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Monseigneur Macram Max Gassis, évêque émérite du diocèse d’El Obeid, a fermement condamné les bombardements qui ont ciblé délibérément l’hôpital catholique Mère de la Miséricorde dans les monts Nouba, dans l’État du Sud-Kordofan, au Soudan, les 1er et 2 mai.

L’hôpital est financé par Caritas Internationalis, notamment par les membres de Caritas Trocaire et du Secours Catholique.

Mgr Gassis a déclaré: «Le bombardement est un attentat contre des civils innocents venus chercher une aide médicale à l’hôpital. Les malades n’ont rien à voir avec le conflit qui ravage les monts Nouba depuis juin 2011. Ce sont des civils innocents que le droit international protège contre les attaques directes des forces militaires.

«Le droit international exige que les civils soient protégés durant les conflits, or, l’attaque d’aujourd’hui est une atteinte directe à ce principe humanitaire fondamental. C’est une violation de la sacralité de la vie humaine que nous devons protéger à tout prix».

Seul hôpital en service dans les monts Nouba, au Sud-Kordofan, le Mère de la Miséricorde dispense les soins essentiels et divers services d’appui à plus de 150 000 personnes par an. L’évêque craint pour la sécurité et le bien-être du personnel hospitalier et des patients, et des communautés qui vivent dans la peur de cette menace très réelle de bombardements aériens aveugles.

Après le bombardement de l’hôpital catholique dans les monts Nouba, au Soudan, les personnes faibles ont été en partie placées dans des tranchées en cas de retour des avions. Cette mère a accouché d’un bébé en bonne santé, hier. Son enfant plus âgé est hospitalisé pour malnutrition. Photo : Diocèse d’El Obeid.

J’étais dans le bureau avec la Sœur quand l’avion est arrivé. Environ deux secondes se sont écoulées entre le bruit de l’avion et le lancement de la bombe, juste le temps de se coucher par terre. Le bureau a tremblé sous l’impact et tout est devenu flou à cause de la poussière et des bouts de ciment projetés dans l’air. La bombe était tombée à environ 50 m du village ‘tuberculose/lèpre’.

Aussitôt terminée l’explosion, la Sœur et moi-même nous sommes précipités dehors. Je me suis dirigé tout droit vers une tranchée, comme les autres personnes de l’hôpital, celles qui pouvaient se déplacer. La Sœur a réagi de manière plus altruiste et a commencé à indiquer aux personnes la direction à suivre, à calmer les mères qui ne trouvaient pas leurs enfants, et a ouvert la porte arrière pour que les gens puissent sortir de l’hôpital.

Puis l’avion est retourné, et il était si bas que nous pouvions voir son ventre. Une bombe a frappé à 30m du bâtiment des médecins.

Une fois que l’avion a disparu, nous nous sommes secoués pour enlever la poussière et sortir des tranchées. Les patients fuyaient l’hôpital en masse, certains traînant leur pochette de perfusion. Nous avons commencé à regarder autour de nous pour voir qui était resté.

Et ce fut un triste spectacle: ceux qui étaient trop malades ou trop faibles pour se déplacer, ceux qui vivent trop loin et qui n’ont pas un endroit où s’abriter.

Heureusement, le bombardement d’aujourd’hui n’a causé que deux blessures mineures par obus. Il n’y a pas de dommages structurels importants aux biens, mais beaucoup de réparations seront nécessaires; par exemple un grand nombre de portes et fenêtres des salles des infirmiers sont cassées, toutes les portes du bâtiment des médecins et le toit sont en mauvais état, et bien sûr, aussi une partie de notre clôture.

Au moment où j’écris, les patients du service hommes ont commencé à revenir, mais le service femmes et enfants est encore presque vide. Tout est étrangement calme et recouvert d’une fine couche de poussière. – Récit du personnel

Appel de Mgr Gassis

«Je voudrais lancer un appel au président Omar El Bachir, dont la force de l’air a effectué ce bombardement, pour qu’il fasse en sorte que notre hôpital soit protégé contre les prochains bombardements. L’hôpital Mère de la Miséricorde est un établissement de santé catholique qui offre des services pour sauver des vies, sans distinction de religion, de tribu, ou d’appartenance politique», a déclaré l’évêque émérite Macram Max Gassis.

Mgr Gassis affirme que le diocèse d’El Obeid est engagé en faveur de la paix au Sud-Kordofan. Il a lancé un appel contre le recours continu à des attaques aériennes aveugles. L’évêque a déclaré que toutes les parties du conflit devraient s’engager dans un dialogue pour la paix afin qu’une solution juste et pacifique puisse être trouvée.

Mgr Gassis tiendra une conférence de presse dans sa résidence de Lavington, à Nairobi, le 6 mai 2014 à 11h30. Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter : +254 726 846 023, doe@africaonline.co.ke.