Femmes dirigeantes de Caritas

Journée internationale des femmes, 8 mars 2018

Six femmes dirigeantes catholiques. Six rôles importants à Caritas.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes ce 8 mars, six femmes dirigeantes de Caritas de par le monde parlent de comment elles cherchent à faire avancer les droits des femmes et à modifier le rapport de forces entre les sexes.

De la formation de femmes à la protection d’habitats précieux en Océanie, en passant par l’aide aux femmes migrantes en Algérie, les femmes de toutes les Caritas ouvrent la voie à un monde plus égalitaire.

Marina Almeida,
Caritas Cap-Vert

Larissa Franz, Caritas Finlande

Sihem Sindt,
Caritas Algérie

Sœur Emma Lee,
Caritas Taiwan

Josephine S. Fiu,
Caritas Samoa

Cristina dos Anjos,
Caritas Brésil

Marina Almeida
Secrétaire Générale de Caritas Cap-Vert

“C’est bien plutôt une question de justice.”

Cela fait 21 ans que je suis Secrétaire Générale de la Caritas cap-verdienne.

Ce que j’aime dans mon travail, c’est de relever des défis. C’est le fait de transformer des structures et de débloquer des situations de status quo pour le compte des personnes nécessiteuses qui me motive et me donne de l’énergie, et non pas de me conformer aux situations.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Que le forum soit un espace de réflexion, de construction d’idées autour d’actions qui peuvent chambouler « l’ordre établi », dans un souci d’équilibre et d’équité.

Il devrait conduire à une plus grande participation féminine aux postes de direction dans l’ensemble des Caritas, à tous les niveaux : international, national, diocésain et paroissial.

Pensez-vous qu’il faille davantage de femmes aux postes de direction dans votre agence Caritas et si oui, comment faire avancer les choses en ce sens ? Quelle différence cela comporterait-il pour votre poste de travail, et pour les personnes que nous servons ?

Notre Caritas a la particularité d’être constituée essentiellement de femmes. Cela a été un choix délibéré de nos évêques dès sa création. Il nous manque des hommes dans les structures de décisions, en particulier au niveau national et diocésain. Donc ici au Cap-Vert, il nous faudrait plutôt travailler pour une plus grande participation des hommes. 

Pensez-vous que nous en sommes à un virage culturel sur la question de l’égalité hommes-femmes ?

J’ai suivi les mouvements au niveau national, tout comme au niveau international et dans l’Église. Il n’est désormais plus possible de voir l’égalité des possibilités entre hommes et femmes comme une simple question culturelle. C’est bien plutôt une question de justice. Nous devons travailler pour changer les mentalités et établir un équilibre entre hommes et femmes qui se baserait sur l’équité.

Larissa Franz
Secrétaire Générale de Caritas Finlande

“Et ensemble, nous sommes plus fortes.”

Je suis Secrétaire Générale de Caritas Finlande depuis 2016. Caritas a toujours fait partie de ma vie depuis que je suis adulte. J’ai d’abord rejoint Caritas en tant que volontaire, avant de travailler à des projets, puis au conseil d’administration et finalement j’ai atteint le poste de Secrétaire Générale.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?

Ce qui me motive, c’est de travailler pour la justice sociale, de faire tout mon possible pour travailler pour les personnes et pour être leur voix.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Ce forum, c’est l’union des voix des femmes. Et ensemble, nous sommes plus fortes.

Pensez-vous qu’il faille davantage de femmes aux postes de direction dans votre agence Caritas et si oui, comment faire avancer les choses en ce sens ? Quelle différence cela comporterait-il pour votre poste de travail, et pour les personnes que nous servons ?

Mon rêve serait d’avoir un programme de leadership pour les femmes au sein de Caritas, qui transmettrait aux filles et aux femmes les valeurs du leadership, afin de leur donner l’occasion de devenir elles-mêmes dirigeantes, à Caritas ou dans la société.

Pensez-vous que nous en sommes à un virage culturel sur la question de l’égalité hommes-femmes ?

Venant d’un pays européen et d’un contexte nordique, je vois beaucoup d’exemples de femmes assumant des postes à responsabilité. Certains modèles vieux jeu persistent certes, mais beaucoup de choses ont bien avancé.

Je suis moi-même mère active de trois enfants. Et cela, c’est possible grâce au soutien de notre société (possibilités d’études, services de garde et bon système scolaire) et aussi grâce à mon mari. Pour que les familles soient fortes, il faut le soutien de la société.

Sihem Sindt
Consultante pour Caritas Algérie

« Les femmes ont toujours été au cœur des actions menées par Caritas Algérie »

Je suis experte en stratégie de développement des organisations humanitaires et sociales. Je soutiens Caritas Algérie dans son développement institutionnel et dans le développement de ses projets depuis près de trois ans.

Ce qui me passionne dans mon travail, c’est le côté humain des transitions et des changements institutionnels. Pour cela, il faut tenir compte des temporalités de chacun et des enjeux pour chaque acteur.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Le développement humain intégral, une cause incontournable de nos jours. Par conséquent, repenser la position et le rôle des femmes au sein du réseau mondial Caritas me semble plus que pertinent.

Pensez-vous qu’il faille davantage de femmes aux postes de direction dans votre agence ?

Les postes à responsabilité à Caritas Algérie sont occupés tant par des hommes que par des femmes. Quatre-vingt-dix pour cent du personnel au niveau national sont des femmes. La coordination nationale est féminine et la trésorerie est elle aussi tenue par une femme. Sur les quatre Caritas diocésaines, trois directeurs sont des hommes, contre une seule femme. Les équipes opérationnelles sont constituées essentiellement de femmes.

D’autre part, le Conseil national, qui est l’organe pour les décisions politiques et stratégiques, est exclusivement masculin, puisqu’il est constitué des évêques, de leurs vicaires généraux et du Secrétaire Général de Caritas Algérie. La seule exception dans cet espace de gouvernance est l’agente de soutien pour le développement stratégique de Caritas Algérie (moi-même).

Pensez-vous que nous en sommes à un virage culturel sur la question de l’égalité hommes-femmes ?

Je pense que les changements sociaux et environnementaux sont indéniables et que cela a inévitablement un impact constant sur l’évolution du rôle des femmes et des hommes dans nos sociétés. La temporalité des changements varie en fonction du contexte culturel et environnemental du pays ou de la région, mais le changement est inéluctable.

Y a-t-il une histoire de lutte de Caritas contre les injustices envers les femmes dans le monde qui ait eu un impact profond sur vous ?

Les femmes ont toujours été au cœur des actions menées par Caritas Algérie depuis 1962. Déjà lorsqu’on est femme en Algérie, il est difficile de faire valoir ses droits, mais lorsqu’on est femme, chrétienne, subsaharienne sans papiers et enceinte de six mois, c’est quasiment mission impossible.

L’équipe de Caritas Algérie a aidé une jeune femme dans cette situation à regagner son humanité perdue, après avoir été victime d’un viol collectif durant sa traversée du désert. Elle a été soignée, rassurée et accompagnée par une équipe médicale durant toute sa grossesse. Trois mois plus tard, elle a donné vie à une petite fille.

Sœur Emma Lee
Directrice de Caritas Taiwan

« Nous sommes témoins de l’amélioration de leur amour-propre, ce qui est très gratifiant. »

Cela fait 30 ans que je travaille à Caritas.

J’adore travailler avec les pauvres, pour les pauvres. Je m’inspire dans mon travail de Saint-Vincent de Paul. Et pour moi, la meilleure partie de mon service aux personnes et de voir la dignité de quelqu’un lui être restituée.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Je pense que cela encouragera les femmes à s’impliquer davantage dans le travail de l’Église.

Pensez-vous qu’il faille davantage de femmes aux postes de direction dans votre agence ? Quelle différence cela comporterait-il pour votre poste de travail, et pour les personnes que nous servons ?

Je pense que les femmes ont un grand potentiel, qui n’est pas encore pleinement exploité. Les femmes ont des forces propres qui les rendent capables de faire la différence dans la vie des personnes.

Y a-t-il une histoire de lutte de Caritas contre les injustices envers les femmes dans le monde que vous aimeriez partager avec nous ?

Caritas Taiwan travaille d’arrache-pied pour les droits des travailleurs migrants dans le pays. Une des histoires à succès de notre travail de plaidoyer est d’avoir vu la loi sur les services domestiques modifiée à Taiwan. La nouvelle loi protège ainsi les travailleurs domestiques en termes d’heures de travail, de journées de repos et de salaire minimum.

Ici, cinquante pour cent des travailleurs migrants sont des femmes, et trente-sept pour cent travaillent dans le secteur des services, en tant que concierges et travailleuses domestiques. Nous organisons des cours de langue pour les aider à s’intégrer dans notre culture et dans nos familles.

Nous envoyons aussi des volontaires travailler auprès des femmes, dans le cadre d’un programme de santé publique qui aide les femmes à regagner leur dignité et à améliorer leur formation. Nous sommes témoins de l’amélioration de leur amour-propre, ce qui est très gratifiant.

Josephine Stowers Fiu
Bénévole, Caritas Samoa

« Les campagnes ont transformé des femmes en dirigeantes. C’est un véritable accomplissement. »

J’ai rejoint Caritas Samoa il y a moins d’un an, après 15 années passées en tant que juriste en ressources naturelles et droit environnemental. J’ai passé 12 belles années au gouvernement, où j’ai pu  faire avancer des questions liées à l’environnement et au changement climatique, ainsi qu’à la justice sociale et au développement communautaire.

Je suis excitée à l’idée d’offrir mon expérience pour faire pression pour faire des progrès et de la sensibilisation aux questions féminines dans la région Océanie.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?

Une chose que j’aime bien dans mon travail, c’est les perspectives positives que les communautés ont vis-à-vis de leurs propres ressources naturelles. Elles aiment vraiment apprendre et partager leur savoir, et sont toujours en quête de nouveaux moyens de protéger leur droit à ces ressources, pour devenir de meilleures gardiennes de leur environnement. C’est particulièrement vrai pour les femmes, qui sont le vrai socle des foyers.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Je pense que ça pourrait être une bonne plateforme pour promouvoir les questions féminines, et pour améliorer le soutien aux initiatives aidant les femmes à mobiliser leurs ressources. Cela pourrait aussi stimuler les programmes déjà en place dans les communautés locales.

Ce forum pourrait aussi offrir davantage de possibilités d’autonomisation aux filles et aux femmes pour qu’elles deviennent davantage présentes aux postes de direction dans toutes les facettes de la société, que ce soit dans la politique, dans les places de travail ou dans les communautés.

Quelle différence le fait d’avoir plus de femmes aux postes de direction de votre travail ferait-il pour vous et pour les personnes que nous servons ?

Caritas Samoa est dirigée par une femme (Monica Sio), tout comme Caritas Nouvelle-Zélande (Julianne Hickey). Je ne crois pas que la présence de plus de femmes à Caritas ferait une différence substantielle pour les personnes que nous servons, parce que tant que Caritas promeut ce que le pape François appelle un « engagement constant pour les problèmes de la société », je pense que le sexe n’est pas vraiment important.

Pensez-vous que nous en sommes à un virage culturel sur la question de l’égalité hommes-femmes ?

Personnellement, je ne pense pas que la question de l’égalité hommes-femmes ait provoqué un tournant culturel dans notre région, l’Océanie. Cela a plutôt comporté une sensibilisation au thème et une meilleure compréhension de ces questions, ainsi que l’appréciation du rôle des femmes en général. Le seul domaine où il y a carence de présence féminine reste la politique.

Avez-vous perçu des avancées dans la promotion de la femme ?

À Samoa, la coutume veut que pour avoir une position en politique, il faille d’abord être dirigeant. La plupart des dirigeants sont des hommes, ce qui fait qu’en général notre région compte une très faible participation féminine à la politique. Mais ces dernières années, des campagnes ont conduit à un fort mouvement d’autonomisation des femmes leur permettant de devenir dirigeantes et membres du parlement. C’est là un véritable accomplissement.

Cristina dos Anjos
Conseillère technique nationale, Caritas Brésil

“C’est crucial pour que les choses continuent d’avancer sans être ralenties. »

Cela fait 28 ans que je travaille à Caritas.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?

J’aime la possibilité que Caritas me donne d’intégrer la spiritualité à l’action sociale. Cela signifie que nous pouvons amener une dimension de soin pastoral dans le travail que nous faisons.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans l’idée d’un forum des femmes de Caritas ?

Ce forum est pour Caritas Internationalis un espace de discussion sur l’importance des femmes, de leur contribution spécifique et de la position qu’elles occupent au sein du réseau.

Pensez-vous qu’il faille plus de femmes aux postes de direction de votre agence Caritas ?

Il y a déjà une présence féminine significative aux postes de direction et de prise de décisions depuis 18 ans, ici à Caritas Brésil. C’est crucial pour que les choses continuent d’avancer sans être ralenties. Nous devrions poursuivre la réflexion sur le thème de l’égalité des sexes au sein du réseau Caritas, et veiller à ce que les hommes et les femmes jouissent effectivement des mêmes possibilités de participation.

Cette dynamique pourrait enrichir notre travail et notre personnel, et nous permettre d’améliorer encore la qualité de notre travail envers les communautés que nous aidons.

Pensez-vous que nous en sommes à un virage culturel sur la question de l’égalité hommes-femmes ?

Je pense que le changement s’est produit petit à petit depuis un certain temps. Nous avons encore beaucoup d’obstacles à surmonter. Certes, beaucoup de choses ont déjà changé, mais il reste énormément à faire.

Avez-vous perçu des progrès pour les femmes durant votre propre carrière ?

Dans le monde entier, les femmes de Caritas s’efforcent constamment d’être au front dans la lutte pour l’amélioration des conditions de vie de toutes les personnes.

Voilà pourquoi il est tellement important et nécessaire pour notre Confédération de continuer à se concentrer pour que la voix des femmes soit entendue dans les processus décisionnels, tant au niveau local que mondial.