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Delphine escaped with her four children from Mushaki to a relief camp in Goma as renewed violences sweeps though eastern Congo. Credits: Taylor Kakala/Caritas Goma

Delphine escaped with her four children from Mushaki to a relief camp in Goma as renewed violences sweeps though eastern Congo.
Credits: Taylor Kakala/Caritas Goma

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), un conflit sans fin détruit les villages, fait de nombreuses victimes et inflige des souffrances psychologiques profondes dans les communautés. L’une des causes majeures du conflit est l’exploitation des minerais qui appartiennent au peuple congolais. Le Président de la Conférence épiscopale congolaise, l’évêque Nicholas Djomo de Tshumbe, s’est récemment rendu au Siège de l’Organisation des Nations Unies avec le représentant permanent de Caritas auprès de cette instance, Joseph Donnelly, pour évoquer le sort de son pays. Il explique ici les difficultés que traverse la RDC.

Pourquoi êtes-vous allé au Siège des Nations Unies?  
C’est une longue histoire! Pendant plus de 15 ans de guerre et de conflit, nous avons travaillé à la base, notamment pour instiller les principes du retour à la paix et enseigner les droits civiques nationaux. Je suis venu au Siège des Nations Unies pour m’adresser aux Etats Membres du Conseil de sécurité et les remercier des efforts qu’ils ont déployés en République démocratique du Congo (RDC), mais pour leur rappeler aussi de manière pressante les effets de toutes ces années de violence qui nourrissent une instabilité généralisée. Nous avons besoin d’encore plus d’aide et d’un engagement sérieux de la part de tous les secteurs de la communauté internationale.

Nous avons perdu approximativement six millions de personnes pendant ces années et nous sommes très inquiets pour notre pays. Nous ne voulons pas devoir rendre compte d’un autre million de morts. Nous voulons désormais être responsables ensemble. Nous devons agir aux niveaux local, national et régional. Nous devons tous prendre nos responsabilités.

Comment l’ONU aide-t-elle la RDC? 
Nous, les évêques, remercions les Nations Unies pour la « brigade d’intervention » qui a été créée le mois dernier, car il s’agit d’une initiative de grande importance visant à neutraliser les groupes armés qui opèrent dans la région du Kivu. C’est un objectif impératif dont la réalisation risque d’être compliquée par de nombreux facteurs et les réalités du terrain. Son mandat couvre une période initiale d’un an. Les évêques estiment que la brigade doit être plus forte et mieux équipée que les groupes armés, qui utilisent les tactiques de la guérilla dans cette région très montagneuse.

Quelle est l’importance du rôle de l’Église dans la résolution du conflit? 
Nous vivons au sein de nos communautés et avec elles et, en tant qu’Église, nous pouvons témoigner des faits. Nous sommes prêts à approfondir le dialogue avec le gouvernement et toutes les parties concernées, pour mettre fin à cette grave instabilité. Les effets profonds et horribles du conflit suscité par les minerais sont particulièrement dévastateurs pour les femmes. Ça ne peut plus durer, il faut que cela cesse, nous devons réviser le processus de Kimberley.

L’Église catholique de la RDC s’emploie activement à aider les communautés locales dans tout le pays. Quarante pour cent des écoles et 45 pour cent des centres de santé sont appuyés par l’Église catholique.

Quelles sont les inquiétudes de l’Église? 
Nous sommes extrêmement préoccupés par le sort des plus de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Il faut qu’elles rentrent dans leurs villages mais elles ont besoin pour cela d’un appui économique et d’une aide au développement. L’économie doit être relancée… Mais seule la paix peut entraîner une amélioration sensible de la qualité de vie.

Quels sont les défis auxquels l’Église est confrontée? 
Les défis les plus importants pour l’Église catholique de la RDC sont l’évangélisation et la longue quête de la paix. Les gens sont épuisés. Les gens sont déplacés loin de chez eux. Une errance de plus de quinze ans représente un voyage long et difficile. Les cycles de violence et d’instabilité se succèdent sans fin.

Quel est le rôle de la communauté internationale dans la résolution de la crise qui secoue l’est de la RDC?
La communauté internationale doit éliminer l’une des principales causes de l’instabilité et de la violence qui ravagent la région du Kivu, à savoir, l’exploitation illégale des ressources naturelles qui appartiennent au peuple congolais. Les États-Unis ont pris une mesure efficace avec la promulgation de la section 1502 de la loi Dodd-Frank. D’autres pays (telles que le Canada et la Grande-Bretagne) pourraient leur emboîter le pas. La réglementation internationale de l’exploitation de ces ressources contribuerait à mettre un terme aux violences. La CENCO (la Conférence épiscopale du Congo qui rassemble 45 évêques) demande instamment aux États-Unis de convoquer une conférence internationale sur cette question afin de la faire mieux connaître et d’encourager la prise de mesures plus efficaces.

En attendant, si la paix est rétablie grâce à la brigade des Nations Unies, la communauté internationale devra fournir une assistance humanitaire et économique pour que la RDC puisse aider les 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays à regagner leurs foyers.

Quel a été le rôle de Caritas pendant le conflit? 
Caritas a été un partenaire précieux qui nous a aidés à tous les niveaux, avec courage et compassion, et a démontré sa capacité à améliorer tangiblement la vie des individus et des communautés. De nombreuses organisations membres Caritas et leurs partenaires du monde entier nous ont aidés à porter secours à nos sœurs et à nos frères, jeunes et vieux. C’est par l’intermédiaire de Caritas que l’Église remplit sa mission évangélique. Nous vivons, travaillons et prions chaque jour avec un profond sentiment de reconnaissance à l’égard de tous les agents de Caritas qui sont avec nous, en communion et solidarité, pour aider les communautés épuisées par la violence et l’incertitude.