Au Libéria, tristesse et force face à Ébola: les survivants racontent leurs histoires.

Les survivants stigmatisés

Rebecca Mulvah, 34 ans, est heureuse d’être de retour à Balakatala. Terrorisée, elle avait fui dans la brousse après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles un village voisin allait incendier le sien, atteint d’Ébola.

Rebecca, 34 ans, et sa fille, Blessing, 2, en Balakatala, Libéria. Photo par Miguel Samper/Caritas

La peur d’attraper ce virus souvent mortel ferait trembler et pleurer n’importe qui, car Ébola est une maladie affreuse. Mais pour les nombreux Libériens qui ont connu la guerre civile, qui n’a pris fin qu’en 2003, ce fardeau est alourdi par la peur de leurs voisins, éveillant d’horribles souvenirs. Les équipes de Caritas sont intervenues en distribuant des kits d’hygiène et en diffusant des informations vitales pour stopper la propagation du virus Ébola à Balakatala.

Rebecca et sa fille Blessing, 2 ans, étaient l’une comme l’autre des survivantes quand elles ont fui dans la brousse en novembre 2014. Rebecca portait en elle en plus la douleur d’avoir perdu son fils et sa mère. Sa mère avait pris soin de la première personne atteinte d’Ébola à Balakatala.

Betty Kekulah a elle aussi subi gravement la stigmatisation associée au virus Ébola. Elle a dû fermer sa petite boutique car plus personne ne venait acheter depuis qu’elle avait survécu au virus. Betty, 31 ans, a attrapé le virus en soignant un garçon qu’elle croyait atteint de lèpre.

Betty sait, l’ayant appris sur sa propre peau, que la stigmatisation que les survivants d’Ébola subissent est un problème épineux au Libéria. Mais elle sait aussi que Caritas et d’autres organisations mènent de vigoureuses campagnes pour convaincre que les survivants doivent être soutenus, et non pas évités, ce qui lui donne la force d’aller de l’avant après cette crise sanitaire, la plus grave que le Libéria ait subie.

Les orphelins et ceux qui s’occupent d’eux

Il y a sept orphelins dans la famille Sephes, quatre garçons et trois filles, âgés de 4 à 24 ans. Ils s’entraident, unis dans leur chagrin et leur courage. Mais c’est une période terriblement difficile pour eux et pour beaucoup d’autres Libériens.

Au moins 4 500 personnes sont mortes au Libéria, le pays le plus gravement touché en Afrique de l’Ouest, mais on ne connaît pas le chiffre exact car il était extrêmement difficile de collecter des informations quand la crise était à son paroxysme.

À 24 ans, Melvin Sephes a beaucoup de responsabilités. Il est maintenant l’aîné de la famille. Lui et ses frères et sœurs ont perdu leur mère quand l’épidémie s’est intensifiée, en août 2014. Avec ses cadets, Emmanuel, 21 ans, et Prince, 20 ans, ils ne s’étaient pas remis de l’abandon de leur père, quand ils ont brusquement perdu aussi leur mère.

Francis, le plus jeune des frères, a 15 ans et n’était qu’un enfant quand la guerre civile au Liberia a pris fin. Le pays en est sorti si ravagé qu’il n’a pas su faire face à la pire épidémie d’Ébola de l’histoire.

Melvin Sephes, 24, sa mère est morte du virus Ebola en Août 2014. Photo par Miguel Samper/Caritas

Princess est la fille aînée de la famille Sephes. À 18 ans, elle sait qu’elle a de grandes responsabilités pour son âge. Korduah est un village isolé, rural et pauvre, et elle doit s’occuper de ses deux sœurs plus jeunes, Jessica qui a 8 ans, et Divine, la petite de la famille, qui n’a que 4 ans. Elle ne comprend pas d’où est arrivé le virus Ébola ni pourquoi il a emporté sa mère.

Princess devra remplacer sa mère, mais comme celle-ci, elle est résiliente et pleine d’espoir. Elle sait que la situation de ces sept orphelins est meilleure que celle de beaucoup d’autres, car leur grand-père, Quito, leur donne sa seule source de revenu, le loyer qu’il reçoit d’un bien qui lui appartient. Outre que sur les organismes caritatifs comme Caritas, les Libériens comptent sur leurs familles élargies pour les aider à traverser cette crise.

Non loin de la famille Sephes, dans le village d’Old Field, Sam, 17 ans, est aussi un orphelin d’Ébola. Outre ses parents, il a perdu son frère. Sam et ses deux sœurs – ce sont des triplets – ont miraculeusement échappé à l’infection.

Maintenant, les enfants – Sam, Doedy et Bayo – vivent avec leur tante, Marline qui, bien que n’ayant pas de revenu, les a pris chez elle. Marline, 39 ans, est terriblement inquiète : comment va-t-elle pourvoir à leur subsistance alors que les emplois à Old Field sont rares et que l’économie essentiellement agricole du Libéria a été mise à mal.

Les agriculteurs n’ont pas pu cultiver leurs champs selon la méthode traditionnelle – le système kuu prévoyant que l’on travaille ensemble – car les contacts rapprochés ont été d’abord découragés puis interdits quand la quarantaine a été appliquée. Beaucoup de familles d’agriculteurs ont mangé leurs stocks de semences pour survivre et maintenant n’ont rien à planter pour la prochaine récolte. Caritas distribue des semences et des outils de remplacement et collabore avec le Programme alimentaire mondial des Nations Unies pour la distribution de rations d’urgence.

La communauté de survivants

La famille Jallah est un exemple rare dans le village de Mawah. Prince, 41 ans, sa femme Fatu, 21 ans, et Henry, leur fils de 5 ans, ont tous été infectés par le virus Ébola, mais ils ont tous survécu. Une équipe de sensibilisation de Caritas est arrivée à Mawah avec des kits d’hygiène et des messages vitaux expliquant comment prévenir la propagation de l’infection.

Momolu Sirleaf vit dans la même maison partagée que les familles de survivants Jallah et Gamai. Photo par Miguel Samper/Caritas

Le village de Mawah a été particulièrement touché, 48 personnes infectées et 36 morts. Ici, les survivants s’entraident, vivent ensemble et se consolent réciproquement.

La famille Jallah est l’une des huit familles – dont sept ont parmi leurs membres des survivants d’Ébola – qui partagent la même maison. Ils n’ont qu’une pièce par famille, mais en ces jours difficiles, après Ébola, c’est déjà bien d’être unis et vivants. Certains d’entre eux, comme Prince, 41 ans, vivaient d’élevage et de pêche avant d’être infectés; Prince a attrapé le virus de sa sœur mourante. Tous leurs moyens de subsistance ont été gravement endommagés.

Juste à côté, il y a les Sirleafs, une autre famille de survivants. Momolu, 28 ans, a attrapé le virus d’Ébola en s’occupant de son fils malade. Malheureusement, le garçon est décédé, ainsi que sa femme. Puis, au pic de l’épidémie à Mawah, sa mère, Tenneh, a elle aussi attrapé la maladie.

Heureusement, elle a survécu et les deux autres enfants de Momolu sont restés en bonne santé. Mais, les temps sont durs et il y a pénurie d’argent. Momolu n’a pas repris sa vente de poisson dans la capitale, Monrovia. Il a vendu tout ce qu’il avait pour payer les traitements médicaux pour sa famille. Momolu n’aime pas se déplacer dans d’autres villages ces jours-ci. Il faudra du temps pour que s’estompent les cicatrices qu’Ébola a laissées sur la population du Libéria.

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