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Les raids israéliens sur Gaza qui durent depuis une semaine ont fait plus de 200 victimes et des dizaines de milliers de déplacés. Près d’un million de personnes sont sans eau. Caritas essaie de comprendre comment aider au mieux les personnes. Dans le blog qui suit, Ameen Sabbagh, responsable de Caritas Jérusalem à Jérusalem montre que les Gazaouis ont besoin de plus que de nourriture, d’eau et d’abris.

Ameen confortant Ismaël suite à la mort de membres de sa famille lors des bombardements sur Gaza. Crédit : Caritas Jérusalem

Ameen confortant Ismaël suite à la mort de membres de sa famille lors des bombardements sur Gaza. Crédit : Caritas Jérusalem

Alors que les prières du soir se terminaient le samedi 12 juillet 2014, une frappe touchait la maison du cousin du chef de la police de Gaza, Taysir al-Batsh, tuant au moins 18 membres de la famille et en blessant 50.

Je suis allé rendre visite à cette famille pour voir ce que je pouvais faire. J’ai vu Ismaël, assis sur une chaise en plastique en face de sa maison détruite ; Il avait l’air désespéré, confus et désorienté. Il était dans un état de choc extrême. Je n’arrivais pas à trouver les bons mots pour exprimer mes condoléances. J’ai simplement serré sa main et je me suis assis à ses côtés. Il avait la tête basse et les yeux rivés sur le sol.

Après quelques instants, je me suis levé, j’ai attrapé sa main et j’ai embrassé sa tête. Voilà comment s’est passé notre conversation – une communication sans mots –, parfois le silence parle plus que les mots.

J’ai commencé à marcher pour continuer mon évaluation de la journée, un garçon de 12 ans m’accompagnait (Mohammad, un des voisins), il n’y a pas eu besoin que je rompe la glace pour que lui commence la conversation.

« J’ai commencé à pleurer quand j’ai vu la destruction de la maison », dit-il. « J’ai su que mes amis et voisins avaient été tués, mon papa m’a dit de me lever d’aller les aider ! Nous avons couru ensemble vers le site, parmi les décombres et la poussière je pouvais voir des bouts de cadavres. Je voulais m’enfuir, mais je ne pouvais pas. Je dois être fort, parce que ce n’est pas la première fois que je suis témoin d’un tel chaos. C’est ma troisième guerre à Gaza, et je n’ai que 12 ans. »

Ensuite, il m’a bombardé de questions auxquelles je ne pouvais absolument pas répondre. « Combien de guerre verrai-je encore ? À combien de bombardements aériens peut-on survivre ? Quand est-ce que tout ça finira ? Quand est-ce que je pourrais profiter de mon enfance et jouer dans les rues comme les autres garçons de mon âge ? Qu’est-ce qui va nous arriver ? »

Je lui ai posé d’autres questions pour changer de sujet et il a été ravi de s’y plier. J’étais content qu’il ait l’air beaucoup plus calme après m’avoir parlé, bien que je n’aie pas dit grand-chose, ni même pu faire beaucoup pour le conforter !

Caritas Jérusalem a lancé un appel pour une intervention d’urgence à Gaza avec de la nourriture, des médicaments, de l’argent et d’autres biens de première nécessité. Mais parfois, ce dont les gens ont vraiment besoin, c’est d’une oreille pour les entendre, ou d’un regard plein de compassion, ou simplement d’un gentil mot. Parfois, de petits gestes de gentillesse sont plus efficaces que toute l’aide matérielle que nous pouvons fournir aux personnes dans le besoin.