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 Un réfugié Yazidi attend son tour à une distribution organisée par CRS et Caritas Irak à l'église des Apôtres à Fishkhabour, Irak © Hare Khalid / Metrography pour Catholic Relief Services


Un réfugié Yazidi attend son tour à une distribution organisée par CRS et Caritas Irak à l’église des Apôtres à Fishkhabour, Irak
© Hare Khalid / Metrography pour Catholic Relief Services

Une lettre ouverte à Monseigneur Louis Raphael Sako, Patriarche de Babylone et Monseigneur Shlemon Warduni, Président de Caritas Iraq

C’est avec une grande tristesse que nous assistons depuis trop longtemps à la violence destructrice qui embrasse votre région. Cette fois-ci, c’est à nouveau votre pays bien-aimé qui est touché. Nous avons assisté avec un cœur douloureux au déplacement massif de plus de 1.200.000 personnes fuyant l’épouvantable dans l’espoir de sauver leurs propres vies et celles de leurs familles.

Avec une grande consternation, nous avons vu les images de personnes littéralement dépouillées de tout et qui n’ont plus aucune ressource pour acheter de la nourriture, se loger ou répondre à leurs besoins de base. Nous savons aussi que beaucoup ont perdu la vie au cours de la fuite, en particulier des personnes âgées et des enfants.

Malgré de réels progrès dans la reconnaissance des droits des minorités au niveau international, les Chrétiens, Yazidis, Kurdes, Shabaks, Madéens et d’autres peuples sont victimes d’atrocités inouïes.

Quand est-ce que notre famille humaine commencera à apprendre de l’histoire ? L’imposition forcée du signe «N» sur les portes des maisons chrétiennes rappelle une autre atrocité du siècle dernier qui a conduit à de terribles souffrances et à la mort de millions de personnes. Comme le dit notre Saint-Père le Pape François, « la violence ne se vainc pas par la violence. La violence se conquiert par la paix ». Comment les membres d’une même famille peuvent-ils infliger de telles atrocités sur leur propre peuple au nom de la religion ?

Caritas Internationalis, qui témoigne par son nom et son action de « l’amour entre les peuples et les nations », appelle à la réalisation d’une seule famille humaine dans laquelle personne ne devrait mourir de faim ni de soif, ni perdre sa vie à cause de la haine et de la violence. Nous travaillons à la cause d’une seule famille humaine qui vive dans la paix et l’harmonie, dans la charité et la justice.

Nous appelons les militants de l’État islamique à cesser d’infliger des atrocités sur leurs frères et sœurs et à travailler à la construction de sociétés pacifiques, où tous les êtres humains, qu’ils soient membres de communautés minoritaires ou non, puissent s’épanouir et vivre ensemble en paix.

Nous sommes aussi très préoccupés des conséquences que cette récente poussée de violence pourrait avoir dans le dialogue islamo-chrétien et dans la coexistence pacifique désirée et appréciée par une majorité de musulmans et de chrétiens au Moyen Orient mais aussi dans toutes les parties du monde.

Mes chers frères dans l’Episcopat, je voudrais vous féliciter, vous et toutes les personnes de bonne volonté dans votre pays, pour votre courage et vos positions fermes face à ces crimes contre l’humanité. Vous défendez le droit à la vie pour tous. Soyez sûrs de l’appui et de la prière de toutes les femmes et de tous les hommes engagés dans la Confédération Caritas. Ensemble, nous demandons à l’Esprit Saint le don de la paix, en cette terre de notre Père Abraham, le patriarche dont la mémoire est sacrée pour tout le peuple juif, chrétien et musulman, car c’est lui qui nous a transmis l’amour et la foi en un seul Dieu, le Créateur de l’Univers et auteur de la vie.

Nous vous transmettons tout notre amour, notre soutien et notre solidarité, à vous ainsi qu’à tous les acteurs de Caritas, des congrégations religieuses et des autres organisations qui fournissent une aide concrète aux communautés pour soulager la souffrance, donner de la nourriture et un abri ou guérir des traumatismes. Vous travaillez avec humilité et sans relâche au service de notre Seigneur Jésus-Christ et dans l’accomplissement de sa mission tel que nous y invite l’Evangile : « Amen, je vous le dis, tout ce que vous avez fait pour un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu, 25:40). Nous sommes aux côtés de Caritas Iraq. Vous pouvez compter sur nous.

Enfin, nous joignons nos voix aux vôtres pour que, avec les chefs religieux et civils, aux niveaux local, national, régional et mondial, soit assurée en priorité la sécurité des personnes concernées, que la règle du droit soit reconnue et exécutée, et que cesse l’approvisionnement en armes de ceux qui commettent ces crimes contre la vie et la dignité humaine. Nous restons engagés à promouvoir et soutenir une culture de dialogue pacifique qui vise à établir la solidarité et la responsabilité partagée entre tous les peuples et toutes les nations.