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Photo par Matthieu Alexandre for Caritas Internationalis

Photo Matthieu Alexandre par Caritas Internationalis

Par Matthieu ALEXANDRE

Situé à 450 km à l’Est de Bangui, la commune de Berberati n’est qu’à deux heures de piste du Cameroun. La ville qui comptait selon son maire quelque 130 000 habitants lors du recensement de 2012, n’en compterait aujourd’hui plus que 45 000 dont plus que 200 musulmans.

« La semaine dernière encore, l’archevêché a organisé un convoi pour évacuer 400 musulmans au Cameroun », rapporte Monseigneur Denis, Evêque de Berberati originaire lui-même du Ghana.  Les convois sont escortés par la Force de l’Union Africaine MISCA jusqu’à la frontière voisine.

La Seleka a quitté la ville le 30 janvier, dès le lendemain, la ville voisine de Carnot était attaquée par les anti-Balakas, qui s’en prennent aux musulmans, jusqu’alors préservés ou protégés par les milices Seleka. Depuis cette date, l’archevêque a demandé aux soldats de la MISCA de s’installer au sein des murs de la mission catholique, craignant des attaques. 3 à 4 000 musulmans ont été escortés jusqu’au Cameroun depuis. Et si les murs de la mission ne contiennent aujourd’hui plus que 200 âmes, ils en ont abrité plus de 1 500 tout récemment.

L’abbé chargé du dialogue et de la réconciliation, qui va à la rencontre des anti-Balakas à reçu des menaces de mort à plusieurs reprises. « Je me suis retrouvé plusieurs fois pointé par une arme », témoigne-t-il. « Les anti-Balakas ne voient pas d’un très bon œil notre action, ils nous accusent de collaborer avec les musulmans, ils pensent que nous sommes des traitres. »

Monseigneur Denis fait le tour du jardin de la mission, il salut les locataires et prend des nouvelles des convalescents. Les membres de la communauté musulmane se réunissent sous un magnifique Forget me not fleuri autour de l’archevêque et ensemble ils échangent sur leur vision de la situation. Tous s’accordent, semble-t-il, à dire que l’histoire de la Centrafrique est l’histoire de la diversité des peuples, que chrétiens et musulmans se sont toujours entendu. Le conflit qui ensanglante le pays n’est pas religieux, les anti-Balakas se sont constitués en réaction aux attaques subies par la communauté chrétienne pris pour cible par des miliciens arabophones originaires pour la plupart du Tchad et du Sud-Soudan. Les musulmans de Centrafrique ne parlent pas l’arabe. Et inversement, le songo, la langue vernaculaire de Centrafrique est parlée jusque dans le sud du Tchad. Or, les miliciens de la Seleka qui ont menés des exactions en Centrafrique ne comprennent pour la plupart ni le songo, ni le français.

Le conflit qui opposait au départ des milices étrangères à la population chrétienne Centrafricaine s’est transformé en conflit opposant des centrafricains.

Aujourd’hui, la Seleka a fui, les chrétiens sont d’avantage en sécurité, mais à leur tour, les musulmans originaires de Berberati ne peuvent plus franchir les murs de la mission catholique au risque de se faire lapider par la population.

Le quartier autour de la grande mosquée est désert. Les commerces qui n’ont pas été dévalisés sont clôturés, les rues sont jonchées de déchets et de voitures calcinées. Un vrai paysage de western. Une patrouille de la MISCA opère une ronde et surprend un jeune en train de démonter une porte en fer forgé. Le convoi s’arrête et se précipite dans la cour de la maison abandonnée. Le jeune homme est roué de coups, au sol, roué de coups de pieds et frappé avec le dos d’une machette. Son dos est rapidement ensanglanté. Ma présence semble dissuader la patrouille d’aller plus loin. Le chef de patrouille, voyant que je m’apprête à faire des photos, ordonne qu’on remette le voleur debout. Alors seulement, je suis autorisé à faire des photos. Le jeune homme se voit ordonné de transporter la pièce à conviction dans le véhicule de la MISCA. La porte en fer forgé sur la tête il se dirige vers le pick-up. Il dépose la pièce en fer forgé et monte à bord du véhicule. Il est emmené au poste. « Il a eu beaucoup de chance » me dit l’abbé.