Caritas et la doctrine sociale de l’Église.

La doctrine sociale catholique est la grande richesse de l’enseignement de l’Église sur la manière de vivre notre foi dans le monde.

Formée par la sagesse des dirigeants de l’Église et façonnée par l’expérience quotidienne des catholiques du monde entier, elle nous donne une boussole morale pour trouver notre chemin. Chez Caritas, notre mission est basée sur les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Voici neuf principes illustrés par quelques-uns des textes d’Église les plus éloquents et des histoires de notre travail.

Le service du développement humain intégral

LE SERVICE DU DÉVELOPPEMENT HUMAIN INTÉGRAL

« La vérité du développement réside dans son intégralité : s’il n’est pas de tout l’homme et de tout homme, le développement n’est pas un vrai développement. »

Pape Benoît XVI, Caritas in Veritate (Dans la charité et dans la vérité), 2009, §18.

L’Église nous enseigne que le développement humain doit être holistique et ne peut se limiter à la seule croissance économique.

Pour être authentique, il doit couvrir tous les aspects de la vie : l’aspect spirituel, culturel, moral, physique et mental. Il ne peut pas avoir lieu aux dépens de la terre mais doit permettre à la personne humaine de s’épanouir en harmonie avec la création.

Martin Waru est un réfugié du Soudan du Sud qui vit dans un immense camp en Ouganda. Loin de dépendre de l’aide, il s’efforce de donner une nouvelle vie à sa famille et à ses compagnons réfugiés.

« J’ai fréquenté une école de terrain pour agriculteurs soutenue par Caritas, où j’ai appris les techniques agricoles », déclare Martin. « J’ai découvert les différentes cultures, l’irrigation et l’élevage du bétail. »

Martin a également mis en place un groupe d’épargne. Ses amis et lui ont investi dans des chèvres et des poulets et ont créé un atelier de menuiserie. Dans les limites d’un camp de réfugiés, Martin a trouvé la sécurité, une communauté, la dignité dans le travail et la protection de la terre.

Catholic Social Teaching - Integral human promotion

Martin Waru, 42 ans, originaire du Soudan du Sud, a suivi une école de terrain pour agriculteurs soutenue par Caritas, où il a acquis de nouvelles compétences techniques agricoles. Photo de Tommy Trenchard / Caritas.

La dignité

LA DIGNITÉ

« La dignité de la personne humaine s’enracine dans sa création à l’image et à la ressemblance de Dieu. »

Catéchisme de l’Église catholique, §170.

Puisque chaque personne est créée à la ressemblance de Dieu, elle a une dignité inaliénable qui devrait toujours être sauvegardée. La vie humaine est sacrée. Nous sommes appelés à traiter chaque personne et chaque créature avec un respect aimant, en les considérant à la fois comme un reflet de Dieu et un miroir de nous-mêmes.

Avoir accès aux droits de l’homme fondamentaux tels que le droit à l’alimentation, au logement et à l’éducation est une condition fondamentale pour vivre dans la dignité.

Lorsque Stefan, auteur écrivain pour Caritas Allemagne, a rendu visite à une famille de réfugiés rohingyas dans un camp du Bangladesh, ils lui ont dit qu’ils souhaitaient retourner en Birmanie et ont ajouté « mais seulement si nous sommes traités comme des êtres humains. »

Stefan a demandé : « Que veut dire pour vous être traité comme un être humain ? »

« Être traité comme je le suis aujourd’hui », a répondu Omar, le père de famille, après réflexion. « Vous êtes entré dans ma pauvre hutte et je vous ai proposé de quoi vous asseoir. Mais vous êtes assis par terre avec ma famille et moi. Vous nous avez écouté et vous nous avez pris au sérieux. Vous nous avez montré du respect. »

Catholic Social Teaching - Dignity

Une réfugiée rohingya et Stefan Teplan, auteur écrivain pour Caritas Allemagne, au point de distribution du camp de réfugiés TV Tower, près de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Photo de Lauren DeCicca / Caritas.

La solidarité

LA SOLIDARITÉ

« C’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous. »

Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis (La question sociale de l’Église), 1987, §38.

Nous sommes tous responsables les uns des autres. C’est un calcul simple : le monde devient un endroit meilleur si nous construisons une communauté où chacun peut atteindre son plein potentiel, dans le respect de la dignité, des droits et des responsabilités de chacun. Comme l’a écrit saint Jean-Paul II, « Nous sommes tous une famille dans le monde. »
Caritas est attachée à la solidarité entre tous les peuples, mais en particulier avec les pauvres, elle voit le monde à travers leurs yeux et reconnaît l’interdépendance de la famille humaine. La solidarité comprend la détermination persévérante d’œuvrer pour le bien commun.

Noor Tarazi travaille pour Caritas à Gaza comme coordinatrice des équipes médicales mobiles qui offrent des soins de santé gratuits à certaines des personnes les plus pauvres de la bande de Gaza. Noor, mère de quatre enfants, comprend les femmes qui se rendent dans les cliniques de Caritas. Savoir ce que c’est que ses propres enfants aient besoin de soins médicaux l’inspire pour aider les enfants vulnérables de ces communautés isolées.

« Nous faisons tout ce que nous pouvons pour les voir sourire à nouveau », explique Noor. Elle refuse de quitter Gaza, malgré les difficultés et une sécurité insuffisante. « Si des gens comme moi quittaient Gaza, qui resterait pour les aider et reconstruire cet endroit ? »

Noor Tarazi à la clinique médicale de Caritas à Gaza. Photo de Asmaa El Khaldi / Caritas.

Le bien commun

LE BIEN COMMUN

« Que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme “un autre lui-même” »

Concile Vatican II, Gaudium et Spes (Les joies et les espoirs), 1965, §27.

Le bien de chaque personne humaine est intimement lié au bien de toute la communauté. Là où un homme est blessé, c’est à nous tous que l’on fait mal.

Nos communautés doivent permettre à chacun de participer à la société et de partager les biens de la création. Cela signifie que toute la société travaille ensemble et ne laisse personne de côté, surtout les plus pauvres et les plus vulnérables.

Au Venezuela, l’inflation galopante a plongé 92% de la population dans la pauvreté. Les familles ne peuvent pas acheter de nourriture ou de médicaments.

En réponse, 20 000 bénévoles de Caritas se sont portés volontaires pour servir leurs voisins. À la Caritas Los Teques (en photo), des bénévoles montrent l’énorme marmite qu’ils utilisent pour la soupe dans un centre paroissial. Les gens viennent manger, partager leur histoire et s’entraider. Les cuisines communautaires comme celle-ci ont servi plus de 1 250 000 repas.

Beaucoup de bénévoles font partie du personnel médical et offrent des soins de santé, un contrôle nutritionnel et des suppléments. Leur récompense est dans le visage des enfants qu’ils soignent. « Nous voyons des enfants retrouver la joie de l’enfance », déclare le Dr Albina Rosas, bénévole de Caritas.

Des bénévoles de Caritas Venezuela. Photo de Caritas Venezuela.

L’option pour les pauvres

L’OPTION POUR LES PAUVRES

« L’évangile, en nous enseignant la charité, nous apprend le respect privilégié des pauvres et leur situation particulière dans la société. »

Saint Paul VI, Octogesima Adveniens (Un appel à l’action), 1971, §23.

Un principe moral fondamental pour juger de la justice d’une société est la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables dont les besoins doivent être prioritaires. Chez Caritas, notre mission centrale est de lutter contre la pauvreté et de promouvoir les droits et la dignité des personnes pauvres et vulnérables.

L’Église nous enseigne que les personnes sont plus importantes que les actifs et que l’emploi est plus important que le capital. L’économie, y compris le marché, devrait servir la population et non l’inverse. Elle devrait être orientée vers une répartition équitable des ressources et ne pas exploiter les plus pauvres.

La traite des êtres humains est un crime qui transforme les personnes en objets de commerce, apportant une souffrance qui peut durer toute une vie.

Meena (à droite) s’est portée volontaire pour être formée par Caritas Népal à l’identification des cas où des personnes pourraient être achetées et vendues par des trafiquants d’êtres humains. Dans cette région, les personnes démunies sont très vulnérables aux escroqueries liées à l’emploi et au trafic. Il est courant que les filles népalaises soient dupées pour quitter leur maison et finissent dans des bordels en Inde.

La voisine de Meena, Nagchung Sherpa, âgée de 14 ans, a été approchée par une trafiquante qui tentait de la persuader de quitter sa maison et son pays avec le leurre d’un bon travail. Meena a aidé Nagchung à repousser cette femme et à rester en sécurité avec sa famille.

Nagchung Sherpa et Meena. Photo de Laura Sheahen / Caritas.

Le soin de la création et de la nature

LE SOIN DE LA CRÉATION ET DE LA NATURE


« L’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain et avec la terre. »

Pape François, Laudato Si’ (Sur la sauvegarde de la maison commune), 2015, §66.

Nous croyons que la terre et toutes ses ressources nous ont été confiées par Dieu, qui nous a faits gardiens de la création. Faire en sorte que la nature soit respectée et gérée de manière durable pour les générations futures fait partie de notre vocation chrétienne.

Puisque tout est interconnecté, nous ne pouvons pas assurer le véritable développement de la personne humaine sans prendre soin de notre maison commune. En 2015, le Pape François a cristallisé la doctrine de l’Église sur la création dans sa lettre Laudato Si’. Il nous met tous au défi de réfléchir à la manière dont nos actions affectent la terre et les pauvres.

Tony Raymond, pêcheur à Vanuatu dans le Pacifique, voit son poisson s’amenuiser et son récif mourir. Chaque année, Caritas, en Océanie, élabore un rapport sur l’impact du changement climatique dans tout le Pacifique, celui que vivent les personnes qui se situent en première ligne, comme Tony.

Les rapports parlent de l’élévation des nappes phréatiques, de la pénétration de sel dans les eaux souterraines, de poissons empoisonnés et de mangroves en train de mourir. Caritas témoigne dans ses documents de personnes contraintes par la montée du niveau de la mer d’abandonner leurs foyers.

« C’est de nos maisons qu’il s’agit », déclare l’Archevêque des îles Fidji, Peter Loy Chong. « Mon peuple pleure. Qui va sécher ses larmes ? »

A fisherman casts his net in Vanuatu in the South Pacific, where locals are pressing for a ban on seabed mining. Photo: Caritas

Un pêcheur jette ses filets à Vanuatu, dans le Pacifique Sud, où les habitants réclament l’interdiction de l’exploitation minière des fonds marins. Photo : Caritas.

La paix

LA PAIX


« Les liens communs de notre humanité exigent que nous vivions en harmonie et que nous promouvions ce qui est bon les uns pour les autres. C’est en raison de ces implications éthiques que la solidarité est une clé fondamentale pour la paix. »

Saint Jean-Paul II, Développement et solidarité : deux clés pour la paix, 1987, §7.

L’Église nous enseigne que la paix concerne l’action positive, pas seulement l’absence de guerre. Cela implique des relations équitables entre les personnes et aussi entre les personnes et l’environnement. Cela ne peut se faire que dans des conditions de justice et de solidarité. La personne humaine ne peut pas s’épanouir sans paix.

En tant que Caritas, nous promouvons une culture de la non-violence et soutenons des programmes qui encouragent la réconciliation et la coexistence pacifique.

Aucune famille n’a échappé à la douleur de la guerre qui sévit en Syrie depuis huit ans. « Tout le monde souffre et le cœur des gens est rempli de haine et de douleur », déclare Sandra de Caritas Syrie.

C’est pourquoi dans le cadre d’une Semaine d’action mondiale en solidarité avec les réfugiés et les migrants, notre équipe en Syrie a organisé un événement unique. Des personnes des différents côtés du conflit ont été invitées à s’asseoir à la même table et à partager un repas : chrétiens et musulmans, alaouites et druzes.

Malgré les réticences initiales, les gens ont fini par partager leurs expériences et par prier ensemble pour leur désir commun : la paix en Syrie. Comme témoigne Sandra : « Ils nous ont dit que nous n’avions pas seulement nourri les affamés d’un bon repas mais que nous avions aussi profondément touché leur cœur et que nous les avions aidés à commencer à pardonner et à se connecter avec les autres. »

Des familles se rencontrent au repas « Partager le chemin » de Caritas Syrie.

Des familles se rencontrent au repas « Partager le chemin » de Caritas Syrie.

La participation

LA PARTICIPATION

« La participation est l’engagement volontaire et généreux de la personne dans les échanges sociaux. Il est nécessaire que tous participent, chacun selon la place qu’il occupe et le rôle qu’il joue, à promouvoir le bien commun. »

Catéchisme de l’Église Catholique, §1913.

L’Eglise nous enseigne qu’il doit être permis aux individus et aux communautés de participer aux décisions qui affectent leur vie. Pour Caritas, cela signifie qu’il faut s’assurer que la voix des plus pauvres soit entendue sur la scène mondiale. Cela signifie également qu’il faut placer les personnes que nous servons au centre de la structure de nos programmes.

Puisque nous avons tous le devoir de participer à la société pour promouvoir un monde meilleur, Caritas offre également à ceux qui la soutiennent de nombreuses opportunités de faire campagne et de faire pression, en solidarité avec nos frères et sœurs qui se trouvent dans le besoin.

« Ces projets motivants montrent combien les choses peuvent changer lorsque vous croyez en quelque chose de grand », déclare la responsable de la jeunesse Sarah Burrows, du Royaume-Uni. Caritas s’est engagée à donner aux jeunes des moyens de transformer leurs convictions en actions, en œuvrant pour la justice sociale.

Le Forum des Jeunes de Caritas a été créé en 2017 par des jeunes de chacune de nos sept régions dans le monde. Les jeunes leaders se sont réunis à Rome en 2018 pour établir leur propre plan de travail triennal. La première conférence YoungCaritas à Vienne a rassemblé des représentants de 32 pays.

Les jeunes de Caritas en Amérique latine se rassemblent pour trouver des solutions aux problèmes rencontrés par les jeunes dans leurs pays. Des dizaines de jeunes leaders de Caritas ont assisté aux Journées mondiales de la jeunesse à Panama, en janvier 2019. Ils participent activement à la coordination des bénévoles, à la consolidation de la paix, aux campagnes et aux interventions d’urgence. Toutes ces initiatives de la jeunesse cherchent à donner aux jeunes le pouvoir d’influencer le monde qui les entoure.

Le Forum des Jeunes de Caritas durant les Journées mondiales de la jeunesse de 2019, à Panama. Photo de Caritas.

Le rôle du gouvernement et la subsidiarité

LE RÔLE DU GOUVERNEMENT ET LA SUBSIDIARITÉ

« La subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres. »

Pape Benoît XVI, Caritas in Veritate (Dans la charité et dans la vérité), 2009, §57.

L’Église croit fermement que les gouvernements et la société civile doivent respecter le principe de subsidiarité. Cela signifie qu’une autorité centrale ne devrait effectuer que des tâches qui ne peuvent pas l’être à un niveau plus local.
En d’autres termes, les groupes locaux devraient avoir le pouvoir de s’acquitter de leurs propres tâches et d’œuvrer pour le bien commun. Comme l’a écrit le Pape Benoît XVI, « une visée émancipatrice […] favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation. »

Lors d’une grande conférence du Vatican sur la protection de l’environnement, Delio Siticonatzi, un jeune Amérindien du peuple Asháninka du Pérou, s’est exprimé pour décrire les effets du changement climatique et de la destruction de l’environnement sur les terres de son peuple.

Le Pape François attache une grande importance à la sagesse écologique des peuples indigènes et leur demande de montrer le chemin. Selon ses propres mots, « il est nécessaire que les peuples autochtones modèlent culturellement les Églises locales amazoniennes. »

Ainsi, le REPAM, partenaire de Caritas, dispose d’équipes de terrain dans les neuf pays de l’Amazonie et consulte les peuples indigènes, les communautés rurales, les mouvements sociaux et les agents pastoraux qui prennent les choses en main. Il est temps de renforcer la voix de ces gardiens de la création.

Comme le dit un aîné péruvien : « Nous les peuples indigènes, nous en avons assez que tous les gouvernements de l’histoire prennent toutes les richesses de l’Amazonie. »

Delio Siticonatzi, au centre, à la conférence du 3e anniversaire de Laudato Si’. Photo de Patrick Nicholson / Caritas