Caritas demande que plus d’actions soient prises pour protéger la santé mentale des enfants refugies syriens

Malak, une petite réfugiée syrienne de six ans, est hantée par ses cauchemars.

Après le bombardement de sa maison et l’agression de sa famille, elle a été contrainte de fuir au Liban. Elle a vu son oncle et son grand-père se faire tuer par des terroristes et son père se faire enlever. Aujourd’hui, Malak refuse de dormir toute seule.

Sabah, elle aussi âgée de six ans, avait l’habitude de jouer dans un champ à côté de sa maison à Homs. Cet endroit de verdure fait maintenant office de fosse où s’entassent les corps des combattants. Elle aussi a du mal à dormir. Elle a peur qu’il y ait des monstres dans sa maison.

Beaucoup d’enfants réfugiés montrent néanmoins des symptômes de traumatisme, avec des flashs du passé et des cauchemars. Photo par Khaury/CLMC

Beaucoup d’enfants réfugiés montrent néanmoins des symptômes de traumatisme, avec des flashs du passé et des cauchemars. Photo par Khaury/CLMC

Plus de 1,2 million de Syriens ont cherché asile au Liban depuis que le conflit a éclaté en 2011. Malak et Sabah sont 2 des 486 enfants réfugiés de Syrie à avoir participé à une étude menée par le Centre des Migrants de Caritas Liban (CLMC). Cette enquête visait à déterminer l’impact de la crise sur la santé mentale et le bien-être des enfants déplacés.

L’étude, menée en 2015, a révélé que la crise avait eu de graves conséquences sur les enfants syriens vivant au Liban.

Même si la plupart des enfants n’avaient pas été physiquement blessés par le conflit en Syrie, la perte de stabilité et les changements dans leur vie, à la maison et à l’école, ainsi que la perte de leurs biens, ont engendré des traumatismes, rapporte l’étude.

« Nous sommes particulièrement inquiets pour les victimes innocentes de la crise des réfugiés syriens », déclare le Père Paul Karam, président de Caritas Liban. « Les enfants n’ont rien à voir avec ce conflit, et pourtant ils en payent lourdement les conséquences. Ils ont survécu à une violence terrible qui leur a volé leur innocence. »

Depuis que le conflit syrien a éclaté, Caritas a toujours été en première ligne pour apporter son aide. Pendant ces cinq années de crise, le CLMC a aidé plus de 330 000 réfugiés. L’afflux massif de réfugiés a épuisé les ressources du Liban et attisé des tensions sociales.

Plus de la moitié des réfugiés syriens (56 %) au Liban sont mineurs. Alors que seulement un enfant sur dix interrogés a été blessé dans le conflit avant d’arriver au Liban, beaucoup d’enfants réfugiés montrent néanmoins des symptômes de traumatisme, avec des flashs du passé et des cauchemars.

Les résultats ont révélé que 67 % des enfants interrogés avaient assisté à des bombardements et que 37 % avaient vu ou entendu des personnes se faire tuer. Près d’un tiers des enfants ont rapporté se sentir stressés ou angoissés. 37 % ont dit avoir des flashs et 28 % faisaient des cauchemars.

« Au Liban, ils sont déplacés et tentent de vivre leur enfance dans des conditions difficiles, » témoigne le Père Karam. « Il est évident que le conflit aussi bien que la migration ont causé de profondes blessures qui les marqueront pour le reste de leur vie ».

L’étude a nécessité une approche sensible de l’équipe de CLMC. Une équipe de psychologues spécialisés et de travailleurs sociaux ont interrogé les enfants individuellement avec une extrême précaution et rassemblé des groupes de discussion avec les parents dans des lieux sûrs.

Bruno Atieh, directeur de CLMC, a affirmé que la crise syrienne pouvait avoir des conséquences à la fois immédiates et aussi sur le long-terme, affectant le bien-être et le développement des enfants.

« Au Centre des Migrants de Caritas Liban, nous avons pu constater par nous-mêmes l’impact négatif d’une crise sur le bien-être social et psychologique des réfugiés », explique M. Atieh.

« Les réfugiés souffrant de traumatismes peuvent se sentir désarmés et incapables de prendre des décisions sensées sur leur vie. »

D’après l’étude, il existe quelques prédispositions sur la manière dont les enfants développaient des traumatismes ou les surmontaient. Entre 10 et 15 % des enfants présentaient des comportements antisociaux.

Toujours selon l’étude, « le plus inquiétant concernait 9 % des enfants, qui disaient avoir perdu tout espoir et pensaient à se faire du mal ».

La vie de famille est la force principale des enfants réfugiés syriens et ils considèrent leurs familles comme une source constante de soutien. L’étude a constaté que l’inscription à l’école n’avait pas nécessairement amélioré la santé mentale des enfants, mais qu’elle avait favorisé un meilleur comportement et des liens sociaux.

« Si les enfants ont la possibilité de jouer dans des lieux sûrs, ils auront plus de chances de surmonter certaines difficultés psychologiques auxquelles ils sont confrontés ». Photo par Khaury/CLMC

« Si les enfants ont la possibilité de jouer dans des lieux sûrs, ils auront plus de chances de surmonter certaines difficultés psychologiques auxquelles ils sont confrontés ». Photo par Khaury/CLMC

Certains enfants réfugiés ont toutefois rapporté avoir été victimes d’ostracisme ou de brimades de la part d’élèves libanais. Pire encore, certains professeurs se sont parfois eux aussi comportés de manière abusive, face au surnombre d’élèves et de demandes.

L’étude a révélé que les enfants souffraient d’isolement social lorsqu’ils devaient rester à la maison pour aider leurs familles.

« Les enfants ont besoin de récréation et de jeux pour se développer », indique l’étude. « Si les enfants ont la possibilité de jouer dans des lieux sûrs, ils auront plus de chances de surmonter certaines difficultés psychologiques auxquelles ils sont confrontés ».

Caritas croit fermement que davantage d’actions doivent être entreprises pour protéger les enfants réfugiés syriens qui souffrent de graves traumatismes et de problèmes de santé mentale.

L’organisation exhorte le HCR à augmenter l’aide pour les familles syriennes et libanaises vulnérables et à veiller à ce que les réfugiés aient accès aux services de protection pour enfants.
Caritas appelle également le gouvernement libanais à adopter une politique de « tolérance zéro » sur la discrimination et les abus et à veiller à ce que les professeurs soient correctement formés pour aider les enfants qui ont besoin d’aide.

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