Une journée normale à Gaza

Le centre de services de la clinique de Caritas Jérusalem-Gaza à Gaza City. Crédit : Katie Orlinsky/ Caritas

Le centre de services de la clinique de Caritas Jérusalem-Gaza à Gaza City. Crédit : Katie Orlinsky/ Caritas

D’abord, je suis partie avec l’équipe de la clinique mobile de Caritas à Deir Al Balah, au centre de Gaza, où depuis plusieurs années, Caritas tient une clinique hebdomadaire. L’après-midi, je me suis unie à la minuscule communauté chrétienne pour le rosaire et la messe, après quoi on a parlé, bu du café arabe et mangé des gâteaux aux dattes, toutes activités sociales normales en cet endroit. Le soir, dans mon petit appartement à une minute de marche du centre de santé de Caritas, j’ai lu le Rapport de suivi économique de la Banque mondiale au Comité de liaison ad hoc (Cisjordanie et Gaza), du 27 mai 2015.

Selon ce rapport :

  • Gaza a probablement le plus haut taux de chômage au monde ;
  • Chez les 15-29, le taux de chômage est de 60 pourcents ;
  • Plus d’un enfant sur trois souffre de troubles de stress post-traumatique ;
  • Seuls 5 à 10 pourcents des eaux de l’aquifère à Gaza sont potables ; 100 millions de litres d’eaux usées sont chaque jour rejetés dans la mer ;
  • 80 pourcents de la population dépend de l’aide humanitaire ;
  • 37 pourcents vit sous le seuil de pauvreté ;
  • Le manque de logement suite aux destructions massives de la dernière guerre et au haut taux de natalité implique qu’en moyenne, trois personnes partagent une petite chambre, alors que des milliers vivent encore dans des écoles de l’ONU.

Le centre de soins est la plateforme de travail de Caritas à Gaza. Ses services normaux comprennent un dentiste, un médecin généraliste, un gynécologue, des infirmières, un technicien de laboratoire, un pharmacien et un psychologue.

Je suis partie avec l’équipe de la clinique mobile à Deir Al Balah, au centre de Gaza. Nous avons roulé le long d’une côte méditerranéenne trompeusement belle, car ses eaux sont polluées par les eaux usées. Les stations d’épuration ne fonctionnent pas à cause des graves dommages provoqués par les diverses guerres et des régulières coupures d’électricité dus au mauvais état des réseaux et à la pénurie de carburant.

À Deir Al Balah, Caritas organise hebdomadairement une clinique mobile dans les salles d’un édifice multifonctionnel. Hier, un jardin d’enfants, des activités pour des enfants plus grands, et un programme argent contre travail dans lequel les femmes cuisinent des gâteaux traditionnels qui sont ensuite donnés gratuitement aux foyers gérés par des femmes, le tout étant financé par diverse ONG, là où elles opèrent.

L’anormalité est devenue la norme

Les besoins des personnes sont tellement énormes et les projets sont si nombreux et variés que les interventions du genre sont presque perçues comme normales. À très large échelle, l’anormalité est devenue la norme. De telles interventions sont toutefois plus nécessaires que jamais et Caritas est sur la ligne de front dans sa réponse aux besoins extrêmes des personnes les plus vulnérables, en particulier à travers ses interventions médicales et psychologiques.

J’ai laissé l’équipe de la clinique à son travail et me suis dirigée à l’est, pour mieux voir la zone, accompagnée d’un médecin spécialiste de la santé publique. Nous avons passé à côté d’un camp de réfugiés, de petits lopins de terre cultivés et de bâtiments détruits durant la guerre de l’an dernier, où des personnes sont retournées vivre, dans les ruines de leurs maisons. Nous avons visité le « Cimetière anglais » de la première guerre mondiale et j’ai lu certaines épitaphes : des hommes âgés de 20, 22, 30 ans.Le cimetière est très bien entretenu, avec des fleurs, des palmiers et de l’herbe verte en plein centre d’une bande deGaza frappée par la pauvreté, surpeuplée où les hommes, les femmes et les enfants meurent encore dans la violence de la guerre et de ses conséquences.

100 millions de litres d’eaux usées pénètrent chaque jour dans la mer à Gaza. Crédit : Caritas Jérusalem

100 millions de litres d’eaux usées pénètrent chaque jour dans la mer à Gaza. Crédit : Caritas Jérusalem

Ensuite, nous avons roulé vers un camp de réfugiés apparemment oublié vers la frontière égyptienne. Un résident nous a dit qu’ils n’ont pas d’eau potable, qu’il n’y a pas de clinique au camp et pratiquement pas de transports. Aucune voiture sur les routes. Pas de travail et pas d’argent. Nous n’avons pas eu le temps de visiter un foyer, mais nous y reviendrons.

De retour au calme dans mon appartement, en repensant à cette journée moyenne de travail, je sentais que ce que j’avais vu était un échantillon approfondi de la vie ici, qui est loin de ce que la plupart des gens pourrait considérer comme la norme : de la proximité du cimetière anglais aux maisons bombardées, le contraste éclatant entre la beauté du cimetière et ses environs frappés de pauvreté ; l’état d’oubli de ce camp sur la frontière d’où l’on peut voir la mer Méditerranée, la résilience des personnes malgré cette pauvreté dévorante dans laquelle la plupart vivent ; l’adaptation aux coupures d’électricité – les femmes se lèvent la nuit pour laver leurs habits et pomper de l’eau dans des réservoirs sur le toit ; le désespoir des jeunes, qui se languissent de travailler et de gagner leur vie, mais dont le potentiel pour contribuer à l’économie et la reconstruire est bloqué, et les enfants innocents traumatisés par la guerre.

Comme le dit le rapport, « bien que choquants, ces faits ne rendent pas idée de la difficulté des conditions de vie de presque tous les Gazouis depuis le blocage imposé par Israël en 2007… Les effets psychologiques du confinement (à cause des limitations de déplacement) ne sont pas clairs, pas plus que les effets sur le capital humain de la limitation des déplacements et de l’absorption limitée de connaissances qui en découle. »

[Tweet « Le peuple gazaoui, qui souffre depuis longtemps, a besoin de compréhension, d’aide et de soutien. »]

Ainsi, alors que j’en arrive à mon cinquième mois auprès de Caritas à Gaza, mon engagement envers sa mission s’est approfondi. Dans le contexte général des besoins extrêmes à Gaza, ce que Caritas fait est relativement peu, mais d’ici à qu’il y ait la paix, des frontières ouvertes, une liberté de mouvement, un investissement et un développement, ce peuple gazaoui qui souffre depuis si longtemps a besoins de compréhension, d’aide et de soutien et je suis reconnaissante que Caritas soit ici pour canaliser l’aide matérielle à laquelle des personnes du monde entier contribuent, pour certaines de ces personnes d’entre les plus pauvres et vulnérables.

De nouveau, pour citer le rapport : « Le statut de Gaza est insoutenable et pourrait avoir d’ultérieures conséquences socio-économiques et, enfin, humaines. Le chômage et la pauvreté ont atteint des taux vertigineux et la qualité de vie pour la plus grande majorité des Gazaouis est à peine supportable. »

Le pape François a rappelé aux délégués de Caritas lors de leur récente réunion à Rome que ceux qui vivent la mission de Caritas ne sont pas de simples travailleurs caritatifs, mais de vrais témoins de Christ. Ceux qui soutiennent son travail partagent de la même manière cette mission et ce témoignage.

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