Hoda, 35 ans, enseignait l’anglais à Homs. Copyright: Secours Catholique/Patrick Delapierre

Hoda, 35 ans, enseignait l’anglais à Homs. Copyright: Secours Catholique/Patrick Delapierre

Par Marina Bellot, Secours Catholique

Dans la plaine agricole de la Bekaa, à l’est du pays, des centaines de tentes ont fait leur apparition. Là vivent les Syriens qui ont fui leur pays, souvent sans rien emporter. Parmi eux, Hoda, 35 ans, qui a retrouvé les membres de sa famille dans le camp Majd el Anjar.

Depuis un mois, Hoda n’a plus l’occasion de pratiquer l’anglais. Cette femme professeur de 35 ans qui enseignait dans un lycée privé de Homs a dû fuir les bombes qui s’abattent sur la ville. Avec son mari et ses cinq enfants, Hoda a rejoint la centaine de membres de sa famille qui ont posé leurs tentes sur ce bout de terrain perdu au milieu des cultures de la plaine de la Bekaa. Elle qui s’est faite la porte-parole de la famille tient à témoigner de la difficulté du quotidien… En anglais.

« En Syrie, on ne savait pas qui étaient nos ennemis. A Homs, les rues étaient remplies de cadavres, certains décapités, qui restaient là plusieurs jours de suite. J’ai appris qu’une de mes élèves avait été violée pendant 6 jours puis assassinée. Le jour où j’ai vu une femme tuée devant mes yeux, je suis partie. Nous avons beaucoup souffert. Tout le monde a besoin d’une aide psychologique ici, surtout les enfants. Quand ils entendent les tirs des chasseurs libanais, ils sont terrorisés.

Ici, nous sommes en sécurité, mais nous avons tout laissé derrière nous. Nous vivons dans des conditions très difficiles. Les journées se ressemblent : le matin je me lève tôt, les enfants vont à l’école et moi je vais dans la tente de mon frère, plus confortable que la mienne, pour me réchauffer et cuisiner. Mon mari, lui, essaie de trouver du travail selon le temps qu’il fait. S’il pleut, il ne trouve rien, sinon, il a une chance. La plupart du temps, il récolte des pommes de terre pour 10 dollars par jour. A Homs, il était électricien et gagnait bien sa vie.

Jusqu’à trente personnes dorment sous la même tente. Dans la mienne, nous sommes sept. C’est humide et nous n’avons pas de chauffage. Avant, j’avais un appartement avec trois chambres, une vraie cuisine, une machine à laver… Ma vie était facile. Ici il n’y a pas de toilettes, et nous avons à peine de quoi manger. Tous les trois jours, nous allons chercher un gallon d’eau (3,7 litres, Ndlr) à la ferme à côté. Le propriétaire est un Libanais, mais l’exploitant est un Syrien qui accepte de nous aider en ne nous faisant pas payer. Avec un gallon, on doit tout faire : boire, se laver, laver les légumes, les vêtements… Ce Syrien nous donne aussi des légumes que nous cuisinons.

Ici, dans le camp, nous sommes tous révolutionnaires. Nous ne voulons plus d’un système dictatorial. Je suis une femme libre, je veux la liberté dans ma vie. Si la guerre s’arrête, nous retournerons à Homs sans hésitation, pour dormir dans nos lits. J’espère revoir un jour un Homs libre. »