Les affaires religieuses lors des crises

« La foi est importante pour les personnes, et plus encore lors d’une urgence », tel fut le message lancé à l’occasion de la rencontre sur le rôle des organisations confessionnelles organisée par C.I. le 8 octobre dernier au siège de l’ONU à Genève. Cette réunion s’est tenue en amont du Sommet Humanitaire Mondial de l’ONU prévu les 23 et 24 mai 2016 à Istanbul, qui vise à adapter le système humanitaire afin qu’il soit en mesure de répondre aux besoins des personnes frappées par des crises, dont le nombre a doublé au cours de la dernière décennie.

Une messe dans la cathédrale de Bossangoa en République Centrafricaine, où 50.000 personnes ont trouvé refuge en novembre 2013. Caritas a travaillé avec l’UNICEF pour apporter de l’aide. Source : Matthieu Alexandre/Caritas

Une messe dans la cathédrale de Bossangoa en République Centrafricaine, où 50.000 personnes ont trouvé refuge en novembre 2013. Caritas a travaillé avec l’UNICEF pour apporter de l’aide. Source : Matthieu Alexandre/Caritas

Des dirigeants d’organisations Caritas de l’Ukraine, de la République Centrafricaine, du Népal et du Liban ont souligné à Genève le rôle vital joué par les organisations confessionnelles pour assurer la protection et réduire les souffrances, mais aussi à quel point elles sont souvent laissées de côté par la communauté internationale élargie.

« Il n’y avait aucun orateur appartenant aux organisations confessionnelles parmi les 26 orateurs de la société civile invités à participer aux séances plénières de l’Assemblée Générale de l’ONU, il y a deux semaines », a affirmé Michel Roy, Secrétaire Général de Caritas Internationalis. « Nous espérons que notre engagement concret et effectif sera reconnu et contribuera à faire évoluer le système international, y compris en matière de financement des opérations. »

Avant, pendant et apres

« Nous faisons partie des communautés que nous servons », dit le Père Pius Perumana, Directeur de Caritas Népal. « Tels des pèlerins qui accompagnent les gens tout le long de leur vie, nous sommes là, avant, pendant et après les urgences ».

Les mosquées, les temples, les églises et les synagogues sont souvent les lieux où les gens frappés par une crise trouvent refuge pour être en sécurité et recevoir de l’aide. Lorsqu’un conflit a déchiré la République Centrafricaine,

« les institutions ecclésiales de Bossangoa sont devenues un havre de paix pour plus de 50.000 personnes, tandis que la communauté musulmane a trouvé refuge dans une école publique », écrit l’évêque de Bossangoa, Mgr. Nestor Désiré Nongo, dans un message spécial adressé à Genève, vu qu’il a été empêché de participer à la réunion en raison de la reprise des violences dans son pays.

«Les institutions diocésaines telles que Caritas ont été les premières à réagir. Elles ont fourni de l’aide humanitaire sans aucune forme de discrimination », a déclaré l’évêque, mentionnant la Plateforme interconfessionnelle de la Paix qui a également beaucoup contribué à la reprise des relations nationales et intercommunautaires.

Toutefois, l’évêque regrette que les leaders religieux et les organisations musulmanes et chrétiennes aient été laissés de côté par la suite. Lorsque des arrangements secrets ont été conclus pour déplacer un groupe de musulmans d’une paroisse proche de Bangui, la capitale, et les conduire au Cameroun, les médias internationaux ont été invités à couvrir l’épisode, mais personne n’avait informé le curé de la paroisse « qui les avait protégés au péril de sa vie », dit l’évêque.

Lorsque le Secours Catholique a fourni des outils et des matériaux pour construire des abris dans un camp de réfugiés à Calais, ils s’en sont servis pour bâtir cinq mosquées et une église. Source : Elodie Perriot/Secours Catholique

Lorsque le Secours Catholique a fourni des outils et des matériaux pour construire des abris dans un camp de réfugiés à Calais, ils s’en sont servis pour bâtir cinq mosquées et une église. Source : Elodie Perriot/Secours Catholique

Les organisations confessionnelles couvrent une large gamme d’intervenants, allant des congrégations aux sociétés locales de bienfaisance, des organisations à but non lucratif à des réseaux internationaux complexes. Il peut s’avérer difficile de savoir qui mobiliser et de quelle manière. Qui plus est, les leaders religieux et des communautés locales peuvent se sentir décontenancés par le « jargon de l’aide » et a bureaucratie technique qui accompagne l’arrivée des fonds. Par ailleurs les donateurs préfèrent investir de sommes importantes sur un projet déterminé, mais souvent les organisations confessionnelles travaillent à une échelle plus modeste.

Les préjugés entrent également en ligne de compte, car les organisations confessionnelles sont présumées vouloir aider seulement les personnes de leur propre religion, ou se servir de l’aide pour en convertir d’autres. « Caritas sert les personnes sur la base de leurs besoins : la majorité des bénéficiaires n’est pas catholique », dit Suzanna Tkalec, Directeur humanitaire de Caritas Internationalis. « Caritas ne fait pas de prosélytisme ».

Le fait de pouvoir pratiquer leur religion au coeur d’ une urgence est important pour les personnes sinistrées. Lorsque le Secours Catholique a fourni aux réfugiés et aux migrants des outils et des matériaux pour construire des abris à Calais, ils s’en sont servis pour bâtir cinq mosquées et une église.

Valeur ajoutee

Lors de la pandémie de l’Ebola en Afrique Occidentale, Caritas a travaillé conjointement avec l’Organisation Mondiale de la Santé pour modifier ce qui était connu comme « Politique de gestion des dépouilles » et en faire des « Directives pour des enterrements dignes conformes aux normes de sécurité», en mettant celles-ci en œuvre sur le terrain.

« Donner à la famille la possibilité de voir le corps du défunt, s’assurer que la sépulture est correctement identifiée, permettre aux leaders religieux de prononcer des prières et donner aux familles l’option de jeter la première poignée de terre dans la tombe – constituent des motivations importantes pour encourager les familles à continuer à puiser des forces dans leur foi et à protéger d’autres membres de la famille d’une possible contamination », a dit Mgr. Robert Vitillo, Conseiller spécial pour la santé de Caritas Internationalis, basé à Genève.

Alors que le monde de l’aide internationale s’effondre sous le poids des efforts visant à aider de plus en plus de monde avec de moins en moins de moyens, il est clair qu’il n’y aurait que des avantages à ce que les organisations laïques et religieuses travaillent en partenariat. Et trouver la voie pour y arriver sera l’une des tâches primordiales du Sommet Humanitaire Mondial.

« Les opérateurs en première ligne dans une crise humanitaire seront les communautés, et parmi celles-ci les réseaux de l’Eglise, y compris la famille des organisations Caritas. Ces dernières sont locales, mais elles sont connectées à un réseau international qui assure la mise en place de normes et la responsabilisation », dit le Dr. Jemilah Mahmood, chef du Secrétariat de l’OMS. « Caritas est bien placée pour montrer comment nous pouvons mieux cibler la réponse humanitaire et le financement ».

Caritas Internationalis

Président : le Cardinal Luis Antonio Tagle
Secrétaire Général : Michel Roy

Caritas Internationalis
Palazzo San Calisto
Cité du Vatican
V-00120

Téléphone : + 39 06 698 797 99
Fax : + 39 06 698 872 37
Adresse e-mail : caritas.internationalis@caritas.va

Les bureaux sont ouverts du lundi au vendredi, de 8h30 à 17h00.

Si vous avez besoin de contacter un membre du personnel en-dehors des heures de bureau pour une urgence humanitaire, veuillez appeler le + 39 334 359 0700 ou envoyer un courriel à emergencies@caritas.va