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Monseigneur Dieudonné Nzapalainga et l’imam Kobine. Photo par Matthieu Alexandre/Caritas Internationalis

Par Matthieu Alexandre

La Centrafrique, après avoir sombré dans le chaos, voit sa population musulmane disparaître. Ceux qui n’ont pas été tués par les milices anti-Balaka fui le pays. Le président de la communauté islamique de Centrafrique, l’imam Oumar Kobine Layama rappelle qu’à Bangui, seules 8 des 36 mosquées sont encore debout et que 80% des musulmans ont fui le pays.

L’archevêque de Bangui, Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, Pastor Franco Mbaye-Bondoi  et l’imam Kobine Layama travaillent main dans la main afin de reconstruire la paix entre les deux communautés religieuses.

Avant de se rendre à la tribune des Nations Unies à New York le 13 mars 2014, ils ont tous les deux sillonné leur pays à la rencontre des habitants.  Ils se sont rendus à Bangassou, à 780 km à l’Est de la capitale, pour rassembler chrétiens et musulmans lors d’une réunion de dialogue et de réconciliation.

Leur message tient en quelques mots : « L’histoire de la Centrafrique est l’histoire de la diversité de son peuple, chrétiens et musulmans ont toujours commercé ensemble et ont toujours vécu en harmonie. Le pays ne pourra pas se reconstruire sans l’une des deux communautés. Il faut non seulement faire la paix mais également inciter les musulmans qui ont fui le pays à revenir chez eux. », argumente Monseigneur Nzapalainga.

Imam Kobine Layama and Pastor Franco Mbaye-Bondoi talk with Anti-balaka militias. Photo by Matthieu Alexandre/Caritas Internationalis

Imam Kobine Layama et Pastor Franco Mbaye-Bondoi avec Anti-balaka. Photo par Matthieu Alexandre/Caritas Internationalis

Les deux chefs religieux ont ensuite roulé plus de 1000 kilomètres à travers les villages isolés du Nord du pays, l’archevêque au volant de son 4×4, escorté par les forces armées de l’Union Africaine (MISCA). Depuis Bossembele, où ils rencontrent des anti-Baladas encore bien armés qui tiennent des barrages routiers pour raquetter les convois de marchandises sur la route principale qui mène du Cameroun à la capitale ; jusqu’à Pahoua, près de la frontière avec le Tchad,  traversant des villes qui ont connus les pires violences, avec encore plus de 25 000 personnes déplacés qui vivent dans un camp de fortune près de la cathédrale à Bossangoa.

Sur le chemin du retour, les deux hommes croisent des écoles qui reprennent lentement les cours à Bozoum, des villages rasés et des mosquée incendiées sur la route jusqu’à l’hôpital de Bossentélé qui accueille encore chaque jour encore des musulmans victimes d’exactions.

« Nous avons vu des villages rayés de la carte, incendiés, des villes vidées des musulmans, beaucoup d’autres encore confrontées à l’insécurité, et beaucoup de seigneurs de guerre encore présents. Les gens vivent encore avec la peur au ventre », rapporte monseigneur Nzapalainga.

Les deux hommes restent optimistes, le paysage de la république de Centre Afrique est très divers. Les réactions entre les deux communautés religieuses n’ont pas été les mêmes partout. A l’Est du pays, notamment à Bangassou, on trouve encore une mosquée qui accueille des prières tous les jours, le marché musulman bat son plein, la maire de la ville est une femme de confession musulmane et les chrétiens y vivent en harmonie.

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Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, Pastor Franco Mbaye-Bondoi et l’imam Kobine Layama. Photo par Matthieu Alexandre/Caritas Internationalis

En revanche, à l’extrême Ouest du pays, à Berberati, les 200 musulmans qui subsistent sont hébergés au sein des murs de la mission catholique. La population chrétienne veut leur faire la peau. La mosquée est encore debout mais désertée, tout comme les commerces et les maisons pillées dans le quartier musulman.

Ces deux artisans de la paix, accompagné du révérend Gbangou, continuent leur visite aux Etats-Unis. Après leur rencontre avec le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki Moon la semaine dernière, au sujet de l’envoi de casques bleus en Centrafrique, les trois leaders religieux sont arrivés à Washington où ils rencontreront des membres du Congrès, du Département d’Etat et du Conseil National de Sécurité, avant de s’envoler pour célébrer une messe à la Cathédrale Notre-Dame de Paris le 28 mars. MA