsqu’elle était montée, il se trouvait avec les autres enfants dans la maison.

Je lui ai demandé d’aller au coin de la rue voir s’il n’était pas là. Elle est revenue et m’a dit que non. Je me suis alors habillé pour faire le tour du quartier. Les enfants avaient la consigne de rentrer à la maison à 21 h au plus tard.

Je ne l’ai pas trouvé. C’est lorsque j’arrivais de nouveau à la maison que deux de ses amis sont arrivés en courant derrière moi. Ils m’ont dit, papa, papa, Léandre a pris une balle.

Je ne pouvais pas le croire. Une balle, ai-je demandé ? J’ai alors voulu savoir s’ils faisaient du trouble. Les deux amis m’ont dit que non, qu’ils célébraient avec d’autres personnes l’affiche des résultats de la présidentielle au bureau de vote à côté. C’est alors, m’ont-ils dit, qu’une voiture avec des hommes en uniformes de la police est arrivée et que ces hommes ont commencé à tirer en l’air pour disperser le groupe.

Alors que le groupe se dispersait, la voiture s’est approchée d’eux et à ce moment-là, un des hommes a tiré dans le dos de mon fils. Ses amis m’ont aussi dit que la voiture était repassée quelques instants après. Ses amis ont alors crié que Léandre était mort, qu’ils l’avaient tué. À ce moment, les hommes armés ont pris la fuite dans leur véhicule.

J’ai couru trouver mon fils. Il était étendu sur sol à 200 ou 300 mètres de la maison. Je l’ai pris dans mes bras. Je suis allé dans un dispensaire à côté, mais on m’a dit d’aller dans un centre médical plus grand. En arrivant au centre médical, mon fils était déjà mort. Il avait 20 ans. »