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Le photojournaliste Matthieu Alexandre a visité en novembre 2013 le centre missionnaire catholique soutenu par Caritas en République centrafricaine. C’était alors le dernier refuge pour des dizaines de milliers de personnes fuyant les violences. Caritas fournissait de la nourriture, des ustensiles de cuisine, des draps et une aide médicale. Le photojournaliste est retourné ce mois-ci en République centrafricaine et à Bossangoa. Il a retrouvé certaines des familles qu’il avait rencontrées la dernière fois.

Sandrine

Matthieu raconte: J’ai rencontré Sandrine Weibona en novembre dernier avec son père Seraphine, dans leur tente, à la Mission catholique de Bossangoa. C’était l’une des 41 000 personnes cherchant dans le complexe un refuge contre les miliciens de la Seleka postés à l’extérieur. Je suis de nouveau tombé sur elle en mars, devant la cathédrale, et j’ai pu lui montrer quelques photos que j’avais prises alors.

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Les milices de la Seleka sont parties en février. Sandrine, qui a 16 ans, est rentrée chez elle il y a trois jours, après avoir passé 6 mois à la mission catholique. Elle est rentrée chez feu son mari, Bertrand Kossi. Ce dernier a été abattu par la Seleka en mars 2013. Ils avaient entendu les voitures s’approcher et il avait fui dans les champs. Ils lui ont tiré dans le dos à 100 mètres de leur maison. Il avait 26 ans.

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Son père Seraphine, 56 ans, a vu sa maison consumée par les flammes. Il ne veut pas bouger de sa tente. Sandrine lui rend visite chaque jour au camp. 25 000 personnes s’y abritent encore.

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Martine

Alors que je montrais mes photos de novembre aux personnes encore à la Mission catholique, quelqu’un a reconnu la femme qui vivait dans la tente à côté de la leur. C’était Martine Simayasi.

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Ils m’ont alors amené chez Martine. Ça faisait drôle de marcher librement à Bossangoa. En novembre, personne n’était en mesure de s’éloigner à plus de 500 mètres de la cathédrale, sous peine de se faire abattre par les hommes armés qui entouraient le camp. Mais nous avons marché 15 minutes le long d’une piste sableuse, en direction de la rivière Ouham. Cette route était auparavant nommée « la Route de la Mort ». Les travailleurs humanitaires la traversaient avec un drapeau blanc sur leur voiture, afin de ne pas se faire tirer dessus. Maintenant, les femmes la parcourent, emportant des marchandises sur leur tête.

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Nous atteignons la maison de briques rouges de Martine. Martine, mère de 5 enfants, est retournée chez elle le 5 février, après avoir passé 5 mois dans le camp à côté de la cathédrale. Sa maison a été pillée, mais pas brûlée.

Elle vit avec son mari, trois enfants et un petit-fils. Elle cuisine à l’aide des kits de cuisine qui lui ont été distribués au camp en septembre dernier. Martine est contente qu’il n’y ait pas eu de victimes dans sa famille, et elle espère que la paix va durer.

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À présent, Caritas aide les personnes de Bossangoa à reconstruire leur vie, à travers la Caritas locale et les membres internationaux CRS and Secours Catholique. Tous les droits sur les photos réservés à Matthieu Alexandre pour Caritas Internationalis