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© Sébastien Dechamps/Secours Catholique

© Sébastien Dechamps/Secours Catholique

Par Jacques Duffaut

Les monts Nouba, au sud du Soudan, forment une enclave. Entièrement tenus à l’écart car sa population est opposée au régime de Khartoum. Ses habitants payent au prix fort d’avoir, de 1984 à 2002, soutenu l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA – bras armé du SPLM, parti politique aujourd’hui au pouvoir à Juba, capitale du Soudan du Sud) et d’être restés du mauvais côté de la frontière. Depuis 2011, Khartoum interdit aux Ong et aux Nations unies l’accès à ces habitants qui ne veulent pas de son pouvoir.

Située dans l’État du Kordofan du Sud, la région est très difficile d’accès, nous confient Quentin Peiffer et Sébastien Dechamps, respectivement chargé de mission et responsable du Pôle Urgences internationales au Secours Catholique (Caritas France). C’était à tous deux leur première mission dans cette région que la saison des pluies, de mai à octobre, isole totalement. Un territoire de 48 000 km2, une population estimée avant le conflit à 960 000 personnes et qui ne compterait aujourd’hui que 600 000 d’entre eux. Environ 100 000 Noubas ont trouvé refuge au Soudan du Sud depuis 2011. Les deux humanitaires français ont donc franchi la frontière pour se rendre dans le principal hôpital de la région soutenu depuis près de trois ans par le Secours Catholique.

Le Secours Catholique et Caritas Irlande (Trocaire) sont les deux principaux partenaires des programmes mis en œuvre dans cette région où très peu d’organisations humanitaires se risquent à intervenir.

Respect pour son total dévouement
L’établissement principal de la zone est l’hôpital. « Compte tenu du contexte, précise Quentin, cet hôpital est très bien structuré et aussi très bien tenu. Le personnel inspire le respect pour son total dévouement aux malades malgré la difficulté des conditions de travail et la lourdeur de la tâche » (cas de lèpre, tuberculose, etc. avec de très nombreux blessés par les multiples éclats des bombes à shrapnels que lâchent régulièrement les lourds Antonov du gouvernement). Autour des bâtiments, des trous d’un mètre carré creusés sur un mètre de profondeur servent d’abri sommaire lors des raids aériens.

Le personnel de l’hôpital est en majorité composé de religieux. Il faut sans doute une forte dose d’abnégation pour accepter de passer près de six mois sans pouvoir sortir de la zone. Ces six mois sont les plus durs puisque avec la pluie coïncident les pics de malnutrition, la recrudescence de la malaria et des autres maladies tropicales. Toutes les structures humanitaires se désengagent alors. Seules les structures associées au diocèse poursuivent leurs activités et leur accompagnement des populations.

Frontière verrouillée
La famine est un spectre qui plane sur cette région depuis que la frontière a été verrouillée par l’armée soudanaise. Les cultures agricoles sont devenues rares, la guerre a déréglé la vie des paysans et le rythme des cultures. Une aide alimentaire arrive deux fois par an par le Soudan du Sud. À chaque fois, 250 tonnes de vivres sont acheminées. Les fournitures les plus lourdes arrivent très lentement par la piste venue du Soudan du Sud. L’avion est utilisé pour les matières sensibles (médicaments et les produits alimentaires fragiles).

La survie de la population passe également par la solidarité entre les communautés qui composent les Noubas – 80 dialectes sont parlés dans la zone. Bien que la production agricole soit très faible, les habitants arrivent à échanger, à développer une petite vie économique. Des petits commerces et des artisans ouvrent leurs échoppes bien qu’il n’y ait ni électricité ni même, chose rare de nos jours, de téléphones portables. La population est affectée par cet isolement et fait face à des pénuries de vaccins et à la malnutrition.

Sébastien et Quentin ont été très touchés des messages de remerciements dont ils ont été gratifiés. Sachant combien c’est dangereux, dit Quentin, « ces habitants nous ont dit merci d’être venus jusqu’à nous, merci de savoir que nous existons. »