Le Secours Catholique, avec l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC), a animé un atelier mardi 8 février sur la non-circulation des personnes. Les participants ont reconstitué des parcours de migrants à partir d’un jeu et ont pu dialoguer avec des personnes immigrées à Paris par visioconférence.

Dans la cour de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, des Africains, Asiatiques et Français se réunissent autour de quatre tables. Ils se tiennent prêts à retracer le parcours de migrants. Sur chaque table, des plateaux de jeu représentent l’Afrique, l’Amérique et l’Afrique. Les joueurs ont pour mission de faire avancer leur personnage, un migrant, vers sa destination finale. Nguyen, personne accueillie au Secours Catholique qui participe au FSM, est attentive à ce qu’il va arriver à son personnage, Jairo, gardien de troupeau Guatémaltèque, qui souhaite se rendre aux Etats-Unis afin de mieux gagner sa vie. A chaque fois qu’elle fait avancer Jairo, elle lit une carte où elle va apprendre ce qu’il va arriver à son personnage. Va-t-il pouvoir avancer ? Trouvera-t-il du travail ? Sera-t-il reconduit dans son pays ? Pour l’instant, elle a réussi à le faire avancer jusqu’au Mexique, à la frontière avec les Etats-Unis. « Il est presque arrivé », s’enthousiasme Nguyen. Toutefois, la joueuse reste prudente sur sa possible victoire. « Le personnage peut a tout instant est rattrapé par la police et être placer en prison », affirme-t-elle, en montrant la case sur le plateau de jeu qui indique le centre de détention.

Ce jeu a été inventé par les membres du Secours Catholique et de l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC). « L’objectif est de faire des constats sur les causes de la migration et les conséquences de la fermeture des frontières. Les parcours de migrants décrits dans le jeu ont été réalisés à partir de vrais témoignages recueillis dans nos centres ou sur internet, explique Thierry Guérin, responsable adjoint action s collectives au Secours Catholique. Ce jeu amène les joueurs à se faire une représentation de la migration et par la suite nous échangerons ensemble sur les perspectives de la liberté de circulation des personnes. » Parmi les joueurs, William Kodgo Tsolonyanu du Togo, avertit ses partenaires que « les Africains n’ont pas une vision idyllique de l’Europe. Mais il faut tout de même changer leurs mentalités en les convainquant que nous avons des ressources en Afrique. Malheureusement nos gouvernements sont complices de la situation difficile que nous vivons. Je ne sais pas comment éviter cela ? »

En fin de matinée, Cécilia, chargée d’animation du Secours Catholique, circule parmi les joueurs et ceux qui les regardent avec un ordinateur. Elle est en connexion avec Paris. Une soixantaine de personnes peuvent ainsi assister depuis Paris aux ateliers qui se déroulent à Dakar. Parmi eux, de nombreux migrants amenés par l’ASCS et le Secours Catholique. L’Abbé Singa, secrétaire exécutif de Caritas Centrafrique observe le jeu depuis le début de la matinée. Il témoigne devant la caméra de l’ordinateur et s’adresse aux participants de Paris : « A travers ce jeu, je me suis réellement rendu compte des difficultés que rencontrent les immigrés. Ils ont faim, ils sont malades et souvent sont renvoyés d’un pays à un autre. Il est temps que les politiques trouvent des solutions pour les personnes qui cherchent un avenir meilleur. Il n’existe nulle part un eldorado. Le bonheur, c’est dans la tête et dans les mains. »

Plus tard, les membres du Secours Catholique et des Caritas accompagnés de participants au FSM envahissent une salle de l’UCAD. Une visioconférence se déroule en direct avec les Parisiens. « Si le partage était fait de manière équitable nous pourrions vivre chacun normalement dans nos pays respectifs », lance Aloise Sarr, responsable du Point d’accueil des réfugiés et immigrés de Caritas Dakar, depuis la salle de l’Ucad bondée de monde. A Paris, un homme africain se lève et prend la parole : « Peut-on ouvrir totalement les frontières ? Est-ce qu’il y aura assez de places pour éviter les problèmes économiques et sociaux ? ». Pendant plus d’une heure, un échange a donc était possible entre les participants aux FSM et ceux qui n’ont pas pu s’y rendre.

A l’issu de l’atelier, le Secours Catholique avec Emmaüs, a soumis une liste de propositions au comité organisateur du FSM.

Clémence Richard