Cette page est aussi disponible en: Anglais

There is an unseasonal increase in food prices in Burkina Faso. Credits: OCADES

There is an unseasonal increase in food prices in Burkina Faso.
Credits: OCADES

Cette année, Zaki n’a pas les moyens de nourrir sa famille. Jeune enseignant, il vit au Burkina Faso, l’un des pays d’Afrique de l’Ouest où les produits alimentaires commencent à se raréfier. Le prix du maïs a tellement augmenté que Zaki ne peut plus en acheter. Sa famille doit vivre sur ses réserves de riz, mais celles-ci s’amenuisent de jour en jour.

En cette période, Dassala traîne chez lui avec sa famille. Dassala est vieux, trop vieux pour gagner sa vie et les affaires de sa femme ne vont pas très bien. Alors, ils comptent sur leurs fils, un apprenti mécanicien, pour ramener de quoi manger. Mais ce n’est pas suffisant, surtout si les prix continuent à grimper.

“Des milliers de familles ne savent plus quoi faire”, explique Flavien Batiano d’OCADES-Caritas Burkina Faso. “Quand les prix des denrées alimentaires montent, les gens réagissent en migrant, en vendant des bêtes à prix sacrifié, en se lançant dans des activités dangereuses telles que l’extraction d’or ou en se battant pour des pâturages et de l’eau”.

Les organisations humanitaires, dont Caritas, avertissent qu’une autre crise alimentaire menace la région sahélienne d’Afrique de l’Ouest, une vaste bande de terre aride qui s’étend au sud du Sahara. Au Niger, 40 pour cent des habitants ne mangent pas à leur faim. Un quart d’entre eux, soit plus de 1,3 millions de personnes, disent que le manque de vivres est grave.

Caritas craint que la situation cette année soit pire que la dernière crise alimentaire qui remonte seulement à 2010. Le rapprochement de ces deux crises signifie que les réserves d’urgence des familles sont vides, que le bétail a été vendu et que les économies ont fondu.

En février, une douzaine d’organisations Caritas se sont réunies à Bamako, au Mali, pour voir comment intervenir au mieux et de la manière la plus coordonnée possible face à la crise. Le directeur humanitaire de Caritas Internationalis, Alistair Dutton, estime que la priorité sera de conduire une action efficace et coordonnée au moment opportun.

Pendant la sécheresse qui a frappé le Sahel en 2004, les Nations Unies ont calculé qu’il aurait suffi d’un dollar pour éviter qu’un enfant ne bascule dans la malnutrition alors que le coût du traitement d’un enfant souffrant de malnutrition s’élève à 80 dollars.

“Si la communauté internationale intervient dès à présent, nous pouvons minimiser les incidences d’une autre crise alimentaire dans le Sahel,” déclare Alistair Dutton. “Notre expérience montre que la meilleure réponse à ce stade consiste à prendre des mesures simples pour garantir la protection des moyens d’existence, ce à quoi Caritas s’emploie aujourd’hui”.

Ces mesures peuvent être aussi directes que d’inciter les hommes à rester dans leurs villages, en leur proposant des activités “argent contre travail”, et de s’assurer ainsi qu’ils préparent la campagne agricole de l’année prochaine. Caritas Mali prévoit de distribuer des vivres et des semences aux familles à risque.

Caritas Burkina Faso lutte contre la malnutrition chez les enfants. En 2009, Caritas a créé des centres où l’on apprend aux familles comment prévenir la faim et soigner un enfant qui souffre de malnutrition. Le programme touche 255 villages et est ouvert à tous les enfants.

La crise alimentaire est encore provoquée par la sécheresse. La région du Sahel est fréquemment touchée par la sécheresse qui a entraîné des crises alimentaires en 1973, 1984, 2004-2005 et 2009-2010. Depuis 1954, les précipitations ont diminué de moitié dans la région, si l’on en croit une étude réalisée l’année dernière par le centre de foresterie de l’université de Californie, Berkeley.

“Il nous faut investir dans la fertilité du sol, il nous faut promouvoir l’irrigation au lieu de l’agriculture pluviale” martèle Alistair Dutton. “Nous devons rendre l’agriculture plus durable pour que les communautés du Sahel puissent surmonter ces chocs.

Le conflit aggrave la situation. Plus de 11 000 personnes ont fui le Mali et ses violences pour chercher refuge dans le nord du Niger. Ils ont un besoin urgent de vivres, de soins de santé et d’abris. En outre, l’afflux de réfugiés fait peser une pression énorme sur l’environnement local aride, où les résidents ont à peine de quoi survivre.