«Je devais aider»: l’autonomisation des réfugiées syriennes au Liban

Entretien avec Reem Alhaswani, cofondatrice de Basmeh & Zeintooneh, lauréate du prix ‘Femmes, semeuses de développement’.

Reem Alhaswani, 27 ans, est elle-même une réfugiée syrienne qui vit actuellement au Liban et aide plus d’une centaine de femmes syriennes et palestiniennes à gagner leur vie. Son organisation, Basmeh et Zeitooneh, a gagné le prix ‘Femmes, semeuses de développement’, d’une valeur de 10 000 €, décerné par Caritas Internationalis et Voices of Faith.

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Reem Alhaswani, lauréate du prix décerné par Caritas Internationalis et Voices of Faith. Photo de Dalia Khamissy/Caritas.

Qu’avez-vous fait après avoir fui vers le Liban?

Quand je suis arrivée ici, j’ai rencontré des personnes que j’avais connues en Syrie. J’ai rencontré Fadi, qui est maintenant la directrice générale de Basmeh et Zeitooneh.

Nous collections vêtements et de petits dons en vivres pour les habitants du camp de Chatila, un camp de réfugiés près de Beyrouth, destiné à l’origine aux Palestiniens.

Quelle est la situation de ces familles en termes de vivres et d’argent?

C’est catastrophique ici au Liban. Tout d’abord, c’est très cher. Il y a des gens qui ont faim.

Nous avons été choqués par les conditions vraiment mauvaises à Chatila. Les femmes ont très peur de sortir. La plupart d’entre elles viennent des zones rurales, elles n’ont pas l’habitude d’endroit comme Chatila.

Les hommes ne travaillent pas. La violence domestique est partout. Chatila n’est pas sous le contrôle de la police régulière. La communauté d’accueil des Palestiniens est dans une mauvaise situation. Beaucoup de ces femmes se sont mariées en Syrie à l’âge de 14 ou 15 ans, avant la guerre.

Maintenant, elles sont dans un endroit où une femme risque d’être tuée par son mari, parce qu’il n’y a pas de loi ici. Nous avons commencé à penser : faisons quelque chose pour les femmes. Les femmes vivent dans les pires conditions : elles sont toujours enfermées, elles ont peur.

Alors qu’avez-vous fait?

J’ai dit : « Je dois aider. » J’ai les outils pour aider.

Nous avons connu un homme qui pouvait commercialiser des articles de broderie, si nous les produisons. Nous avons eu un petit don. Nous avons loué un lieu et acheté du tissu et du fil.

J’ai commencé à chercher des femmes. Il m’a fallu un mois pour convaincre 10 femmes à venir. Elles avaient peur, elles ne nous connaissaient pas. Elles pensaient peut-être que nous allions profiter d’elles. Elles venaient juste d’arriver et elles avaient peur de tout.

Nous avons commencé par la broderie. Les femmes ne savaient pas comment faire. Nous avons amenée une palestinienne qui fait cela depuis qu’elle avait 14 ans, elle a enseigné à toutes comment faire. Beaucoup de ces femmes sont devenues très expérimentées, très professionnelles.

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Les réfugiées syriennes travaillent dans des ateliers de broderie pendant que leurs enfants jouent dans le centre de Basmeh and Zeitooneh. Photo de Dalia Khamissy/Caritas.

Nous avons commencé lentement à produire des pièces. Et nous les avons mises sur Internet. Nous les payons à la pièce. Au début, elles ne faisaient pas assez d’argent, après quelques mois, elles ont commencé à en faire de plus en plus.

Beaucoup de familles vivent uniquement de ce qu’elles gagnent à l’atelier. Leurs maris ont disparu ou sont morts ou n’ont pas de travail, 30% à 40% d’entre elles sont veuves ou leurs maris ont disparu.

Les femmes viennent à notre centre, ce n’est pas seulement un atelier de couture, nous faisons aussi de la formation professionnelle pour adultes (anglais, alphabétisation et informatique).

Pouvez-vous nous parler d’une femme dont la vie a changé grâce au programme?

Il y a une femme que j’aime beaucoup. Elle a huit enfants. Elle vient d’une zone vraiment rurale ; en Syrie, elle travaillait à la ferme, nourrissait les chèvres.

Quand elle est arrivée chez nous la première fois, elle était très timide et ne savait pas travailler, elle ne savait pas broder. Il lui a fallu du temps. Maintenant, c’est l’une des femmes le mieux rémunérées. Elle est vraiment bonne dans ce qu’elle fait.

Nous avons un autre programme : micro-financement. Elle a présenté une demande pour son projet. De plus, elle apprend à lire et à écrire. C’est comme une mère pour la plupart des femmes, si elles ont besoin de conseils ou de quelqu’un qui les écoute. Elle a vraiment un grand cœur.

Quelle est la partie la plus difficile de votre travail?

Ce n’est pas parfait. Nous ne pouvons pas leur donner la perfection, mais elles ont commencé à être indépendantes de leurs maris. Elles peuvent acheter des choses pour leurs enfants et pour elles-mêmes.

Mais il y a encore beaucoup de pauvreté. Nous distribuons encore des paniers alimentaires. Les hommes ne trouvent pas un emploi.

Quoi qu’on fasse, on a l’impression de ne pas résoudre le problème, parce que le problème nous dépasse. Pas plus tard qu’hier une femme nous a dit qu’elle va marier sa fille de 14 ans à un homme qui est aussi du camp. En parlant avec elle, elle nous disait : « J’ai beaucoup d’enfants et cet endroit est très cher. Cet homme offre une maison et de la sécurité ».

Comment le programme s’est développé?

En mai 2013, nous n’avions pas d’employés. Nous étions 6 personnes. Maintenant, nous avons 100 employés.

Nous avons une école pour 400 enfants. Nous avons trois centres communautaires au Liban. Maintenant, nous avons 140 femmes qui travaillent, environ 70% syrienne, 30% palestinienne. Récemment nous avons lancé un atelier de femmes dans la Bekaa.

Au centre communautaire, nous assurons un soutien psychosocial aux enfants à travers des activités interactives. Nous avons aussi un service de protection qui tient des sessions de sensibilisation pour les femmes sur les droits de l’Homme et la violence domestique, et qui s’occupe aussi de signaler les cas de protection aux associations spécialisées.

De plus, nous remettons en état les abris dans le camp. Il y a trois mois, une femme d’un atelier a perdu son fils de 11 ans qui a été électrocuté. Il y a des fils partout qui ne sont pas couverts et se mélangent aux conduites d’eau. Il y a aussi des incendies à cause des problèmes d’électricité.

Les réfugiées syriennes travaillent dans des ateliers de broderie.

Les réfugiées syriennes travaillent dans des ateliers de broderie. Photo de Dalia Khamissy/Caritas.

Maintenant il fait très froid [février 2015]. Notre programme aide à remettre en état les fenêtres, les portes, l’approvisionnement en eau chaude, à réparer le câblage électrique. Nos travailleurs viennent du camp. Ce projet n’est pas seulement pour les Syriens mais aussi pour les Palestiniens, pour soutenir la communauté d’accueil aussi.

Je suis fière de Basmeh et Zeintooneh en général. Je suis fière du nombre de personnes que nous avons pu aider, la chose la plus importante est que nous avons pu donner à beaucoup de nos bénéficiaires les moyens de transformer cette catastrophe tragique qui a fortement affecté leur vie en une grande opportunité de développement personnel et d’apprentissage de nouvelles compétences et expériences.

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