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Une femme blessée en République centrafricaine. Le pays a basculé dans le chaos et la violence. Crédit : Pétula Malo / Caritas

En République centrafricaine, près d’un million de personnes – soit un cinquième de la population de 4 millions – ont déjà fui de leur maison. Le conflit et le chaos continuent de se répandre dans le pays.

Certaines personnes qui ont fui cherchent refuge dans les églises, les mosquées, et dans des camps de réfugiés de fortune. D’autres vont se cacher dans la brousse.

Caritas et l’Église catholique leur fournit une aide.

Récemment, il y a eu des changements au sein du gouvernement. Beaucoup ont perçu cela comme un pas en direction de la fin du cycle de violences. Des troupes de maintien de la paix régionales et internationales ont aussi été déployées.

Les habitants ne se sentent toutefois pas suffisamment en sécurité pour retourner dans leurs communautés. Le peuple centrafricain vit dans la peur.

« On s’est occupé des flammes, mais le feu brûle encore. La situation reste très fragile et pourrait tourner à n’importe quel moment », a dit l’Archevêque de Bangui et président de la Caritas nationale, Mgr Dieudonné Nzapalainga. « Les gens ne rentrent pas chez eux. Ils attendent de voir si la situation s’améliore. »

Le pays a été en proie au désordre depuis que les rebelles de la Séléka ont pris le contrôle en mars 2013. Des milices rivales se définissant « anti-Balakas » ont lancé une contre-attaque en décembre. Des centaines de milliers de personnes ont alors fui. Les tensions croissent entre la population chrétienne, majoritaire, et celle musulmane, minoritaire.

Bossongoa se trouve au nord. C’est un des endroits les plus affectés par le conflit. Plus de 36 000 chrétiens se réfugient au cœur d’une mission catholique. Plus de 4000 musulmans vivent dans une école. Les membres Caritas CRS et Secours Catholique soutiennent les efforts de secours de la Caritas locale.

« Chaque jour, nous comptons les morts parmi les déplacés », a dit l’Archevêque de Bossongoa, Mgr Nestor Aziagbia. « Tous nos efforts pour persuader les gens de retourner chez eux ont été vains. Nous n’obtenons tout simplement pas les résultats escomptés. À chaque pas en avant, nous en faisons trois ou quatre en arrière. Le vrai problème, ce sont les Sélékas. Il faut qu’ils soient démantelés, mais cela ne s’est pas produit. »

D’un État failli à l’implosion

Les écoles et les hôpitaux sont fermés. Des milliers de maisons ont été incendiées. Des fermes ont été abandonnées. Des années entières de développement ont été balayées. Le meurtre, le kidnappage, la torture et le viol sont monnaie courante.

« Le pays est à terre, tout comme les fruits pourris qui jonchent le sol de nos villages. Les gens sont dans le désarroi, ils errent dans la brousse comme des animaux sauvages », ont relaté les évêques catholiques en janvier.

Dans la capitale Bangui, 100 000 personnes cherchent un refuge. C’est ici que Caritas a pu fournir des rations journalières de nourriture à des femmes et des enfants, malgré l’insécurité et les difficultés.

« Nous devions répondre au cri du peuple pour la nourriture », a dit l’Archevêque Dieudonné. Souvent, il supervise personnellement les distributions pour s’assurer que l’aide arrive. À ce jour, ce sont plus de 50 000 rations qui ont été distribuées.

Archbishop Dieudonné Nzapalainga of Bangui and president of the national Caritas not only delivers aid, but also a message of peace to communties ripped apart by violence. Credit: Pétula Malo/Caritas

l’Archevêque de Bangui et président de la Caritas nationale, Mgr Dieudonné Dieudonné Nzapalainga, ne fait pas que fournir une aide, il délivre aussi un message de paix aux communautés déchirées par la violence. Crédit : Pétula Malo / Caritas

Caritas et l’Église ont aussi travaillé pour creuser des latrines à fosse et fournir des kits d’hygiène, par crainte que la maladie ne se propage. Caritas aide aussi bien les chrétiens que les musulmans, les commerces locaux fournissant eux aussi un soutien.

L’insécurité est encore plus grande hors de la capitale, ce qui signifie l’aide y arrive aussi plus difficilement. Au nord, à Bozoum, par exemple, plus de 3000 personnes vivent depuis début décembre dans une enceinte de l’église.

« Les gens essaient de s’adapter malgré la tension et la peur quand les tirs se rapprochent », a dit P. Aurélio Gazzera, le directeur de la Caritas diocésaine locale. « C’est une situation dure à gérer, car il faut s’occuper de la nourriture, de l’eau et de la sécurité. »

« Mais ça peut aussi être beau. 14 bébés sont nés ici. »

Message de paix

Caritas et l’Église travaillent aussi avec les dirigeants religieux musulmans à la promotion d’un message de paix. « Nous rendons visite aux milices, en voyageant en long et en large sur des routes impraticables », a dit P. Gazzera. « Nous faisons tout notre possible pour ramener un semblant de rationalité et d’humanité dans cette folie meurtrière qu’est la guerre. »

l’Archevêque Dieudonné et l’Imam Omar Kobine Layama, le dirigeant musulman national, voyagent ensemble pour diffuser un message d’harmonie commune. Ils utilisent des mégaphones pour s’adresser à la foule. Ils font des interviews radiophoniques. Des femmes ont été mobilisées en tant que voix de la paix.

« On la dépeint comme une confrontation religieuse, mais elle est essentiellement militaire et politique », a dit l’Archevêque. Il explique que les Chrétiens et les Musulmans ont une longue histoire de cohabitation pacifique en République centrafricaine.

« Cette crise a détruit la cohésion sociale », a-t-il dit. Il cite le développement, le pardon et la justice basée sur la loi comme éléments clés. « Nous devons recréer les conditions de vie et reconstruire ensemble notre bien-aimée nation avec le soutien de la communauté internationale. »