L’oceanie en premiere ligne face au changement climatique

Un blog par Julianne Hickey, Directeur de Caritas Aotearoa Nouvelle -Zélande

Nous apprenons cette semaine que 2015 s’annonce comme l’année la plus chaude jamais enregistrée – avec des températures moyennes supérieures de presque 1° à la normale. Pour les habitants de certaines parties du monde, cela peut n’être qu’une donnée technique ou représenter un problème à l’avenir. Pour nous, en Océanie, c’est en train de devenir rapidement une question de vie ou de mort.

Alors que je fais mes valises et me prépare à quitter la Nouvelle-Zélande pour me rendre à la COP21, le Sommet des Nations Unies sur le Climat à Paris, je garde présentes à l’esprit des images de tant de personnes et de lieux, comme par exemple :

  • Les habitants des îles Carteret qui refont leur vie loin de leurs maisons traditionnelles en raison de la hausse du niveau de la mer ; ceux du Vanuatu, qui reconstruisent leurs vies après le passage du super-cyclone Pam.
  • Les populations indigènes d’Aotearoa qui se plaignent de la perte de vie sous-marine suite aux tests sismiques en mer à la recherche de pétrole ;
  • Les villageois de Kiribati qui reconstruisent des digues manuellement ;
  • Les enfants de Papouasie-Nouvelle Guinée-Guinée qui pêchent dans la mer de Bismarck, à côté du futur site d’un mine sous-marine.


« Je souhaite que je meure avant que ces îles sont couvertes par la mer. » Quatre-vingt-ans, John Sailık est né sur les îles Carteret. Photo par Nicholson / Caritas

Dans le Pacifique nous avons accueilli avec joie et soulagement l’encyclique « Laudato Si’ » du Pape François, où il a affirmé que le changement climatique était une des principaux défis que doit relever l’humanité aujourd’hui. Nous autres, dans le Pacifique, sommes en première ligne face au changement climatique.

Notre région a été durement frappée par trois super-cyclones en 2015. En mars le cyclone Pam a été la deuxième tempête plus intense jamais enregistrée dans la région. Des six nations du Pacifique sévèrement affectées, le Vanuatu a été le plus durement touché : 15.000 maisons ont été détruites et 70% de la population s’est trouvée affectée.

A présent, notre région subit un nouveau choc avec l’emprise sévère du phénomène El Niño – dont on prévoit qu’il provoquera des sécheresses dans la plupart des îles du Pacifique jusqu’au mois de mars, alors que Kiribati et Tuvalu devraient faire face à une pluviométrie supérieure à la normale, et l’ensemble de la région courra le risque d’être encore plus exposée aux cyclones. 90.000 personnes reçoivent déjà des rations alimentaires d’urgence au Vanuatu suite à l’effet combiné du cyclone Pam et d’El Niño, alors que Tonga prévoit la perte de 80% de la récolte locale de taro en raison du dérèglement climatique qui déclenche des conditions météorologiques extrêmes dans une grande partie de
la planète.

Caritas Nouvelle Zélande porte ces histories et d’autres à l’attention du monde à travers son travail de recherche et son plaidoyer sur l’environnement. Dans notre premier rapport Caritas, intitulé « L’état de l’environnement en Océanie » (https://www.caritas.org.nz/sites/default/files/PER_2015_web.pdf), publié le jour de la Saint-François (4 octobre) nous faisons entendre les voix des plus vulnérables. Elles méritent d’être entendues.

Nos voisins des atolls de faible altitude, tels que Kiribati et Tuvalu, nous ont raconté avoir subi cette année des marées de plus en plus fréquentes et violentes. Nos partenaires Caritas en Papouasie-Nouvelle Guinée parlent d’ un déplacement de personnes à grande échelle, suite à l’érosion côtière et aux crues. Toutefois nous disposons de trop peu de chiffres détaillés sur le nombre total de personnes touchées de cette manière dans le Pacifique.

Caritas réponse au cyclone Pam à Kiribati. Photo par Caritas Aotearoa Nouvelle-Zélande

Caritas réponse au cyclone Pam à Kiribati. Photo par Caritas Aotearoa Nouvelle-Zélande

Alors que des fonds sont mis à disposition pour la réparation des infrastructures, les gens ordinaires dans le Pacifique doivent se débrouiller comme ils peuvent. Par exemple, le village de Tebunginako, dans l’atoll Abaiang du Kiribati, est inondé chaque fois qu’arrive une forte marée. Les gens sont à présent habitués, et quand la marée arrive ils placent toutes leurs affaires en hauteur. «Pour eux, cela fait désormais partie de leur vie » , dit le Père Buutonga Nakuau, curé de la paroisse « Ils savent qu’ils ne pourront pas toujours continuer ainsi et sont donc à la recherche de nouvelles terres sur l’atoll, mais ils ont besoin de fonds pour les acheter. »

Le financement climatique est en train d’augmenter dans le Pacifique, mais est encore inférieur aux besoins. Les flux financiers qui arrivent dans les nations en développement constituent à peine 10% des sommes nécessaires. Bien qu’il y ait quelques très bons projets – tels que des plans d’aide pour fournir de l’énergie solaire totale aux îles les plus petites, telles que Tokelau et les îles Cook, il y a également quelques allocations contestables faites au nom du financement climatique.

Parmi celles-ci, l’allocation faite par le Programme gouvernemental d’aide de la Nouvelle-Zélande qui a versé $21.000 (€12.700) pour la construction d’une seconde jetée destinée aux navires de croisière dans les îles Cook, ou les plus de $5,5 millions (€3,3 millions) destinés à la réhabilitation de trois pistes d’aviation dans les îles Salomon, sous prétexte que cela devrait « réduire la charge de carburant ». Alors que ces projets pourront sans doute diminuer l’impact du changement climatique sur l’économie de ces pays, il est clair qu’ils n’aident pas les populations les plus vulnérables à faire face à l’érosion côtière, à la perte d’aliments ou d’eau, ou à se protéger des conditions météorologiques extrêmes.

Nous devons relever des défis importants, mais comme le rappelle le Pape François, « Tout n’est pas perdu ». Nous sommes encore capables de trouver des solutions qui protègent la Terre et tous ceux qui y vivent et dépendent d’elle. Le Sommet de Paris sur le climat sera un moment décisif pour trouver cette solution. J’ai hâte de faire entendre toutes ces voix à Paris.

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