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Matthie Alexandre/Caritas

Matthie Alexandre/Caritas

Etre agriculteur en Centrafrique n’a jamais été facile, mais maintenant la situation est dramatique.

« J’ai eu beaucoup de chance car j’étais à l’église quand les rebelles sont arrivés dans les champs et fouillé les maisons, j’avais bien caché mes outils» dit Thierry Diacro Lzila un agriculteur de Ndangala un village a 40 km de Bangui.

Dès l’arrivée des rebelles de la Seleka dans la capitale de Bangui, en mars dernier avec à leur tête l’actuel président auto proclamé Michel Djotodja, la plupart des Centrafricains pensaient que ce ne serait qu’une question de semaines ou de mois pour que l’ordre soit rétabli dans le pays.

Mais leur espoir, huit mois plus tard est loin de la réalité, le pays entier est affecté, un demi million de personnes sont déplacés, ont fui ou se cachent dans la foret dans des conditions terribles. Plus d’un million et demi de personnes sont en insécurité alimentaire alors que 80% du pays vit de l’agriculture. Les violences des rebelles ont entravé tout le cycle agricole du pays.

« C’est pire que tout ce que nous avions pensé, je n’ai pas pu planter pendant la bonne saison car, comme les autres, nous nous sommes cachés quand nous avons vu les rebelles piller, tuer et voler. Depuis je vis dans la peur» dit Thierry.

Il n’est pas le seul dans le village à s’inquiéter, Jeanne Zongafro, veuve depuis deux ans à des difficultés à nourrir sa famille et ses 13 petits enfants. Elle n’a pas eu la même chance que Thierry, car elle a perdu ses outils et ses ustensiles de cuisine pendant le dernier raid des rebelles. « Je remercie la Caritas car grâce à ses houes je vais pouvoir travailler et en plus ces boutures vont se multiplier et me donner du manioc pour tout ma famille et mon groupement. Mais surtout je prie Dieu pour qu’il nous protège ».

Sœur Flora Guerekopialo de Caritas Bangui s’occupe d’identifier et de sélectionner des villages vulnérables. « Nous avons appris que la Seleka a pillé ce village et ceux des environs car ils produisent des légumes. Nous organisons alors des groupements de 20 personnes et distribuons au groupe plutôt qu’à des individus pour éviter les rivalités quand nous ne pouvons pas subvenir aux besoins de tous » dit elle.

Nancy Galaché derrière son sourire éclatant cache bien ses angoisses. Agricultrice, elle cultive les haricots et le manioc mais comme les autres elle a peur d’aller aux champs. « Ils ont tués un agriculteur dans le village voisin et nous ne savons jamais quand ils vont arriver. Quand nous entendons une voiture on se cache et on reste vigilant les quelques heures où nous sommes dans les champs ».

Malgré ses effort comme tous les agriculteurs du village Nancy a vu ses revenus baisser car la vente de ses légumes a chuté de plus que moitié « ce que je vendait à 2 500 francs ou 3 000 Fr. je les vends à 1 000 franc aujourd’hui» dit elle.

L’arrivée des rebelles a également affecté les caisses de l’état, en sept mois tous les fonctionnaires n’ont perçu que deux mois de salaires «mon mari est enseignant et il ne ramène plus d’argent donc nous vivons avec très peu c’est pourquoi cette aide de Caritas est vraiment importante pour nous » dit Nancy.
Mais alors que les enfants jouent et dansent à coté, leurs mères et leurs pères s’inquiètent de leur avenir, le pays entier s’inquiète car 650 000 enfants n’ont plus accès aux écoles pour la majorité pillées, brulées ou simplement requises comme baraquements pour loger les rebelles.

« Ce qui me rend triste c’est que mes enfants ne vont plus à l’école, je voudrais leur passer mon savoir et qu’ils puissent prendre le relais mais pour cela il fait que la paix revienne » dit Jeanne.