Cette page est aussi disponible en: Anglais, Espagnol

Carmen gives out food bags. Credits: Worms/CaritasCredits: Worms/Caritas

Carmen gives out food bags.
Credits: Worms/Caritas

Il est 19 h 30, à Amatlan, dans la province de Cordoba Veracruz. Au loin, le sifflet du train se fait entendre. Dans la cuisine de Norma Romero Vazquez, le quartier général des Patronas* , les femmes s’activent. Carmen, 90 ans, la doyenne de la famille, prend un cageot rempli de sacs de nourriture.

Accompagnée de ses filles et de ses petites-filles, Carmen se rend à la voie de chemin de fer qui passe à quelques dizaines de mètres de leur maison. Sur une distance d’un kilomètre, les quinze femmes se répartissent les cageots. Lorsque la lumière du train apparaît, elles s’approchent au plus près de la voie et tendent leurs bras chargés de sacs de nourriture. «Que Dieu vous bénisse», crient les migrants montés à bord du train de marchandises. En quelques minutes, le train est passé. Retour dans la cuisine de Norma.

Cela fait plus de 15 ans que Carmen, Norma et les autres donnent de la nourriture, des vêtements et des médicaments aux migrants embarqués sur les trains. Tous les jours, à chaque fois qu’un train passe devant leur communauté, elles sont présentes, les bras tendus, chargés de ce que la charité leur permet d’offrir.

« Heureusement Dieu est avec nous et la nourriture se multiplie », dit Rosa, une des sœurs de Norma. Elle se souvient comment tout a commencé.

« Un dimanche, nous sommes allées avec une de mes sœurs acheter du pain et du lait. En rentrant à la maison, nous avons été interpellées par des gens montés sur un train qui passait à côté de chez nous. « À manger, donnez-nous à manger », criaient-ils. Devant leur détresse, nous leur avons donné ce que nous avions acheté. En arrivant à la maison, nous avions peur de la réaction de notre mère. Mais elle nous a simplement dit qu’il faudrait trouver plus de nourriture à distribuer pour le lendemain. Depuis, nous n’avons plus arrêté. »

Aujourd’hui, plus de 200 sacs de nourriture sont prêts à être donnés quotidiennement. Toutes les femmes de la famille sont engagées dans la préparation et la distribution des vivres aux migrants. Les plus jeunes aident dans la cuisine en attendant d’être assez grandes pour s’approcher du train et participer à la répartition.

« L’émotion de donner de la nourriture aux migrants perchés sur le train est indescriptible, dit une des petites-filles de Carmen. De plus, lorsque je vois ma mère et ma grand-mère les bras chargés de cageots, je me dois d’aller les aider. »

En été, il n’est pas rare de voir jusqu’à 200 migrants à bord d’un même train. Ce soir, ils n’étaient qu’une vingtaine. « C’est à cause de la rudesse des nuits d’hiver, explique Norma. Ceux et celles qui traversent à cette époque de l’année doivent lutter contre le froid en plus de la fatigue, de la faim et des criminels qui les menacent. »

Les Patronas savent bien ce que doivent endurer les migrants qui veulent rejoindre les États-Unis. Toutes ont un frère, un mari ou un fils qui a quitté la communauté pour aller chercher du travail dans le pays voisin.

All the women in the family are involved in preparing and handing out food to the migrants. The youngest help in the kitchen before they are big enough to get close to the train and take part in the distributions. Credit: Worms/Caritas

Toutes les femmes de la famille sont engagées dans la préparation et la distribution des vivres aux migrants. Les plus jeunes aident dans la cuisine en attendant d’être assez grandes pour s’approcher du train et participer à la répartition.
Credit: Worms/Caritas

Ici, les migrants d’Amérique centrale sont considérés comme des membres de la famille. Depuis 15 ans que les Patronas sont à leur service, elles ont dû s’adapter à l’évolution de leurs besoins et affronter toutes sortes de situations. Distribuer de la nourriture n’est plus suffisant. Il faut aussi offrir des vêtements, des médicaments et être prêtes à défendre ceux et celles qui sont menacés.

« Le mois dernier, un jeune homme est tombé du train, il a eu les jambes coupées, raconte Bernarda, une autre sœur de Norma. Les migrants sur le train nous ont crié ce qui s’était passé et nous avons réussi à retrouver le jeune homme et à l’amener à l’hôpital. Aujourd’hui, sa vie n’est plus en danger. »

Une autre fois, les Patronas sont fait barrage devant les forces de police venues arrêter les migrants montés sur le train. « Nous leur avons dit que s’ils voulaient les emmener, ils devraient nous prendre tous. Depuis, nous n’avons plus de problème avec les services de migration», dit Norma.

La Caritas paroissiale appuie le groupe des Patronas en leur fournissant des reçus de charité. Cela leur permet de recevoir quatre fois par semaine des donations de pain d’un grossiste de la région. Le père Julian, responsable de Caritas dans la communauté, ne manque jamais une occasion de vanter le travail de ces femmes remarquables et d’inciter le reste de la population à être solidaire de leur action.

« Tant que Dieu m’en donnera la force, dit Carmen, tant que des hommes et des femmes seront obligés de monter à bord de ces trains pour survivre, je continuerai à me rendre à leur rencontre. »