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Grâce à une combinaison de programmes de sensibilisation et d’éveil, d’émissions radio et de formation, Caritas Népal s’efforce de prévenir la traite humaine, la migration sauvage et la violence à l’égard des femmes le long d’une partie des zones frontalières du pays. Elle a réussi à ramener des enfants migrants dans leurs familles, et fournit des services aux rescapés de la migration sauvage et de la violence domestique. Elle appuie également les efforts entrepris pour que les enfants du Bhoutan vivant dans des camps de réfugiés bénéficient d’une enseignement de qualité. Contactez director.caritasnepal@gmail.com.

Proteger les enfants nepalais de la traite et de la migration sauvage

Sister Pamela Gulung, right, helps raise awareness of human trafficking in eastern Nepal. Credit: Laura Sheahen/Caritas

Sister Pamela Gulung, right, helps raise awareness of human trafficking in eastern Nepal. Credit: Laura Sheahen/Caritas

Des problèmes tels que le travail des enfants, l’abus sexuel à leur encontre, le mariage précoce et les enfants de la rue sont endémiques au Népal, et sont tous liés au problème de la migration des enfants. La pauvreté, dans ce pays enclavé où la grande majorité de la population vit de l’agriculture, en est le principal vecteur. Malgré les efforts du gouvernement et des organisations internationales non-gouvernementales (ONG) pour encourager la croissance et le développement, la difficile topographie du pays – de nombreux villages se trouvent dans des zones reculées et inaccessibles – et le manque d’infrastructures appropriées telles que des routes, des hôpitaux et des écoles rendent la population prisonnière d’un cercle vicieux de pauvreté.

Les raisons du départ des enfants népalais sont très variées. Certains sont déplacés par leurs parents –dans le pays ou à l’étranger – pour trouver du travail afin d’aider leur famille. D’autres s’en vont pour échapper à une vie familiale compliquée. Beaucoup finissent comme mendiants dans les villes où ils sont entraînés dans le circuit de la drogue ou d’autres activités illicites, ou bien deviennent main d’oeuvre sur des chantiers, dans les usines, comme aides domestiques ou animateurs de cirque. Les filles, notamment, risquent de tomber dans la prostitution.

Les enfants migrants népalais ont des horaires interminables, trimant parfois plus de 12 heures par jour, dans des travaux mal payés et souvent dangereux. Loin de leur famille et vivant aux ordres de leur employeur, ils sont vulnérables à toute sorte d’abus, qu’il soit sexuel, mental, verbal ou physique. Ils vivent généralement dans des conditions de grande pauvreté et de manque d’hygiène, et l’alimentation, les soins de santé et le repos sont souvent comptés. Mais ils n’ont pas le choix, car ils ont besoin de gagner de l’argent.

Législation
Le Gouvernement du Népal dispose d’un certain nombre de politiques et de lois visant à lutter contre le travail des enfants.

  • La Constitution du Népal de 1990 vise à protéger les enfants, è veiller sur leur sécurité, à éradiquer leur exploitation et à leur assurer la gratuité de l’enseignement.
  • La Loi sur les Enfants de 1992 vise à protéger le bien-être physique, mental et intellectuel des enfants, et à garantir qu’ils puissent bénéficier des droits qui sont les leurs. Elle contient également des dispositions relatives au travail des enfants et a été récemment modifiée afin de s’attaquer spécifiquement aux abus, notamment sexuels. La Loi préconise que toute personne de moins de 16 ans est considérée comme étant un enfant, et interdit que tout mineur de moins de 14 ans puisse être embauché pour un emploi ou travail quel qu’il soit.
  • La Loi sur le Travail de 1992 et les Normes sur le Travail de 1993 interdisent que les enfants de moins de 14 ans puissent être embauchés, et que les mineurs (de 14 à 18 ans) effectuent tout type de travail périlleux.
  • La Loi sur le Travail des enfants de 1999 (Interdiction et Règlementation), qui a apporté des modifications à la Loi sur le Travail de 1992, a fait suite à la ratification par le Népal de la Convention sur l’Age Minimal (N° 138) de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). La Loi définit certains types de travail comme étant à risques, et interdit l’embauche d’enfants de moins de 16 ans pour de tels travaux. Elle précise également les horaires de travail des enfants âgés de 14 à 16 ans, interdit le travail entre 18h00 et 6h00 du matin, ainsi que l’embauche d’ enfants de moins de 14 ans.
  • La Loi Kamiya de 2001 sur l’Interdiction du Travail interdit l’esclavage et a permis de libérer de nombreux enfants employés abusivement comme travailleurs forcés.

La réalité

In Sanoshree-area villages in the Bardiya district of western Nepal, impoverished girls and women are vulnerable to employment scams and human trafficking. Credit: Laura Sheahen/Caritas

In Sanoshree-area villages in the Bardiya district of western Nepal, impoverished girls and women are vulnerable to employment scams and human trafficking. Credit: Laura Sheahen/Caritas

Malgré l’arsenal juridique déployé par le Népal pour la sauvegarde des enfants, la migration des mineurs continue à se produire à grande échelle. Les enfants se déplacent vers des villes telles que Katmandou ou Pokhara, ou vers les pays voisins, à la recherche d’un travail. L’OIT estime que 2,6 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans exercent un travail, dans les fermes, les usines, les mines ou comme aides domestiques, entre autres tâches. Le Centre d’Attention aux Enfants Travailleurs du Népal a identifié 15 catégories différentes de travaux. Sur les 2,6 millions d’enfants travailleurs, 127.000 sont impliqués dans les activités les plus abjectes, telles que le commerce sexuel ou l’esclavage.

Un grand nombre de migrants partent en Inde. L’ OIT estime que chaque année 12.000 femmes et enfants font l’objet d’une traite en direction de l’Inde, et le Centre d’Etudes sur le Travail et la Mobilité indique qu’en termes de migration la tranche d’âge la plus active se situe entre 15 et 17 ans, et que l’Inde est leur principale destination. Le Centre signale également qu’en ce qui concerne les enfants instruits, le nombre de garçons migrants est supérieur à celui des filles, mais la migration liée au mariage peut expliquer la mobilité globalement supérieure des filles âgées de 10 à 17 ans. Beaucoup d’enfants migrants subissent également une « mutation professionnelle » puisqu’ils doivent passer
d’effectuer un travail agricole à des tâches non liées à l’agriculture.

Le travail de Caritas Népal

Avec l’aide de Caritas Italiana, le Département du Genre de Caritas Népal a entrepris un programme de prévention de la traite humaine, de la migration sauvage et de la violence à l’encontre des femmes dans les districts de Jhapa et Morang, à la frontière de l’Inde. C’est la poursuite d’un programme de lutte contre la traite mis en oeuvre depuis trois ans. Selon le Gouvernement du Népal, Jhapa est une des régions les plus lourdement affectées par la traite. La migration vers l’Inde ou d’autres pays, organisée par des agences autorisées ou non, est en hausse. Ceux qui tombent dans le piège d’une migration sauvage finissent souvent par être victimes de la traite.

Caritas Népal s’efforce d’accroître la sensibilisation à l’égard des dangers de la migration sauvage et de la traite, en particulier auprès des femmes et des enfants dans les villages. Elle forme des formateurs et organise des cours de mise à jour à l’intention des instituteurs des écoles publiques et de ceux des camps de réfugiés, lesquels à leur tour montent des programmes de sensibilisation dans leurs respectives écoles et communautés.

Elle se sert d’émissions radio telles que Sachetana (qui signifie sensibilisation) pour faire connaître des histories racontées par des amis des victmes et leurs familles. La habitants du village de Jharsadhi, dans le district du Morang, ont notamment été interviewés par le personnel de Radio Népal et ont porté leur témoignage sur les ondes. Le directeur exécutif et le personnel de Caritas Népal, ainsi que des avocats, des experts et des activistes sociaux ont lancé des messages radio relatifs à ce problème, et une brochure d’information sur une migration sûre a été publiée et distribuée dans les zones concernées.

Caritas Nepal runs awareness-raising sessions so that people will be wary of fast-cash offers from traffickers. credit Laura Sheahen/Caritas

Caritas Nepal runs awareness-raising sessions so that people will be wary of fast-cash offers from traffickers. credit Laura Sheahen/Caritas

En outre, les Centres d’information et de communication de Caritas Népal fournissent des services aux rescapés de la migration sauvage et de la violence domestique, et ont ainsi aidé des jeunes filles et des femmes à échapper à la traite humaine. Les centres implantés dans les villages diffusent les nouvelles, donnent des conseils de base aux rescapés et les orientent sur la l’éventuelles procédure à suivre pour obtenir une décision de justice, en les mettant en contact avec des avocats ou d’autres instances pouvant les assister en la matière. Le travail mené par Caritas Népal à travers son réseau de centres a été remarqué par les organismes gouvernementaux locaux, les ONG et les organisations oeuvrant au sein des communautés.

Caritas Népal a également organisé des opérations de secours, en aidant à ramener des enfants chez eux sains et saufs. C’est ainsi que, ayant appris qu’un enfant avait été placé sous garde policière après avoir été surpris en train de travailler dans le sud de l’Inde, le Centre d’Information et de communication a pris contact avec Caritas Népal pour qu’elle l’aide à retrouver sa famille. Après des visites au village de l’enfant et après avoir interrogé ses frères et sœurs, ainsi que d’autres membres de la famille et des voisins, il s’est avéré que les parents, dans l’incapacité de pourvoir aux besoins de la famille, avaient envoyé leur fils travailler en Inde. Entre-temps le père, principal soutien familial, était décédé, laissant sa famille couverte de dettes. L’enfant put finalement rejoindre sa famille au Népal et est actuellement inscrit à l’école, grâce aux efforts déployés par une organisation dénommée « Child Care Népal ».

A une autre occasion, lors d’une fugue perpétrée par deux jeunes adolescentes, la mère de l’une d’elles a pris contact avec Caritas Népal pour qu’on l’aide à la retrouver. Le personnel de Caritas a pu à remonter la piste jusqu’aux deux jeunes filles, en se servant des messages envoyés par le trafiquant. Ils ont réussi à les retrouver, après une course éperdue dans les bois à leur poursuite. Grâce à l’aide de Caritas Népal, la mère de cette jeune fille gère à présent une échoppe vendant du thé, ce qui lui permet d’avoir les revenus suffisants pour envoyer sa fille à l’école.

Principales recommendations
Le Gouvernement du Népal et les organismes oeuvrant sur le terrain doivent redoubler d’ efforts en vue de mettre en place à long terme un environnement sûr en faveur des enfants.

  • Le Gouvernement du Népal doit mettre en œuvre les lois, règlements et règlementations adéquats en vue de la protection des enfants, ainsi qu’appliquer les conventions qui ont été ratifiées, afin qu’ils ne restent pas lettre morte mais se traduisent dans la pratique par des actes.
  • La communauté internationale doit veiller au suivi de la situation afin de contraindre le Gouvernement du Népal à honorer ses devoirs et responsabilités vis-à-vis des enfants.
  • Les organismes oeuvrant sur place doivent adopter une approche pyramidale afin que les programmes et les projets puissent être directement bénéfiques aux enfants qui en ont réellement besoin.
  • Des efforts doivent être entrepris pour éveiller la sensibilisation des parents et des enfants à l’égard du travail des enfants et de la migration, afin de les aider à comprendre les dangers auxquels sont confrontés les enfants qui font l’objet d’une migration sauvage. Ces programmes doivent être appliqués dans l’ensemble du pays, notamment dans les villages reculés et les zones frontalières, là où les familles et les enfants sont le plus exposés aux risques de la migration sauvage et de la traite.
  • La sécurité doit être renforcée tout le long des frontières du Népal avec l’Inde et la Chine, afin de combattre la traite de femmes et d’enfants.
  • Puisque la racine du problème se trouve dans la pauvreté, le Gouvernement, ainsi que les ONG nationales et internationales, doivent accorder la priorité aux programmes d’éradication de la pauvreté, y compris par une formation relative aux activités générant des revenus, afin de permettre aux personnes de gagner de l’argent au-delà de l’agriculture de subsistance.
  • Tous les enfants, garçons et filles sur pied d’égalité, doivent pouvoir avoir accès à l’éducation, de façon à acquérir des connaissances et à devenir autonomes.