Un message du Cardinal Tagle sur le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières

Les États membres des Nations Unies ont adopté le Pacte mondial sur les migrations lors d’un sommet à Marrakech le 10 décembre. Plus de 160 pays ont signé le tout premier pacte international visant à promouvoir des migrations « sûres, ordonnées et régulières ».

Caritas Internationalis félicite tous les gouvernements qui ont adhéré au pacte. Elle souligne que tous les migrants doivent avoir accès aux services sociaux pour pouvoir vivre dans la dignité, indépendamment de leur situation légale.

Dans un éditorial publié pour la première fois dans America Magazine, le Cardinal Luis Tagle, Président de Caritas, a annoncé que le Pacte mondial sur les migrations est « un signe de coopération et d’unité qui offrira un espoir immense pour notre avenir commun ». Lisez l’éditorial complet ci-dessous pour en savoir plus sur notre campagne « Partager le chemin » avec les réfugiés et les migrants.

Cardinal Tagle walking with migrants in Rome. (Photo: Caritas/Patrick Nicholson)

Le cardinal Tagle marche avec des migrants à Rome. (Photo : Caritas / Patrick Nicholson)

Nous devons créer une vision globale des migrations

Les journaux nous font voir un monde fracturé par la peur, les préjudices et la haine. Il semble bien que nous soyons en train d’oublier la Règle d’or qui est à la base de beaucoup de nos religions et cultures : « Fais à ton prochain ce que tu aimerais qu’il te fasse ».

Quand nous voyons des réfugiés fuyant la guerre ou des migrants arrivant dans notre pays en quête d’une vie meilleure, notre instinct humain nous pousse à vouloir leur fermer la porte au nez, à fermer nos yeux, à fermer notre cœur.

Mais si l’on détourne les yeux et que l’on s’abandonne à la peur et à la haine, on perd toute perspective et l’essence-même de notre humanité. Plus que tout, à ce moment-ci de notre histoire commune, nous avons besoin d’une perspective qui fournisse une vision mondiale et une réponse unie et compatissante aux problèmes de notre temps.

Le Pacte mondial pour les migrations répond à un problème urgent

En décembre 2018, les gouvernements adopteront le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Ce pacte est important en ce que c’est le premier cadre mondial à fournir une orientation aux États sur comment gérer les migrations et comment répondre aux migrants.

Le pacte mondial sur les migrations illustre le désir des gouvernements de travailler ensemble à la résolution de l’une des questions les plus urgentes de notre époque. Concrètement, le pacte aidera les gouvernements à affiner leurs politiques migratoires avec d’autres parties prenantes, au bénéfice des pays d’origine et de destination.

Il propose notamment une meilleure récolte d’information pour une prise de décision plus efficace. Il vise à augmenter le nombre de canaux de migration sûrs et légaux et à garantir aux travailleurs migrants, qui sont essentiels pour beaucoup d’économies nationales, une vie et un travail dans la dignité. Bien que le pacte ne soit pas juridiquement contraignant, il propose des orientations pour les gouvernements qui ne disposent pas encore de politiques de migrations.

Un appel aux gouvernements ne soutenant pas le Pacte mondial pour les migrations

Aux gouvernements qui ont retiré leur appui au pacte mondial sur les migrations, je les appelle à le reconsidérer comme une première étape vers une vision à long terme et une réponse unie à un défi que beaucoup de pays ont bien du mal à affronter seuls. Les questions mondiales doivent être résolues ensemble. Elles ne disparaitront pas simplement parce qu’on les ignore ou en construisant des murs. Quand des gouvernements voient au-delà de leurs besoins immédiats et de leurs exigences électorales, ils commencent à protéger et promouvoir le bien commun, ce qui est à la base de toute société épanouie.

Notre monde a toujours été marqué et formé par la migration, ceci dès l’aube de l’humanité, et cela ne va pas cesser brutalement ou disparaitre d’un jour à l’autre. Pour que les bénéfices sur le long terme de la migration émergent, cela demande une réflexion profonde, une planification et une coopération.

Aujourd’hui, les migrants empruntent souvent les mêmes chemins d’incertitude et d’espérance que nos grands-parents avaient empruntés pour que nos parents et notre génération puisse jouir d’une vie meilleure. Une amnésie collective semple nous faire oublier d’où nos familles provenaient à l’origine, ou comment il se fait que nous vivions là où nous vivons actuellement. Combien d’entre nous peuvent réellement affirmer qu’ils sont originaires du pays où ils vivent ? Mon propre grand-père maternel a migré hors de Chine étant enfant, envoyé aux Philippines par sa mère trop pauvre.

Nous avons la responsabilité collective de prendre soin de notre monde commun

La Règle d’or nous rappelle avec force de regarder plus loin que le bout de notre nez et de voir que nos vies, nos pays et nos histoires sont profondément entremêlés. L’organisation au niveau mondial est difficile et demande un certain courage. Mais c’est maintenant le bon moment d’agir ensemble. Notre foi nous enseigne qu’aucune personne, aucun pays n’est exempté de la responsabilité collective de prendre soin de notre monde commun et de ses habitants. Si nous ne passons pas à l’action maintenant, alors quand ?

J’espère que les paroles du pape François résonneront dans les couloirs des gouvernements quand ils devront décider du sort de ce Pacte mondial. « Cherchons pour les autres les mêmes possibilités que nous cherchons pour nous-mêmes. Aidons les autres à prospérer, comme nous aimerions être aidés nous-mêmes. En un mot, si nous voulons la sécurité, donnons la sécurité ; si nous voulons la vie, donnons la vie ; si nous voulons des opportunités, offrons des opportunités. La mesure que nous utilisons pour les autres sera la mesure que le temps utilisera pour nous. »

L’adoption et la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières sera une étape importante pour les gouvernements dans leur lutte face à la montée de la stigmatisation de la migration, et pour faire en sorte que la dignité humaine et les droits de l’homme soient bien respectés. Dans un monde qui peine à accepter son identité mondialisée, le pacte mondial sera un signe de coopération et d’unité, source d’espérance de grande envergure pour notre avenir commun.

Impliquez-vous dans la campagne « Partager le chemin » de Caritas.