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Chantal Lumoo and her children in the Mugunga Camp , West of Goma Credits: Taylor Kakala/Caritas Goma

Chantal Lumoo and her children in the Mugunga Camp , West of Goma
Credits: Taylor Kakala/Caritas Goma

« Je suis venue chercher un lieu sécurisé dans ce camp pour fuir les exactions des rebelles » A 32 ans, Chantal mère de six enfants vit dans le camp de Mungunga en République Démocratique du Congo.

Ella a parcouru 60 km depuis sa maison de Masisi pour échapper aux attaques du M23 et à la nouvelle crise qui affecte la région du Nord-Kivu. Jacques Mouhindo, un autre déplacé n’a pas été aussi chanceux. Son fils, âgé d’un an et demi a été blessé par une balle perdue, provenant de l’arme d’un milicien.

Le camp de Mugunga compte environs 27 000 personnes. C’est un camp parmi 40 autres, qui abritent au total une population de 250 000 déplacés, arrivés dans la juridiction de Goma depuis le début du mois d’avril 2012 .

Pour Chantal et ses enfants la vie est difficile . Depuis son arrivée , il y a six mois, elle n’ a reçu que trois rations alimentaires .

« Me voilà maintenant confrontée à la famine « dit-elle. Caritas partenaire du Programme Alimentaire Mondial (PAM) est a la recherche de fonds. Sur les US$791 millions demandés par les Nation Unies pour subvenir aux besoins d’urgence alimentaire en RDC en 2012, n’a récolté à peine la moitie des cette somme.

L’insécurité qui règne dans la région et les difficultés logistiques liées au transport n’arrangent pas les choses. Un convoi du PAM a mis 11 jours pour effectuer 250 km dans le Nord Kivu.

« L’aide humanitaire est une denrée rare. On craint la famine dans ce camp où les enfants sont déjà vulnérables. Nous enregistrons deux décès par semaine dus à la malnutrition et au choléra », déclare Claude Ntigulirwa, responsable du camp de Mugunga.

Chantal assise a même le sol de sa hutte recouverte d’une bâche en plastique à l’effigie du HCR, n’a jamais vraiment connu la paix, tout comme les deux millions de déplacés en RDC qui sont dans son cas. Elle essaie juste de survivre. Née en 1980 sous la dictature du kleptomane Sesse Seko Mobutu, elle vécut la chute de son régime en 1990 et vit son pays s’enfoncer dans un cercle interminable de violence.

Joseph Kabila, le président actuel, réélu l’an dernier lors d’élections contestées, n’a que peu d’influence dans l’Est du pays. La crise actuelle semble avoir été déclenchée après que Joseph Kabila a lancé un mandat d’arrêt contre le chef de file du M23, Bosco Ntaganda. Ce dernier est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre.

Ce groupe de rebelles composé de soldats membres du Congrès National pour la Décence du peuple (CNDP. Le nom M23 fait allusion à l’accord de paix signé le 23 mars 2009 avec le gouvernement congolais. Les soldats du CNDP furent incorporés dans les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Mais le 4 avril 2012 environ 300 soldats ex-CNDP se sont mutinés à l’annonce du mandat lancé contre General Bosco Ntaganda. Le 20 novembre les rebelles de son groupe capturèrent Goma, une ville d’un million d’habitants.

Le M23 n’est pas une exception dans un pays où des dizaines de miliciens et de soldats de l’armée participent à des violations des droits de l’homme à l’encontre la population civile.

Pour Taylor Kakala, de Caritas Goma, la réalité est difficile et l’avenir très sombre.

« Les jeunes, les militaires, les policiers, les miliciens, violent les femmes déplacées, les jeunes filles et même les enfants. Ce phénomène n’est pas près de s’arrêter vu l’impunité totale dont bénéficient ces hommes armés et la corruption généralisée qui ne favorise aucune protection ou progrès dans ce domaine. Ceci en dépit de la loi de juillet 2006 pour lutter contre les violences sexuelles,  » explique-il.

Les chiffres sont accablants : 2 517 personnes violées dans le Nord-Kivu entre janvier et juin 2012. Parmi ces victimes, 2 339 sont des femmes et 178 sont des hommes. A cette liste s’ajoutent aussi les enfants dont les chiffres s’élèvent à 745. La plus jeune victime avait 2 ans.

« Dans toute la région, nombre de repères moraux ont volé en éclats avec ce conflit qui n’en finit pas, le viol est devenu un divertissement voir un rituel », déclare Taylor.

Lors d’une conférence de presse le 14 Novembre à Rome, Jesuit Refugee Service déclarait qu’: « En plus des conséquences immédiates de la violence, les attaques laissent de nombreux groupes – les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées ou ayant des problèmes de santé – dans des situations particulièrement vulnérables, sans l’appui d’organismes d’aide et le soutien de membres de la communauté.  »

La grande force de Caritas Congo est d’avoir pu maintenir sa présence et une solide réputation dans le pays. Caritas est au Congo depuis plus de 50 ans. Le bureau national coordonne les activités de 47 partenaires Caritas diocésaines. Celui-ci fonctionne avec 1500 paroisses. Ce réseau disséminé dans le pays est important, en particulier lors de crises d’urgences.

Goma a 25 paroisses et 25 bureaux qui aident la population. Caritas travaille avec des partenaires locaux et internationaux afin de renforcer leurs efforts. Dans le cas du camp de Mugunga, Caritas distribue l’aide alimentaire fournie par le PAM. Mais, comme le notait le chef du camp, l’aide alimentaire a été réduite par manque de fonds. Elle est devenue insuffisante, avec pour conséquences désastreuses, l’apparition de la malnutrition qui a entrainé des cas de décès chez les enfants et les personnes vulnérables.

Des milliers de Congolais parviennent encore à fonctionner dans ce chaos. Motivé par une forte volonté de survivre, combinée à une incroyable capacité de résilience. Chantal dit: « Comme nous n’avons pas reçu de nourriture, je dois chercher du bois, de quoi manger et de l’eau moi-même. Nous, les femmes du camp, nous cultivons les champs ou travaillons comme femme de ménage. Tout ça pour 500 francs (USD 0,5) par jour et avoir juste de quoi dîner.  »