Mauvaise nouvelle pour les réfugiés burundais au Rwanda

Le projet EA 13/2017 prend fin avec ce mois d’avril 2018. Ce projet, qui se situe dans la continuité des EAs précédents en faveur des réfugiés burundais, a été lancé le 1er mai 2017 par la Caritas Rwanda par l’intermédiaire de Caritas Internationalis pour fournir une assistance nutritionnelle à 3 220 personnes vulnerables (dont 1 150 personnes âgées de plus de 60 ans, 770 personnes handicapées, 1 300 malades chroniques ou vivant avec le VIH Sida) et une assistance à 200 personnes du même camp nécessitant un appui psychosocial ainsi qu’une aide à 1 000 femmes chefs de ménages regroupées et formées en associations d’épargne et de crédits internes et en aménagement de jardins potagers.

Pour cela, le projet avait prévu un budget de 645 000 euros. Mais, face au manque de contributions finales la Caritas Rwanda a été obligée de revoir ses prévisions et de reviser le budget du projet EA 13/2017 en fonction des financements obtenus à 487 186 euros. Ce qui a conduit à la cessation, à partir de janvier 2018, de l’activité “assistance en vivres frais” dont bénéficiaient les malades chroniques vulnérables nécessitant un régime alimentaire approprié, notamment les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), les diabétiques et les malades anémiés. Ce fut une decision difficle à prendre pour Caritas Rwanda de devoir abandoner ces personnes très vulnérables.

Trois mois après cette mesure, Caritas Rwanda a souhaité savoir quel impact elle a eu pour ces personnes très vulnérables en menant une enquête auprès des malades des centres de santé du camp de Mahama au travers desquels Caritas Rwanda leur fournissait cette assistance, ainsi que du personnel et des volontaires de la Caritas dans le camp qui se chargeaient du suivi quotidien de ces vulnérables.

Rechute dans les conditions de santé précaires

Pour savoir les conditions de santé actuelles de ces vulnérables, nous avons contacté les responsables nutritionnistes des santés de Mahama I et Mahama II tenus respectivement par l’American Refugee Committee (ARC) et Save the Children International (SCI). Les deux responsables ont été unanimes pour louer l’assistance en vivres frais que la Caritas Rwanda octroyait aux malades chroniques et aux malades anémiés et qui leur permettait de recouvrer rapidement leur état de santé “normal”. Aux PVVIH vulnérables, les vivres frais de la Caritas leur assuraient le rétablissement de leur charge anti-retroviral et aux malades anémiés de rétablir rapidement leur taux d’hémoglobine normal.

Selon M. Jean Damascène Habimana, nutritionniste de l’ARC à Mahama I, les suivis mensuels effectués ces derniers temps ont déjà fait remarquer un impact négatif de la cessation de l’assistance en vivres frais chez les anciens bénéficiaires. Cela se remarque notamment par l’accroissement du nombre des malades anémiés en traitement et l’allongement de la période de leur traitement qui est aujourd’hui de 3 à 5 mois alors qu’elle n’était que d’un mois lorsque les patients avaient un traitement alliant les medicaments et le régime alimentaire en vivres frais riches en fer. C’est ainsi que, en mars 2018, 455 enfants anémiés étaient soignés au centre de santé de Mahama I alors que l’on n’avait jamais dépassé le chiffre de 200 auparavant.

Quant à son homologue, Pascal Nkuru de Mahama II, il nous a affirmé que le nombre des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition soignés par ce centre de santé s’élevait à 289 fin mars 2018. Un chiffre qui, selon lui, n’avait jamais été atteint auparavant. Interrogé sur les conséquences observées chez les anciens bénéficiaires des vivres frais de la Caritas, M. Pascal a répondu: “En tout état de cause, un malade qui ne reçoit pas de ration alimentaire adéquate peut non seulement voir prolonger sa période de traitement, mais, pis encore, dépérir davantage. Ce qui est évident pour les malades chroniques qui nécessitent un régime alimentaire approprié”.

Témoignages des anciens bénéficiaires

Le personnel et les volontaires de la Caritas Rwanda dans le camp de Mahama nous ont affirmé que la quasi totalité des anciens bénéficiaires de l’assistance en vivres frais dépérissent et certains seraient déjà morts. Seul le rétablissement de cette assistance pourrait garantir la survie de ces vulnérables, nous ont-ils indiqué.

Selon un membre de l’association des PVVIH du camp de Mahama, “depuis l’arrêt de cette assistance en vivres frais, on constate une recrudescence de décès parmi les PVVIH. Ces trois derniers mois, 4 PVVIH sont mortes, alors que 11 seulement sont mortes au cours des 30 mois précédents”.

M. Marie, une veuve de 78 ans vivant seule et soufrant de l’anémie, nous a fait ce témoignage: “Chaque semaine, on me donnait 5 kg de pommes de terre, 2 oeufs, un chou, un kilo de haricot et une poignée de carottes. Aujourd’hui, je sens que je n’ai plus de vie, je dépéris chaque jour davantage”.

M. Marie, qui est aujourd’hui inscrite sur la liste des personnes âgées bénéficiaires de l’assistance en farine enrichie SOSOMA, nous a dit: “Pour moi, tout ce que l’on peut me donner ne saurait remplacer les vivres que la Caritas nous octroyait”. A la question de savoir si elle n’avait pas de jardin potager autour de sa maison, elle nous a tout simplement répondu: “Non seulement, je n’ai pas de force pour l’aménager, mais aussi on ne peut pas vivre seulement de légumes”.

Pour sa part, M. Pascal, 60 ans, souffrant d’un cancer, qui bénéficiait d’une assistance alimentaire en repas chaud quotidien, nous a fait ce témoignage: “Je me suis longtemps fait soigner de ma maladie et, finalement, on m’a fait savoir que j’avais un cancer. La Caritas me donnait un repas chaud qui me procurait progressivement de l’énergie. Maintenant je n’ai même plus de sang. Je vis seul et je n’ai personne pour m’aider”.

Un autre témoignage nous est fourni par M. K. Jean Népomuscène, 51 ans, PVVIH depuis 31 ans et membre de l’association des PVVIH du camp de Mahama. Il obtient normalement les anti-rétroviraux, mais ne recevant plus le supplément en vivres frais dont il bénéficiait de la Caritas, il se dit désespéré et condamné à une mort lente. “Nous les PVVIH, nous a-t-il dit, depuis que nous sommes arrivés ici à Mahama, nous n’enregistrions pas de décès parmi nous. Or, voici que dans les trois mois qui viennent de s’écouler depuis la cessation de l’assistance en vivres de la Caritas, quatre PVVIH sont déjà mortes, 67 se font actuellement soigner et 8 sont hospitalisées dans les centres de santé à cause d’une alimentation inadéquate. Combien seront-elles mortes dans une année si ces vivres continuent de manquer?”

Quel espoir entretenir?

Les témoignages ci-dessus contrastent, d’une part, avec l’espoir qu’avaient suscité chez les vulnérables, les différentes visites effectuées par diverses délégations des Caritas soeurs à Mahama et, d’autre part, avec la réputation unanime dont jouissait, depuis trois ans, Caritas Rwanda, non seulement auprès des vulnérables, mais aussi des autres intervenants dans le camp. Le prochain projet qui devra commencer debut mai 2018 pour un an a inclu une petite ligne budgétaire pour les vivres frais en faveur des personnes hospitalisées uniquement. Si la couverture budgetaire le permet cela permettra à Caritas Rwanda de répondre à ces besoins criants meme dans une faible mesure. Tout dépassement de financement sera aussi alloué à cette activité. Par ailleurs, la Caritas Rwanda étant l’une des trois seules ONGs locales sur les 15 intervenant dans le camp de Mahama, et de surcroit jouissant de l’appréciation de tout le monde, cela devrait pousser le HCR à le prendre parmi les partenaires bénéficiant de son financement, non seulement parce que cela s’impose par les faits, mais aussi en conformité aux engagements pris au dernier sommet humanitaire mondial tenu à Istambul du 23 au 24 mai 2016 vivant à assurer le renforcement des capacités des organisations locales intervenant dans l’humanitaire.

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