Cette page est aussi disponible en: Anglais, Espagnol

Plus d’un demi-million de Syriens qui ont fui la guerre se sont réfugiés en Jordanie. Caritas Jordanie a assisté plus de 217 000 personnes, apportant une aide d’une valeur de 20 M €, comprenant de l’aide au logement, à la santé, à l’éducation et un appui psychosocial. Par Dana Shahin (Caritas Jordanie) / Monica Matarazzo (Caritas Suisse)

« Je lutte pour la survie de ma famille »

La famille de Yahida. Photo : Alessio Romenzi/Caritas Suisse

La famille de Yahida. Photo : Alessio Romenzi/Caritas Suisse

Yahia vient d’un village près d’Alep. Il a cinq enfants, âgés d’un à quinze ans. « Ma femme a été tuée lors d’un bombardement dans notre village, raconte Yahia, encore sous le choc. Elle travaillait à proximité. J’ai alors pris la fuite en Jordanie avec mes enfants. »

Même si les enfants se taisent, leur regard en dit long sur les circonstances tragiques du décès de leur mère. À vrai dire, ils auraient besoin d’un suivi thérapeutique.

Yahia ne doit pas seulement se remettre de la mort de sa femme. Lui-même souffre d’un cancer nécessitant médicaments et traitement médical. Des soins qu’il n’aurait pas pu trouver en Syrie. Même en Jordanie, il n’y avait guère d’analgésique à disposition pour Yahia.

Les douleurs liées à son cancer n’ont pas pu être traitées dans le camp de Zaatari qui abrite plus de 130 000 déplacés syriens sous la responsabilité du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Avec l’aide de connaissances, Yahia a trouvé un logement de deux pièces à Zarka, une ville située au nord-est d’Amman. Il doit payer l’équivalent de 200 francs pour le loyer, l’eau et l’électricité. Caritas s’en occupe et lui procure les soins médicaux dont il a besoin de toute urgence.

À cause de sa grave maladie, il ne peut plus maîtriser seul la vie quotidienne ; son frère cadet l’a donc accompagné en Jordanie. La grand-mère s’occupe des enfants. Tous vivent dans deux petites pièces.

Yahia lutte pour sa survie, mais aussi pour celle de sa famille. Il s’agit ni plus ni moins de répondre à leurs besoins quotidiens – aliments de base, médicaments, vêtements, couvertures ou articles d’hygiène tels que langes et savon.

Photo : Alessio Romenzi/Caritas Switzerland

L’aide aux réfugiés syriens en Jordanie. Caritas Jordanie a assisté plus de 217 000 personnes, apportant une aide d’une valeur de 20 M €. Photo : Alessio Romenzi/Caritas Switzerland

Personne n’ose penser à l’avenir. La famille de Yahia consacre tous ses efforts à essayer d’en finir avec les conséquences de la guerre, de la persécution, de la mort et de la maladie.

«Je ferais tout pour sauver ma famille»

Voici peu, Fawaz vivait encore à Damas avec sa femme Heba et leur quatre enfants. Il y tenait un restaurant qui marchait bien et assure n’avoir manqué de rien : « Nous avions un foyer et une vie réglée. Nos enfants Khaled, Muhammad, Amal et Lana allaient chaque jour à l’école. Maintenant il ne reste plus rien de tout cela. »

Son quartier de Damas ayant sans cesse été bombardé, la famille a d’abord cherché différents lieux de refuge qui lui semblaient plus sûrs à l’intérieur de la Syrie. Mais pour finir, elle n’a plus eu d’autre choix que de fuir. Le 1er janvier dernier, la famille est arrivée en Jordanie. Grâce au soutien d’amis et de connaissances, ils ont réussi à fuir par Beyrouth. Ayant dû laisser tout ce qu’ils possédaient à Damas, ils n’ont plus que les habits qu’ils portaient sur eux.

En route, ils ont été arrêtés plusieurs fois par les forces de sécurité. Ils craignaient que les soldats n’arrêtent Fawaz pour le recruter dans les rangs de l’armée. Comme les soldats leur ont soutiré tout ce qu’ils avaient à manger, ils sont arrivés à la frontière affamés et épuisés. Pour pouvoir quitter le pays, ils ont dû solliciter les services payants de passeurs.

Avec l’aide de compatriotes, ils ont trouvé, à proximité de la capitale Amman, un modeste logement pour lequel ils paient l’équivalent de 100 francs par mois. À cela s’ajoutent les dépenses pour l’électricité, l’eau et le chauffage. Comme ces gens sont complètement démunis, Caritas prend en charge leurs frais de logement.

Fawaz Khaled. Photo:  Alessio Romenzi/Caritas

Fawaz Khaled. Photo: Alessio Romenzi/Caritas

Une incertitude presque insupportable

La famille souffre. Car elle manque absolument de tout. Fawaz ne trouve pas de travail et les enfants ne peuvent pas aller à l’école. Les parents ne savent pas comment subvenir à leurs besoins. Car tout est devenu cher en Jordanie : la nourriture,  les couvertures, les matelas, les ustensiles de ménage et le mazout.

Avec son tempérament entreprenant, Fawaz vit mal l’attente dans l’incertitude. « Nous restons les bras croisés à longueur de journée. Je n’ai pas le droit de travailler en Jordanie, c’est interdit par la loi. J’accepterais n’importe quel travail pour faire vivre ma famille. Mais j’ai peur d’être arrêté par la police et renvoyé en Syrie. »

Si le présent est incertain, l’avenir l’est encore davantage. La famille espère maintenant des temps meilleurs. Elle aimerait au moins pouvoir vivre en sécurité et envoyer les enfants à l’école.