Des millions de personnes déplacées à mesure que la violence se poursuit en République démocratique du Congo.

Kasaï : ce nom ne vous dit rien ? Pas étonnant ! Il y a un an, personne n’en parlait. Et aujourd’hui encore, rares sont les médias qui s’y intéressent. Et pourtant, cette province située dans le centre de la République démocratique du Congo est en proie depuis neuf mois à des violences meurtrières entre insurgés et forces armées régulières. Elles ont fait, selon l’ONU, au moins 400 morts et  plus d’un million de déplacés. Mais ces chiffres évoluent sans cesse, car les affrontements et les tueries n’ont pas cessé. De nombreux habitants de la région sont actuellement réfugiés dans la brousse, sans assistance, tandis que la crise fait tache d’huile. Aujourd’hui elle affecte directement cinq provinces.

Les femmes Kasai Dengese fuient leurs maisons au centre de la RDC.

Les femmes Kasai Dengese fuient leurs maisons au centre de la RDC. Photo de Caritas Congo Asbl

Au départ : un conflit coutumier local qui a dégénéré. Tout a commencé avec la mort de Kamwina Nsapu, un chef traditionnel influent, en rébellion contre le pouvoir de Kinshasa. Il a été abattu par la police en août 2016. Depuis, les milices qui se réclament de lui et les forces de sécurité multiplient les atrocités, dans un contexte politique national toujours plus pernicieux.

Il y a des abus de part et d’autre

Malgré les appels à la retenue, lancés notamment par les évêques catholiques, la spirale de violence et de répression semble sans fin. « Les miliciens continuent à décapiter », indique l’archevêque de Kananga, Mgr Marcel Madila. A plusieurs endroits des cadavres jonchent les routes. A Kananga, qui vit en état de siège, les militaires terrorisent les citoyens. « Les forces de l’ordre devraient protéger », s’insurge Mgr Madila, « et non profiter de la situation pour effrayer et exploiter la population ». A ce jour, 43 fosses communes ont été découvertes et des vidéos semblent accréditer la thèse d’un usage excessif de la force.

Le 20 avril, la Conférence épiscopale nationale du Congo a dénoncé en termes sévères ces « violences d’une rare cruauté », tout en recommandant que le processus de pacification prenne également en compte l’aspect humanitaire. Mais l’Eglise est elle-même « prise pour cible  par les miliciens », confirme Caritas Congo. Ces derniers l’accusent d’avoir été incapable de faire aboutir le dialogue politique et d’avoir permis au pouvoir actuel de se pérenniser. Plusieurs bâtiments appartenant à l’Eglise catholique ont été saccagés et incendiés, des chapelles ont été pillées. Des évêques ayant reçu des menaces de mort ont été contraints de fuir pendant les fêtes pascales. En février et mars 2017, une cinquantaine de paroisses ont été vidées de leur clergé.

Les besoins humanitaires sont énormes

En dépit de l’insécurité qui entrave l’action des humanitaires, Caritas Congo ne baisse pas les bras. Elle est présente dans toutes les zones concernées par la crise et partage ses données avec le Bureau de l’ONU chargé de la coordination des affaires humanitaires. « Un arrêt de notre intervention », souligne un de ses membres sous couvert d’anonymat, « provoquerait la mort de milliers de personnes et la recrudescence des violences ».

Les personnes affectées attendent un soutien direct : vivres, abris, soins de santé et d’hygiène, produits de purification de l’eau…. Mais, comme le souligne Caritas Congo, il faut aussi assurer la prise en charge psychosociale et médicale des enfants enrôlés par les milices et des personnes violentées ainsi que la relance de l’agriculture et la réhabilitation des infrastructures détruites lors des affrontements. Il est urgent également d’organiser la réunification familiale des enfants non accompagnés.

Kasai1. Photo by Caritas Congo Asbl

De nombreux enfants sont séparés de leur famille lorsque la violence a commencé dans la province de Kasai en République démocratique du Congo. Photo de Caritas Congo Asbl.

Il y a un mois environ, la remise du corps du chef Kamwina Nsapu et son enterrement ainsi que la désignation du nouveau chef de la famille avaient fait entrevoir un espoir de paix pour les populations déplacées. Mais le répit a été de courte durée. De plus, des violences intercommunautaires sont venues se greffer sur le conflit initial. Le réseau Caritas reçoit de plus en plus fréquemment des informations concernant des personnes chassées de chez elles pour des motifs ethniques.

Caritas Congo rappelle par ailleurs que les Kasaïs sont le bastion de l’opposant historique congolais Etienne Tshisekedi, rival de Mobutu et des Kabila, mort au début de l’année d’une embolie. « Ces éléments ne peuvent pas être écartés d’une analyse objective de la crise ».

 « Il faut agir auprès des instances internationales »

Face à cette situation, l’archevêque de Kananga lance un cri d’alarme : «Il faut agir auprès des instances internationales pour pousser les dirigeants de la RDC à favoriser le retour de la paix et de la légalité, pour sanctionner les auteurs des exactions et inviter les militaires et les policiers mais aussi la Monusco  à protéger réellement les populations ».

Dans un appel pressant, Caritas Congo demande pour sa part que le Gouvernement Central prenne ses responsabilités et que Caritas internationalis entreprenne un plaidoyer de grande envergure auprès des membres du réseau afin de l’aider à obtenir les moyens adéquats pour venir en aide aux populations sinistrées. Or il faut agir vite avant la saison sèche si l’on veut éviter la famine et les épidémies.

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