Au camp de Majd el Anjar, dans la vallée de la Beeka, s’est installée une centaine de personnes originaires de Homs. Copyright: Secours Catholique/Patrick Delapierre

Au camp de Majd el Anjar, dans la vallée de la Beeka, s’est installée une centaine de personnes originaires de Homs. Copyright: Secours Catholique/Patrick Delapierre

Par Marina Bellot, Secours Catholique

Alors que l’hiver sévit au Liban, le quotidien des 132 000 Syriens qui y ont trouvé refuge est de plus en plus difficile. Caritas Liban est à leur côté.

Vivre en paix. Voilà ce qui anime ces Syriens qui, chaque jour, passent la frontière pour mettre leur famille à l’abri. Depuis le début du conflit qui ensanglante leur pays, ils sont 132 000 à s’être enregistrés au Haut Commissariat pour les Réfugiés (UNHCR) – sans doute bien plus à avoir rejoint le Liban en réalité. Parmi eux, 80% sont des femmes et des enfants, qui ont bien souvent dû fuir précipitamment, laissant derrière eux leur maison, leur vie, mais aussi des proches, dont ils apprendront parfois la mort quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Une fois la frontière franchie, certains arrivants sont hébergés au sein de familles d’accueil, notamment au nord du Liban, où les liens sont forts entre Syriens et Libanais. D’autres louent de petites pièces dans lesquelles ils doivent parfois vivre à plus d’une dizaine. Mais, alors que la crise syrienne entre dans sa deuxième année, de nombreuses familles ont désormais dépassé leur capacité d’accueil, et dans certaines villes il est devenu impossible de trouver une quelconque location. Alors, les plus défavorisés, les moins chanceux, n’ont d’autres choix que de s’installer dans des « camps », ces terrains loués à des Libanais où les familles réfugiées peuvent, pour quelques dollars par mois, planter des tentes ou construire des abris rudimentaires.

La solidarité, seul moyen de survie

«  L’hiver est désormais le problème crucial », souligne Kamal Sioufi, président du comité directeur du Centre des Migrants de Caritas Liban. Dans la Bekaa, la grande plaine agricole qui abrite la majorité des réfugiés, le thermomètre descend régulièrement sous la barre du zéro la nuit, et le mazout coûte cher : comment payer 6 dollars par jour pour se chauffer, quand une journée de travail en rapporte 15 ? Pour parer à l’urgence, Caritas Liban, soutenue financièrement par le Secours Catholique, vient de lancer un programme de distribution de poêles à bois et de bâches en plastique pour protéger les tentes de la pluie et du froid.

Qu’ils vivent dans les camps ou ailleurs, l’immense majorité des réfugiés a le plus grand mal à subvenir à ses besoins. La vie est bien plus chère ici qu’en Syrie, et le travail se fait rare, surtout en hiver. Les hommes occupent de petits emplois de journaliers en plein air, dans l’agriculture ou le bâtiment, rarement plus d’une dizaine de jours par mois. Le calcul est vite fait : à 15 dollars la journée en moyenne, ce sont 150 dollars gagnés à la fin du mois pour les plus chanceux – tout juste de quoi payer un loyer. Le reste, c’est la solidarité qui y pourvoit. Celle des proches, qui dépannent de quelques meubles ou prêtent un peu d’argent au gré des besoins. Celle des Libanais, qui donnent ici un matelas, là une télévision. Celle des ONG enfin : Caritas Liban distribue colis alimentaires, kits d’hygiène et couvertures à 6000 familles dans le besoin – un chiffre en constante augmentation.

Les enfants syriens sur le chemin de l’école

L’Etat libanais, quant à lui, ne fournit aucune aide matérielle, mais a accédé aux demandes des ONG de rendre gratuit le renouvellement des permis de résidence des réfugiés. Surtout, il a accepté d’ouvrir les écoles publiques aux élèves syriens. Reste qu’il faut pouvoir débourser les 100 dollars que coûte l’inscription, acheter les fournitures scolaires, payer le trajet en bus des enfants… Impossible pour la plupart des familles. Là encore, Caritas leur vient en aide, en finançant les fournitures et en avançant au besoin les frais d’inscription. La difficulté ne s’arrête toutefois pas là : au Liban, les matières scientifiques sont enseignées en français, une langue dont la plupart des petits Syriens ignorent tout, eux qui ont jusque-là étudié en arabe. Les programmes d’aide aux devoirs mis en place par Caritas Liban accueillent de plus en plus d’enfants syriens.

Au-delà des difficultés matérielles, il y a la souffrance, impossible à soulager. Souffrance physique, qu’elle soit due aux blessures de guerre ou aux mauvaises conditions de vie et d’hygiène. Souffrance morale, liée au souvenir des atrocités de la guerre, au déracinement forcé, à la peur de perdre des proches restés au pays. Nul ne sait quand cette vie de privation et de douleur prendra fin, mais tous espèrent rentrer chez eux au plus vite. Et qu’importe si tout est à reconstruire.