Le 12 juin, la France accueillera la Conférence pour le soutien international à l’Afghanistan qui sera coprésidée par le Président Sarkozy, le Président Karzai et le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon. La Conférence entend confirmer le soutien politique international au gouvernement de la République islamique d’Afghanistan et au peuple afghan, et présenter en même temps la nouvelle stratégie pour le développement de l’Afghanistan, un plan quinquennal global pour améliorer la gouvernance, la sécurité, la croissance économique et la réduction de la pauvreté.
En attendant cet événement important, Caritas Internationalis demande instamment à toutes les parties prenantes de confirmer le soulagement de la pauvreté et la justice sociale comme des objectifs prioritaires des actions de développement.

L’Afghanistan aujourd’hui

Au cours des six dernières années, depuis que l’Accord de Bonn a mis en place un premier gouvernement transitionnel, l’Afghanistan a connu des changements importants, notamment l’établissement d’un gouvernement national, un président et un parlement élus démocratiquement, des améliorations sans précédents en termes de services de santé et d’éducation, et des années de croissance économique à deux chiffres.

Le redressement d’une économie et d’un Etat demande toutefois des décennies, et l’Afghanistan reste l’un des pays les plus pauvres d’Asie. L’Afghanistan a l’un des indices de développement les plus bas au monde (il est à la 174ème place sur 178 pays dans l’Indice de développement humain (IDH) du PNUD 2007), et d’après la NRVA (évaluation du risque et de la vulnérabilité nationale) afghane 2007, 45 pour cent de la population aurait des difficultés à pourvoir à ses besoins alimentaires quotidiens, et un autre 20 pour cent vit dans des conditions qui ne sont que légèrement meilleures et reste vulnérable aux chocs.

En 2008, la pénurie alimentaire dans le monde est particulièrement ressentie en Afghanistan au pont qu’elle pourrait mener à une crise humanitaire. L’Afghanistan est tributaire de l’importation de denrées alimentaire, or, les deux principales sources de blé, le Pakistan et l’Iran, ont fortement réduit leurs exportations de ce produit. Le prix dans la capitale, Kaboul, a plus que doublé depuis l’année dernière, et le PAM a placé un appel de fonds de 80m$ en janvier de cette année qui s’épuisera en juin. Outre miner les stratégies de survie de millions de personnes, la hausse des prix a déjà suscité des manifestations et des grèves dans toutes les zones du pays.

La réduction de la pauvreté et la justice sociale
Le développement, c’est le processus visant à renforcer les capacités économiques et sociales aux niveaux de la communauté et des familles afin de réduire la pauvreté et la vulnérabilité, et de promouvoir la justice sociale. La justice sociale, c’est la présence de systèmes sociaux, politiques et économiques justes.

Les causes de la pauvreté et sa perpétuation en Afghanistan ont plusieurs facettes. La pauvreté est le résultat de décennies marquées par le conflit violent et sa menace constante, par des infrastructures et des marchés limités, par des structures gouvernementales décentralisées et naissantes, par le déplacement massif, par la fragmentation sociale et la discrimination, par les coups réguliers aux moyens de subsistance communautaires, notamment sécheresses, inondations et maladies, par une terre cultivable limitée, par la dégradation de l’environnement et par d’autres facteurs encore. L’importance et la persistance de ces facteurs varient d’une région à l’autre, d’une communauté à l’autre. De plus, le retour forcé de millions de citoyens afghans du Pakistan et de l’Iran est une menace constante.

Dans un tel contexte, la réduction durable de la pauvreté et la justice sociale ne sont pas des tâches simples impliquant des projets discrets et une aide à court terme. Pour vraiment faire face à la pauvreté et réellement promouvoir la justice sociale en Afghanistan, il est nécessaire que les efforts soient fondés sur les forces et les possibilités actuelles de la communauté. Pour que les programmes de développement soient efficaces et durables, il est nécessaire de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté et de l’injustice et assurer un soutien consistant, bien coordonné et à long terme.