Caritas Niger (CADEV) feeding centre in Augustine, Niamey. Mothers and their children wait to be called to assess the level of malnutrition each and receive the food supplements for one week of treatment.

Credits: Worms/Caritas

« Ne pleure pas Adjiera. Ne tire pas si fort sur mon sein. Je n’ai plus de lait et moi aussi j’ai faim. » Momeye doit avoir tout juste vingt ans. Elle est arrivée la veille au centre de récupération nutritionnelle de Saga, dans la banlieue de Niamey au Niger. Sa fille, un an, semble n’avoir que quelques mois tellement elle est faible et amaigrie.

Adjiera souffre de malnutrition aiguë sévère et devra recevoir une perfusion en urgence. Sans une alimentation thérapeutique, entre un tiers et la moitié de ces cas chez des enfants de moins de 5 ans se terminent par un décès. Si l’enfant reçoit les soins dont il a besoin, ses chances de survie sont considérables.

Comme Momeye, huit autres femmes sont hospitalisées dans ce centre géré par les Sœurs de la Charité avec l’appui de CADEV (Caritas Niger). Ici, les enfants et leurs mères pourront bénéficier des soins nécessaires afin de retrouver leurs forces et intégrer le programme régulier.

Trente autres femmes attendent dans la cour du centre de recevoir les rations de suppléments alimentaires pour leur enfant et les vivres pour qu’elles-mêmes puissent s’alimenter et produire suffisamment de lait. Elles auront de quoi suivre le traitement pour une semaine. Certaines doivent voyager plus d’une journée entière pour venir au centre.

« Aujourd’hui il n’y a pas beaucoup de bénéficiaires, nous explique la sœur Marie Dalmascin, responsable de l’accueil du centre. Avec la saison des pluies qui arrive, de nombreuses femmes préfèrent rester dans leur village pour aider aux travaux des champs. Mais celles qui sont là, surtout dans la section d’urgence, sauveront leur enfant, nous arrivons toujours à les sauver. »

Le Niger est l’un des pays qui ont le plus fort taux de mortalité infantile au monde. Plus de 140 000 enfants meurent chaque année de causes liées à la pauvreté et la malnutrition. La dernière saison agricole, largement déficitaire dans l’ensemble du pays suite à une mauvaise pluviométrie et aux attaques de nuisibles sur les cultures, aggrave la crise alimentaire dans de très nombreux villages.

« Nous ne mangeons plus qu’un repas par jour depuis des mois », dit Domo Hamani, 50 ans. Elle vient de rentrer dans son village de Louga après avoir accompagné sa petite-fille au centre de Saga. « Hajara a un an et sa mère est enceinte de six mois. C’est pour cela qu’elle n’a pas pu aller au centre avec elle. Il m’a fallu un jour entier pour me rendre avec elle à Niamey. C’était la première fois que j’allais au centre et je suis très heureuse car les sœurs nous ont bien accueillies et m’ont donné les suppléments pour que Hajara puisse récupérer ses forces. La pauvre est tellement faible et elle a tellement mal au ventre. La semaine prochaine, nous retournerons toutes les deux au centre pour surveiller son évolution et recevoir de nouvelles rations. »

Domo Hamani, assise dans sa maison explique de depuis plus de 4 mois, le village a épuisé toutes ses réserves alimentaires. La situation est très difficile et les habitants ne survivent qu’en allant cueillir des feuilles d’arbustes comestibles, mais difficilement assimilables par les enfants. « Je n’ai rien à cuisiner aujourd’hui, s’excuse-t-elle pour ne pas nous offrir quelque chose à manger comme c’est la tradition au Niger lorsque vous recevez des invités. Heureusement, ma petite-fille aura de quoi s’alimenter, c’est le plus important. »

Les jeunes enfants de moins de 5 ans et leurs mères sont les premières victimes de la crise alimentaire qui touche les pays de la région du Sahel dont le Niger fait partie. Assurer leur alimentation constitue la priorité de Caritas. Dans le pays, plus de 8 000 familles avec au moins un enfant malnutri (soit plus de 56 000 personnes) recevront les suppléments alimentaires dont leurs enfants ont besoin pour récupérer un état de santé satisfaisant. Les mères auront accès à des rations de céréales afin de pouvoir allaiter leurs bébés. Elles suivront aussi des formations sur les notions d’hygiène de base afin d’éviter les maladies opportunistes qui accompagnent souvent les victimes de la pauvreté et de la malnutrition.

À 160 km au nord de Niamey, dans le village de Bano Koira, les paysans ont connu une saison agricole déficitaire à plus de 90 %.

Hawa Allassane explique à quel point il est difficile de vivre sans savoir si ses enfants auront de quoi manger. « Chaque matin je me réveille avec la peur que mes enfants aillent se coucher le soir sans avoir pu manger. C’est un sentiment d’impuissance terrible pour une mère, une douleur qui vous tiraille sans relâche. »

En plus d’apporter une aide alimentaire aux femmes et aux enfants, Caritas a organisé une foire aux semences dans le village. Cette foire permettra aux paysans d’avoir accès à des semences plus résistantes à la sécheresse et ainsi de pouvoir se nourrir eux-mêmes dans le futur.

« Lorsque le ventre est vide, les enfants ne montrent pas leurs dents, dit Hadiza Soumana. Grâce à Caritas, mes filles sont belles car elles ont de quoi de manger. Elles sourient de nouveau et mon cœur de mère a retrouvé un peu de joie. »