La peur et la faim gagnent le Burundi

« Tout le monde a peur », raconte Joan, qui habite l’un des quartiers sensibles de la capitale du Burundi, Bujumbura. « À 18 h, les magasins ferment, les rues se vident et chacun rentre chez soi, se cache. Nous vivons dans la peur, car nous avons vu des personnes se faire tuer. »

Depuis que le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, a décidé en avril 2015 de briguer un troisième mandat controversé, le pays est plongé dans le chaos. Le drame politique a provoqué des manifestations sanglantes dans les rues et une tentative échouée de coup d’État. Le pays s’est retrouvé plongé dans la pire crise depuis la fin de la guerre civile en 2003.

Clare est une étudiante de 26 ans qui vit à Bujumbura avec ses deux plus jeunes sœurs. « Mes deux sœurs et moi avons été élevées par nos deux grands frères après la mort de nos parents dans les années 90. Marcus, l’aîné, a toujours été comme un père pour nous. »

Le jeune homme âgé de 32 ans travaillait comme journaliste pour la Radio Télévision Renaissance. Il n’était pas dans la politique, mais sa profession a fait de lui une cible de choix pour les répressions qui ont touché les médias indépendants l’année dernière. « J’avais très peur qu’il se fasse prendre à cause de son travail », confie Clare, « mais Marcus ne voulait pas quitter le Burundi. Il ne voulait pas laisser ses sœurs. »

Fear and hunger stalk Burundi

The political crisis in Burundi has caused an economic crisis and pushed people into poverty. Caritas Burundi is providing food, covering health costs and plans to scale up. Photo by Nicholson/Caritas

Marcus a été mis en garde à vue en mai, lors d’une rafle de journalistes. Il a été grièvement blessé lors de l’arrestation. « Sa jambe était dans un sale état. Elle s’est infectée. Il ne pouvait plus marcher. Il n’a pas pu être soigné. Nous étions morts d’inquiétude pour lui. »

L’élection a eu lieu et le président sortant l’a emporté par une victoire écrasante, sans grande surprise. La victoire n’a pas mis fin aux violences à Bujumbura. Au contraire, la police a répondu brutalement aux protestations, en allant de maison en maison arrêter les activistes de l’opposition.

« Mon autre frère Eric s’occupait désormais de nous », raconte Clare. « Un soir d’octobre, des hommes armés sont entrés dans la maison. Il était en train de dîner en famille. Ils lui ont tiré dessus. Il n’était pas dans la politique. Il était juste chauffeur de bus. »

Plus de 250 000 personnes ont fui leur maison depuis le début des violences et l’immense majorité d’entre elles s’est réfugiée dans les pays voisins au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et en République démocratique du Congo.

« Nous nous sommes senties visées », confie Clare, « mais nous n’avions nulle part où aller et nous n’avions aucun argent. C’était horrible. Les bruits de grenades et de tirs résonnaient à tout moment. Nous restions enfermées dans la maison ou chez des voisins. »

Un soir, alors qu’elles étaient chez des amis, leur maison a été incendiée. Puis en décembre, le corps de leur grand frère Marcus a été retrouvé mort.

« Nous n’avions ni maison ni argent. Nous vivions avec la peur au ventre. Certains jours, nous réussissions à avoir quelque chose à manger, mais d’autres nous n’avions rien. Nos voisins nous ont aidées quand ils le pouvaient. » « Quelqu’un nous a dit de venir à Caritas. Ils nous ont aidées à louer un appartement et nous ont donné à manger. »

La réponse de la communauté internationale à la crise politique du Burundi a été de suspendre l’aide au développement au gouvernement. Le Burundi est l’un des pays les pauvres au monde. Le dernier Indice de Développement Humain a classé le pays en 184e position. Un cinquième des revenus du pays provient des aides de l’étranger, avec les secteurs de l’agriculture et de la santé qui dépendent essentiellement d’une aide extérieure.

« La suspension de l’aide et la crise économique née de l’incertitude politique ont engendré une crise humanitaire », explique le secrétaire général de Caritas Burundi, Abbé Jean Bosco Nintunze. « Les gens sont obligés de mendier dans les rues de Bujumbura, les patrons licencient et les entreprises sont laissées à l’abandon, les Burundais vont tenter leur chance au Mozambique et en Zambie. »

Jean, veuf et père de quatre enfants, vit à Bujumbura. Il s’est fait tabasser en octobre alors qu’il revenait de la messe du dimanche, mais pour lui « la pauvreté est pire que la peur ».

« Mon fils aîné Derrick était membre de l’opposition, il travaillait avec des jeunes. Je ne m’en souciais pas plus que cela, car l’opposition était le courant majoritaire », raconte Jean. « Mais lorsque les protestations ont commencé, la police a pris pour cible les jeunes hommes. Il a fui le Burundi en juin pour se rendre au Kenya. »

Son fils était diplômé de l’université et faisait vivre la famille. « Maintenant, nous ne faisons qu’un repas par jour », confie le père de famille. « Sans Caritas Bujumbura, je ne pourrais pas nourrir ma famille. Caritas distribue du riz, des fèves, de l’huile. Sans cette aide, je serais obligé de mendier dans la rue. »
En plus de donner de la nourriture aux familles vulnérables, Caritas a également aidé les patients dans le besoin qui ne pouvaient honorer leurs frais d’hôpitaux.

Caritas helps Daphne, 23, pay for medical treatment for her badly injured leg. Photo by Nicholson/Caritas

Caritas helps Daphne, 23, pay for medical treatment for her badly injured leg. Photo by Nicholson/Caritas

Delphine, âgée de 23 ans, devait entamer un nouveau grade dans ses études de médecine à l’université lorsque la crise a éclaté. Elle vivait avec des cousins et ils lui ont demandé d’emmener leurs enfants au Rwanda. Une fois là-bas, elle a été grièvement blessée à la jambe. Elle n’avait pas d’argent pour se faire soigner convenablement et la blessure s’est aggravée.

Elle est retournée à Bujumbura, pour se faire opérer à l’hôpital. Ici non plus, elle n’avait pas les moyens de payer l’opération. L’hôpital a refusé de la laisser partir. « Caritas a fini par payer mes factures », confie-t-elle. « Ils m’ont ensuite trouvé un endroit pour que je me rétablisse. »

Caritas Burundi prévoit d’augmenter sa réponse, en aidant les jeunes hommes dans l’agriculture, en améliorant les mesures de protection pour les personnes vulnérables et en prêtant main-forte au réseau de centres médicaux de l’Église. « Face à ces décès, à ces souffrances et à cette détresse, face à ce déplacement forcé des habitants et à l’impact économique, nous avons besoin d’aide », déclare Mgr Bonaventure Nahimana, l’Evêque de Rutana.

« Nous espérons que le monde sera un Bon Samaritain pour les vulnérables, les traumatisés, les enfants qui ont vu de telles horreurs et les victimes de la violence », a-t-il exprimé lors de la réunion internationale des organisations Caritas des 27 et 28 janvier derniers à Bujumbura.

Caritas s’investira également pour le rétablissement de la paix, par son action de plaidoyer national et international. Caritas Burundi invite vivement les organisations Caritas du monde entier à dialoguer avec leurs gouvernements.

Dans un pays marqué par deux génocides et une guerre civile de 13 ans au cours des cinquante dernières années, Monseigneur Nahimana estime qu’il est vital de rétablir la paix.

« La crise au Burundi est l’une des plus aiguës dans le monde », rapporte-t-il. « Si nous n’agissons pas maintenant, nous maximisons les risques de génocide, d’émeutes qui pourraient s’étendre aux pays voisins et de déplacement apocalyptique de la population. »

Caritas et l’Église catholique du Burundi ont dénoncé la violence et la violation des droits de l’homme. « Tous les aspects du conflit doivent être présentés à la table de discussion », déclare l’Évêque. « Ils doivent privilégier les intérêts communs des Burundais plutôt que de défendre leurs propres positions.

Nous devons parler d’une même voix pour dénoncer cette violence, cette violation des droits de l’homme et cette haine. Nous appelons au dialogue, à la paix et à la réconciliation. La démocratie et les droits de l’homme ne pourront jamais être anéantis. »

Tous les noms des témoins ont été changés.

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