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Fr. Tentorio is one of many environmental campaigners killed in recent years in the Philippines. There have been 36 recorded killings of activists since 2007 in the Philippines, including seven in 2011.  Credits: PIME

Fr. Tentorio is one of many environmental campaigners killed in recent years in the Philippines. There have been 36 recorded killings of activists since 2007 in the Philippines, including seven in 2011. Credits: PIME

Le père Fausto Tentorio a été abattu de huit balles, alors qu’il montait dans sa camionnette qui était garée près de l’église Notre-Dame du perpétuel secours à Arakan (Cotabato-Nord) en octobre dernier.

Ce missionnaire italien, âgé de 59 ans, était arrivé aux Philippines en 1978. Affectueusement surnommé ‘Tatay Pops’, il était bien connu pour son implication dans les initiatives de plantation d’arbres et la défense des peuples autochtones de l’île de Mindanao. Ses collègues le décrivent comme “un homme gentil, simple au sens évangélique du terme et avisé” mais “farouchement courageux” lorsqu’il s’agissait de plaider pour les populations marginalisées, en particulier les autochtones.

Avec son franc-parler, il s’était élevé contre les dégâts que les compagnies minières commettent dans les terres ancestrales tribales et il avait déjà reçu des menaces. En 2003, il avait raconté qu’à l’occasion de l’une de ses visites dans un village autochtone, des hommes armés “qui menaçaient de lui couper la tête” étaient venus pour le tuer. Cette fois-là, les villageois l’avaient aidé à s’enfuir.

Le père Tentorio est l’un des nombreux écologistes qui ont été tués ces dernières années aux Philippines. Trente-six meurtres d’activistes ont été recensés aux Philippines depuis 2007, dont sept en 2011. “La situation ne fait qu’empirer” estime le père Edwin Gariguez, Secrétaire exécutif de Caritas Philippines-Nassa, “Il y a eu récemment une recrudescence d’assassinats d’écologistes, qui n’ont pas été élucidés”.

En mars de cette année, Jimmy Liguyon a été abattu chez lui, à San Fernando, dans la province de Bukidnon. Il dirigeait une organisation autochtone qui s’efforçait de défendre et promouvoir les droits fonciers et l’utilisation durable des ressources environnementales.

Le 1er mai, à Samar Est, Francisco Canayong rentrait chez lui en vélo quand il est tombé dans une embuscade et a été poignardé à mort. Figure de proue de la protection environnementale, il avait refusé d’être soudoyé pour arrêter de s’opposer aux compagnies minières et il avait reçu des menaces de mort.

Le 9 mai, Margarito Cabal, un homme de 47 ans, marié et père de trois enfants, a été abattu chez lui, dans la province de Bukidnon, par deux hommes armés qui circulaient à moto. Cabal était un fonctionnaire local, bien connu pour la résistance qu’il opposait à la construction d’un barrage géant qui risque d’avoir des effets dévastateurs sur une vaste surface des provinces de Bukidnon et Cotabato-Nord, sur l’île de Mindanao.

After countless unsolved killings, many people in Mindanao search for justice. Credit: Annie Bungeroth/CAFOD

After countless unsolved killings, many people in Mindanao search for justice. Credit: Annie Bungeroth/CAFOD

L’Église catholique des Philippines estime qu’il existe une culture de l’impunité aux Philippines. Elle déclare que le gouvernement n’assure ni protection ni justice aux artisans de la paix. “Aucun défenseur des droits de l’homme ne devrait vivre dans la peur en raison de ses convictions ”, a déclaré l’évêque Broderick Pabillo, Président de Caritas Philippines-NASSA.

L’assassinat du père Tentorio est encore non élucidé à ce jour. Les meurtriers de Francisco Canayong non pas été identifiés non plus. En octobre 2007, Armin Marin, un ardent défenseur de l’environnement, a été abattu sur l’île de Sibuyan, alors qu’il était à la tête d’une centaine d’activistes qui manifestaient contre les activités minières. Au mois de mai de cette année, après cinq années d’enquête et d’audiences devant les tribunaux, Mario Kingo, l’homme accusé d’avoir tué Marin, n’a été condamné qu’à une peine de trois ans.

La quête de justice de la veuve et des enfants de Jimmy Liguyon les a conduits à se joindre à d’autres familles qui occupent un camp de fortune dans la province de Bukidnon, pour protester contre la militarisation incessante de leur communauté. Le 21 mars, Jasmine, la fille de Liguyon a donné naissance à un petit garçon sous la tente familiale. Il a été prénommé Justice Jimmy.

Open-cast mining by multinational companies causes huge environmental damage in the Philippines. Credit: Annie Bungeroth/CAFOD

Open-cast mining by multinational companies causes huge environmental damage in the Philippines. Credit: Annie Bungeroth/CAFOD

“À part exprimer les condoléances et les condamnations habituelles, le gouvernement et les autorités officielles n’ont pas fait grand-chose pour lutter contre ces assassinats barbares qui ensanglantent le pays”, a déclaré l’évêque Pabillo. “Les victimes, leurs familles et leurs amis n’ont pas besoin de paroles creuses. Nous préférerions qu’il soit mis fin à ces meurtres plutôt que d’être consolés par les platitudes qui sont déversées face à notre peine”.

On estime que les Philippines détiennent les troisièmes plus importants gisements mondiaux d’or et les quatrièmes plus importants gisements de cuivre. La plupart des terres retenues pour l’expansion minière sont situés sur les territoires ancestraux des populations autochtones. La loi de 1997 sur les droits des populations autochtones garantit une protection juridique aux communautés autochtones mais des voix s’élèvent, notamment celle du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des populations autochtones, pour souligner qu’elle est contredite par d’autres lois et qu’elle n’est pas toujours appliquée correctement.

Open-cast mining by multinational companies causes huge environmental damage in the Philippines

Dans beaucoup de régions des Philippines, les activités minières ont eu une incidence catastrophique sur la vie des autochtones. Ils ont été chassés de leurs terres, ils ont vu leurs sites sacrés être détruits et leurs communautés ont été déchirées par des conflits. L’abondance des ressources naturelles a permis aux compagnies minières d’encaisser des profits colossaux, alors qu’un quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, une proportion qui n’a pas changé au cours des cinq dernières années.

Cette situation a poussé les dix évêques catholiques des Philippines à condamner la politique que conduit le gouvernement en matière d’extraction minière. Ils souhaitent aussi voir la fin des assassinats et demandent que les auteurs soient traînés devant la justice.

En 2008, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, dont le siège est à Genève, a recommandé aux Philippines “de redoubler d’effort pour mener des enquêtes sur les exécutions extrajudiciaires, en poursuivre les auteurs et punir les coupables”. Le gouvernement des Philippines a accepté ces conclusions mais, selon Human Rights Watch, seuls quatre cas d’exécutions extrajudiciaires ont effectivement donné lieu à des poursuites depuis lors.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a prévu d’examiner pendant la première semaine de juin les engagements pris par le gouvernement philippin à ce sujet. Pour le père Edwin Gariguez, de Caritas, dans la mesure où aucun effort particulier n’a été fait pour lutter contre les exécutions extrajudiciaires d’écologistes et d’opposants aux activités minières, “il ne faudra pas s’étonner si le gouvernement philippin ne recueille pas un avis favorable à l’issue de l’examen”.

Bien avant son assassinat, le père Fausto Tentorio avait demandé à être enterré dans un cercueil fabriqué avec le bois de son acajou préféré, un arbre qu’il avait planté dans les années 1980. En signe d’hommage, ses paroissiens ont coupé l’arbre et fabriqué le cercueil. Le vœu du père Tentorio a ainsi été réalisé mais ses amis, ses collègues et les paroissiens demandent maintenant que les leurs soient aussi réalisés : qu’il n’y ait plus d’impunité pour les meurtriers et qu’il soit mis un terme aux exécutions et à la destruction de l’environnement dans le pays.

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