
Hector Fabio Henao leads Caritas Colombia’s peace efforts
Credits: Caritas
Michelle Hough, dans le Sud de la Colombie
Ingrid Bétancourt a été sauvée après avoir passé plus de six ans en captivité à cause du conflit silencieux qui dure depuis 40 ans en Colombie.
« Silencieux », parce que peu de gens à l’extérieur de la Colombie auront entendu parler du travailleur humanitaire de Caritas tué en juin; ou des quatre professeurs qui ont été enlevés – dont deux ont par la suite été assassinés – la même semaine; ou des trois enfants qui se sont aventurés dans un champ pour cueillir des pêches et ont été déchiquetés par des mines antipersonnel la veille de la libération de Bétancourt.
« La libération d’Ingrid Bétancourt est une très bonne nouvelle pour l’Église et un grand pas dans la bonne direction pour résoudre la crise humanitaire en Colombie », a déclaré Mgr Hector Fabio Henao, le secrétaire général de Caritas Colombie.
« Cependant, il faut attendre d’avoir une meilleure compréhension de la situation, car il s’agit d’une crise très complexe », a-t-il ajouté.
C’est en effet une crise qui oppose les groupes de guérilla de gauche, les paramilitaires de droite et l’armée et qui a délocalisé quelque quatre millions de personnes depuis 1985, dans un pays qui se classe au premier rang dans le monde pour le nombre d’accidents liés à des mines antipersonnel.
« Les évêques colombiens œuvrent sans relâche auprès des groupes armés pour les persuader d’établir les conditions d’une paix juste et négociée dans notre pays », a dit Mgr Henao.
Les évêques jouent parfois un rôle de liaison entre les groupes et les communes armés afin d’essayer d’aborder la paix et les questions humanitaires. Ils collaborent aussi avec des organismes afin de promouvoir l’adoption de mesures législatives par le Parlement qui visent à indemniser les victimes de violence et de déplacements forcés.
À la base, Caritas Colombie soutient les victimes de la violence et leur famille et s’efforce de faire participer les communes à des activités d’édification de la paix.
Mgr Henao ajoute que ceux et celles qui travaillent pour Caritas à ce niveau risquent d’être victimes de violentes représailles et paient parfois de leur vie – comme Felipe Landazury, qui a été tué par des hommes armés le mardi 24 juin à Candelilla de la Mar, au Tumaco, près de la frontière de l’Équateur.
« Les groupes armés légitimes ne comprennent pas l’engagement de l’Église », poursuit Hector Fabio. « Ils sont confus et pensent que si vous travaillez pour les victimes du conflit, vous travaillez contre eux. »
La guérilla soupçonnait probablement les quatre professeurs enlevés récemment dans le diocèse d’Ipiales, où les combats sont parfois intenses, de fournir des renseignements aux militaires, affirme Mgr Henao.
Après cet enlèvement, d’autres professeurs ont reçu des menaces et la population entière vit dans la crainte depuis.
« Dans ce secteur, les professeurs sont les seuls à collaborer avec les prêtres dans les communes locales », dit Mgr Henao.
Il estime la situation très grave, car le diocèse compte beaucoup de petites écoles pour les enfants pauvres en milieu rural, mais le nombre de professeurs diminuera si les menaces continuent.
« Le diocèse tente donc de convaincre la guérilla de revenir sur ses positions et de laisser les professeurs regagner les écoles, parce qu’autrement les enfants ne recevront aucune instruction dans un proche avenir », conclut Mgr Henao.